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Libye : prisons secrètes et ateliers de fabrication de bombe (MEE)

par Tom Wescott 5 Juillet 2016, 19:01 Libye Françafrique France OTAN Destruction Impérialisme néocolonialisme Bombardements Crimes de guerre

Libye : prisons secrètes et ateliers de fabrication de bombe
Par Tom Wescott

Article original traduit par Dominique Macabies
Middle East Eye

Lu sur ASI

 
Sirte une belle ville cossue avant la destruction et le lynchage de Mouammar Kadhafi par la France de Sarkozy et l’OTAN

Sirte une belle ville cossue avant la destruction et le lynchage de Mouammar Kadhafi par la France de Sarkozy et l’OTAN


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Sirte une belle ville cossue avant la destruction et le lynchage de Mouammar Kadhafi par la France de Sarkozy et l’OTAN


Au sein de l’ancien bastion de l’EI en Libye : prisons secrètes et ateliers de fabrication de bombes

Dans une prison secrète de Sirte, ville antérieurement contrôlée par l’EI en Libye, les soldats découvrent quatre prisonniers et de la littérature islamique rédigée en anglais.

Les forces libyennes qui luttent contre l’État islamique (EI) à Sirte ont découvert des preuves que le groupe régnait par la terreur dans la ville qu’il appelait son « bastion nord-africain » depuis plus d’un an.

Derrière les murs roses et les fleurs d’une luxueuse villa proche du quartier industriel de Sirte, les troupes ont, pendant leur progression, découvert une prison abandonnée par l’EI où, derrière des fenêtres grossièrement murées, des prisonniers étaient détenus dans des conditions déplorables.

« Nous avons trouvé quatre prisonniers libyens, tous de Sirte », indique Hamid, l’un des soldats qui ont repris la prison. « Leur état de santé était très mauvais. Ils avaient été maltraités et étaient à l’article de la mort lorsque nous les avons trouvés. On les avait abandonnés là, sans eau ni nourriture, et ils mouraient de faim. »

Les quatre prisonniers libyens avaient été enfermés dans de toutes petites cellules, juste assez grandes pour y faire tenir un matelas. Ces hommes ont été détenus dans des conditions inhumaines – obscurité totale et un seul ventilateur pour abaisser la température, dans une région où la chaleur estivale grimpe souvent à plus de 40° Celsius. Les cellules étouffantes empestaient l’urine. Le cabinet de toilette était situé à l’extérieur des cellules, et, suite à l’abandon des lieux par l’EI, les prisonniers ne pouvaient plus y accéder et avaient donc été contraints de se soulager dans leurs minuscules cellules.

Sept cellules plus grandes, privées d’électricité, contenaient quatre ou cinq matelas, signe que la prison avait une capacité de 30 détenus et plus. C’était une petite prison à sécurité maximale : des grilles barraient les conduits d’aération, pour empêcher que des prisonniers tentent, en désespoir de cause, de s’échapper à travers ces petites ouvertures ; et des caméras vidéo installées dans les locaux surveillaient constamment les prisonniers.

Hamid pense que les militants de l’EI avaient emmené avec eux d’autres prisonniers au moment de fuir la région une semaine plus tôt. Au milieu de valises renversées et de piles de vêtements – appartenant probablement aux  anciens détenus – se trouvaient des manuels d’apprentissage de l’anglais et des boites entamées de médicaments, dont de l’insuline. Sur des feuilles de papier, des notes de cours d’arabe et d’islam, rédigées en anglais, indiquaient que les militants de l’EI avaient forcé les prisonniers, dont certains anglophones, à étudier l’islam.

Sur un petit morceau de carton – l’étiquette d’une paire de chaussettes – figurait la liste des jours du mois d’avril, méticuleusement notés et accompagnés de notes détaillant un changement de prison et des interrogatoires. Au bas du document figurait la mention : « 3 médecins indiens de l’Université de Sirte, incarcérés à Sirte, par l’EI », suivie de la première date de leur incarcération – qui correspond à la date où des médecins et enseignants indiens en poste à Sirte avaient été enlevés.

En juillet 2015, quatre médecins et enseignants indiens furent effectivement capturés à un point de contrôle de l’EI à la sortie de Syrte. Deux d’entre eux, soit des musulmans, soit parce qu’ils avaient suffisamment de connaissances de l’islam, furent libérés quelques jours plus tard. Les deux autres – tous deux hindous – ont été retenus, puis, en septembre, deux autres travailleurs indiens ont été capturés, et l’un d’eux a réussi à s’évader. L’ambassade d’Inde en Libye a confirmé que six de ses citoyens avaient disparu à Syrte l’année dernière, dont trois toujours portés disparus.

La dernière date écrite sur le morceau de carton était le 30 avril 2016. On ne sait pas ce que sont devenus ces hommes depuis.

