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La Turquie tente de se défausser de ses obligations envers la Russie (Russie Politics)

par Karine Bechet-Golovko 4 Juillet 2016, 20:31 Russie Turquie Syrie Tension Avion abattu

Les relations entre la Turquie et la Russie se rétablissent petit à petit, l’impulsion politique est donnée. Les chaînes russes de télévision tentent de redorer l’image de la Turquie, pauvre pays qui a beaucoup souffert des sanctions prises à son encontre. L’heure est à la grande réconciliation, tout en faisant quand même attention. Le jour de l’annonce de la fin du divorce, un attentat a eu lieu à l’aéroport d’Istanbul. Peu de chances que ce soit un hasard.

Pour autant cette grande joie est entâchée par un fait choquant : la question de la compensation.

Au-delà de l’intérêt commercial pour la Turquie, ce qui semble être beaucoup plus important d’un point de vue stratégique, c’est le changement d’attitude de Erdogan face à Assad – dont le départ n’est plus demandé immédiatement – et face à Daech, contre qui la Turquie promet de prendre ses distances, notamment en fermant sa frontière.

C’est un élément important dans le rapport des forces en présence en Syrie, à moins que la Turquie finalement ne reporte son aide vers les « gentils » terroristes, ces soi-disant « opposants » armés par les Etats Unis.

Pour rétablir de bonnes relations, trois conditions ont été fixées par la Russie : des excuses officielles, la condamnation du responsable et unecompensation pour l’avion abattu.

Le processus est en marche. La lettre d’excuses d’Erdogan a été acceptée. L’enquête reprend. Et même une, pour le moins étrange, forme de compensation a été proposée par les autorités turques. Et logiquement refusée par la famille.

La Turquie a en effet proposé une compensation, mais à la famille, pas à la Russie. Une maison, oui une maison, en Turquie, pour la famille de la victime, pour qu’ils puissent venir, connaître ce beau pays et que tout le monde devienne ami, les autorités turques ayant bien conscience de la souffrance de cette famille. De cette manière, la Turquie a totalement dévoyé une des conditions posées.

La famille a immédiatement déclaré qu’elle ne demandait aucune compensation à la Turquie, que c’était humiliant et totalement inconcevable.

Certains espèrent étrangement que, pourtant, la famille pourra accepter les excuses de la Turquie. Mais, en fait, le problème n’est pas là. La famille peut accepter les excuses, ce n’est pas pour ça qu’elle doit marchander la mort d’un de ses membres, parce que la situation gépolitique a changé et que le nouveau contexte l’exige.

C’est un pilote de l’armée russe qui a été abattu dans l’exercice de ses fonctions. La Russie, comme tout pays développé, prend en charge la famille, notamment les enfants. Rappelons qu’Oleg Pechkov est mort sur un terrain de guerre et non en vacances sur les plages d’Antalya.

Si la Turquie doit compenser, c’est pour avoir abattu l’avion russe. Et à la Russie, non à la famille du pilote. Il serait bon que les « conseillers » ne le perdent pas de vue, c’est aussi une question de crédibilité et d’image.

Une fois, ce peut être une erreur, deux fois cela devient une habitude. Déjà avec la libération de Savchenko, quand il a fallu montrer son bon vouloir dans les accords de Minsk (même si la Russie n’y est pas partie, peu importe, la communauté internationale a été satisfaite, et pour cause …), déjà alors la veuve et la soeur des victimes journalistes ont été mises devant les caméras de télévision avec le Président pour dire qu’elles demandaient la libération de la meurtrière. Alors que juridiquement et procéduralement ce n’était pas nécessaire. La volonté présidentielle est suffisante en la matière. La manière dont les choses ont été faites furent assez mauvaises et pas particulièrement bien prises dans les cerles de la société très loin de l’opposition.

Ici aussi on retombe dans la même logique, celle de faire reposer sur les épaules des proches des victimes le poids de décision politique qui les dépasse. C’est à la famille du pilote de l’armée russe, Oleg Pechkov, de prendre sur son dos, dans son coeur et dans son âme le poids d’un « cadeau » humiliant et déplacé. Peut être la Turquie a-t-elle une grande tradition marchande qui justifie cette attitude, ce n’est pas, en tout cas n’était pas, le cas de la Russie, qui a d’autres valeurs. Il n’y a aucun sens à laisser la Turquie se défausser de ses obligations envers l’état russe en humiliant toute une famille.

Il semblerait que le cercle des politologues post-modernes reste le même. L’idée sous-jascente est simple, voire simpliste et par là même décalée : ce n’est pas le Président tout puissant qui décide, mais le peuple. Or, justement, dans ces cas, c’est au Président, non pas parce qu’il est tout puissant, mais parce qu’il est à sa place, de prendre les décisions qui engagent l’intérêt de l’Etat et de protéger les victimes, notamment de toute forme d’humiliation.

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