« Daech [EI] n’a jamais utilisé les prisons officielles de Sirte parce que tous les gens de la ville savaient où elles se trouvaient », a déclaré Ahmed, ancien résident de Sirte, expliquant que cette villa était l’une des nombreuses propriétés locales réquisitionnées et utilisées par Daech à des fins malveillantes.

« Ils ont préféré installer des prisons secrètes à l’intérieur de maisons normales, comme celle-ci. » Il a affirmé que des centaines d’habitants de Sirte avaient disparu l’année où la ville avait vécu sous le règne de terreur de l’EI. Il a ajouté ne pas savoir s’ils étaient actuellement détenus à l’intérieur des zones de Sirte encore occupées par l’EI, ou s’ils avaient été tués.

Libya Dawn fighters fire an artillery cannon at IS militants near Sirte March 19, 2015. REUTERS/Goran Tomasevic - RTR4U1PU

Libya Dawn fighters fire an artillery cannon at IS militants near Sirte March 19, 2015. REUTERS/Goran Tomasevic –


Les forces libyennes, sous commandement du gouvernement d’entente nationale (GNA), soutenu par l’ONU, se battent contre les militants de l’EI sur les côtes centrales de la Libye depuis début mai. Elles assiègent maintenant Sirte et progressent régulièrement : les lignes de front empiètent sur la zone toujours sous contrôle de l’EI, et les troupes libyennes sont soutenues par les bombardements aériens quotidiens effectués par des avions de chasse basés à Misurata, troisième ville de Libye. Le commandant Mohamed Issa, en première ligne dans le district de Zafaran à Sirte, estime que le territoire occupé par l’EI s’est réduit à 18 kilomètres carrés au plus, avec la prise presque quotidienne de petits bouts de territoire de l’EI.

Une usine de fabrication de bombes

Dans un quartier, connu sous le nom d’Arches, récemment conquis à Sirte, les forces du GNA ont découvert que tout un quartier avait été transformé en usine d’explosifs de fortune, où l’EI avait préparé des voitures piégées et fabriqué d’autres engins explosifs artisanaux, dont des grenades.

« Nous avons trouvé beaucoup d’explosifs du genre utilisé dans les voitures piégées, stockés à plusieurs endroits», nous a expliqué le soldat Ibrahim. « On se croyait au quartier général de manufacture d’armes de Daech et c’est bien ici qu’ils ont bricolé eux-mêmes un grand nombre de dispositifs et pièges, à partir de ferraille. »

Le coin d’un bâtiment était dédié à la production de grenades, et des morceaux de métal ainsi que des outils étaient encore éparpillés par terre. « Ils ont gravé une grille dans le tube métallique, pour qu’il fonctionne comme une vraie grenade : lors de l’impact, le tube se désagrège et les morceaux de métal volent dans toutes les directions », a-t-il expliqué en nous tendant l’un de ces dispositifs grossièrement fabriqués.

« Nous avons aussi trouvé beaucoup d’autres choses, dont des morceaux de ferraille, utilisés par Daech dans leurs voitures piégées ; qui rendent l’explosion plus meurtrière et provoquent le plus possible de dégâts et blessures », a déploré Ibrahim.

L’EI a souvent eu recours aux mines, attentats-suicides et engins explosifs improvisés pour défendre ses positions à Syrte, et ces dispositifs ont été responsables de la plupart des 210 décès et plus de 1 000 blessures déjà subies par les forces du GNA.

« Pendant les combats de 2011, on ne voyait rien de semblable », a déclaré Abdul Latif Riad, combattant immobilisé depuis au moins cinq jours sur son lit d’hôpital à Misurata : il a eu le pied explosé par des éclats d’obus projetés par l’explosion d’un mortier, qui lui ont sectionné deux orteils.

« Nous avons constaté que Daech possède des spécialistes parmi ses rangs qui savent préparer artisanalement mines et engins explosifs improvisés. Ces personnes viennent soit d’autres pays que de Libye, soit ce sont des Libyens formés à la production de ces dispositifs parce que, en 2011, il s’agissait surtout de se battre au corps à corps, et on n’avait pas à faire à ce genre d’engins explosifs artisanaux » ; et d’ajouter que ces engins représentaient toujours l’un des plus grands dangers menaçant les combattants libyens pendant qu’ils reprenaient Syrte à l’EI.

Comme beaucoup d’autres lieux, l’atelier d’explosifs avait été abandonné à la hâte, au fur et à mesure de la progression des troupes du GNA aux abords de Syrte.

À côté d’un mur tagué des mots « État islamique », en anglais et grandes lettres majuscules, six paires de sandales et une seule paire de bottes militaires gisaient abandonnées près d’un tapis où les militants avaient prié, s’étaient reposés ou avaient pris un repas. Sur l’un des établis de l’atelier avait été oubliée la couverture poussiéreuse d’un exemplaire des mémoires de l’ancien Secrétaire américain à la Défense, Robert M Gates.

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