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Dictateur tchadien « Allié à la France, condamné par l’Afrique »

par Billets d'Afrique 11 Août 2016, 04:34 Tchad Dictature Hissene Habre Idriss Deby France Françafrique

Dictateur tchadien « Allié à la France, condamné par l’Afrique »
« Allié à la France, condamné par l’Afrique » 
Propos receuillis par Eléa Gary
Billets d'Afrique

Le 30 mai, les chambres africaines extraordinaires condamnaient l’ancien dirigeant du Tchad, Hissène Habré, à la prison à perpétuité, au terme d’un procès obtenu grâce au combat des victimes pour la justice. La sortie simultanée de deux rapports, l’un sur le soutien de la France au régime d’Hissène Habré, l’autre sur le soutien des ÉtatsUnis, vient rappeler que si aujourd’hui ce verdict est salué et que chacun s’accorde à en souligner les avancées en termes de justice et d’Histoire qu’il représente, le régime de Hissène Habré était largement soutenu par ces pays. Entretien avec Henri Thulliez, auteur du rapport « Allié de la France, condamné par l’Afrique : Les relations entre la France et le régime tchadien de Hissène Habré (1982-1990)  » et conseiller de Human Rights Watch pour le procès Habré.

Quelle est la démarche à l’origine de ce rapport ?

Le procès de Hissène Habré portait sur les crimes qui ont été commis au Tchad par les troupes de Hissène Habré, par des agents de Hissène Habré, de la DDS2, de l’armée, de la Garde Présidentielle et non pas sur les responsabilités politiques des alliés de Hissène Habré. Ce n’était pas la place pour que l’on parle du rôle des États-Unis1 ou de la France. Peut-être que Hissène Habré aurait eu des choses à dire dessus, mais il s’est terré dans son mutisme, donc très peu d’informations sont sorties sur le rôle des grandes puissances pendant le procès. À Human Rights Watch, on a tout de même enquêté sur ce régime pendant 15 ans, donc on a auditionné des centaines de survivants, de témoins, de victimes... On a eu accès aux archives de la DDS, la police politique du régime, parmi lesquelles nous avons pu trouver des commencements d’informations, des petits éléments de preuve sur la collaboration des États-Unis, de la France et du Tchad, ou avec le Soudan, ou l’Égypte, par exemple. Quand on se retrouve face à ce genre d’informations, on ne peut pas, en tant que Français, ou pour mon collègue en tant qu’Américain, rester de marbre. On se sent obligé de rendre au public ce qu’on a pu trouver à ce niveau-là. Pour cela, il fallait évidemment aller un peu plus loin dans les recherches, on a essayé de récupérer des archives aux États-Unis ou en France, de rencontrer des acteurs de l’époque, des protagonistes des relations entre le Tchad et la France ou les États-Unis. C’était important pour nous de donner ça à l’Histoire, pour qu’après, l’Histoire fasse son travail, pour que les autorités fassent leur travail de découverte de la vérité.

Votre rapport a donc été constitué à partir d’archives trouvées au Tchad et en France ?

L’un des éléments les plus intéressants au niveau des sources de ce document, c’est qu’on ne s’est pas arrêté à des sources françaises ou tchadiennes, puisqu’on s’est à la fois appuyé sur des archives de la DDS, sur des témoignages de Tchadiens qui se sont rappelés avoir vu un Français ou un Américain à cet endroit, sur ce lieu de bataille, dans cette prison, etc. et qui nous ont permis de bien aiguiller nos recherches. Ensuite, on s’est appuyés sur des témoignages d’hommes politiques, de diplomates français et de mercenaires français qui ont aidé Hissène Habré à prendre le pouvoir en 1981-1982, sur les articles de presse de l’époque et sur les rapports d’Amnesty International. Malheureusement, nous n’avons pas eu accès aux archives de l’Élysée qui nous auraient permis de mieux comprendre ce qu’au plus haut niveau de l’exécutif, on savait de l’ampleur des crimes qui ont été commis. Par contre, on a eu accès à des archives du côté américain.

Comment expliquez-vous cette différence dans la possibilité d’accès aux archives en France et aux États-Unis  ?

Je pense qu’aux États-Unis, il y a peut-être, sans tomber dans des généralités d’État à État, une plus grande facilité à tourner la page, à accepter le passé, à accepter ce qui a été fait. On l’a vu par exemple avec le rapport du Sénat américain en 2014 sur l’usage de la torture par la CIA suite aux attentats du 11 septembre 2001. Ce sont des faits qui dataient de seulement quelques années, pourtant on était déjà prêt à faire la lumière sur ce qui s’était passé. En France, on est beaucoup moins prêt à regarder le fond du dossier. Il suffit de voir combien de temps cela a pris pour l’État français de reconnaître son rôle dans la Shoah, ou le temps qu’on met pour commencer à admettre l’usage de la torture pendant la guerre d’Algérie, sur ce qui s’est passé au Rwanda et dans le cas présent au Tchad. En France, les autorités justifient le secret ou le silence en mettant en avant les intérêts géostratégiques de la France à l’étranger. Pourtant, faire preuve de transparence sur le passé, lancer un travail de mémoire, peut également renforcer les intérêts de la France à l’étranger : montrer que nous aussi, nous sommes prêts à faire preuve de justice et de vérité sur nos actions à l’étranger. La politique étrangère en France ne fait pas l’objet d’un réel débat. Le jour du verdict, John Kerry, secrétaire d’État américain, a salué la condamnation comme historique et a indiqué que ce verdict représentait « une opportunité pour les États-Unis d’entamer une réflexion sur nos propres liens avec les événements survenus dans le passé au Tchad afin d’en tirer des enseignements ». De son côté, le ministère des Affaires étrangères français a lui aussi publié un communiqué dans lequel il se félicitait du procès, équitable, une nouvelle étape pour la justice en Afrique, etc... et c’est tout ! On n’évoque pas du tout le rôle de la France, on ne veut même pas en parler, même pas se dire qu’il serait peut-être temps d’en parler comme le fait John Kerry. Il y a en France, une difficulté à étudier notre passé, surtout en Afrique.

L’enjeu de ce rapport est donc d’inviter à se pencher plus sur le rôle de la France à cette époque, de faire la lumière  ?

Absolument. L’idée est que les autorités se saisissent de cette opportunité, de cet élan de justice en Afrique. Il y a des milliers de victimes qui sont restées mobilisées pendant 25 ans pour ce procès, et ces mêmes milliers de victimes, elles veulent savoir tout ce qui s’est passé. Elles ne veulent pas s’arrêter juste à Hissène Habré et à ses complices, mais elles veulent savoir pourquoi les États « modèles » qui se disent démocratiques, qui se disent vecteurs de la promotion des droits de l’Homme en Afrique, pourquoi ces États, à cette époque, ne disaient rien pendant que des centaines de personnes pourrissaient en prison. L’enjeu est donc d’inviter les autorités françaises et américaines à faire leurs propres enquêtes, à accomplir leur devoir de mémoire, sur ce qu’elles ont fait à cette époque, quels ont été les dysfonctionnements, est-ce que l’exécutif était informé du caractère systématique et généralisé des crimes ? Et s’il était informé, pourquoi n’a-t-il pas conditionné son aide à une amélioration de la situation  ? Évidemment, il faut faire ce travail pour que de telles choses ne se reproduisent pas, que ce soit de placer des armes dans les mains de criminels ou d’aider aveuglément des régimes qui se rendent responsables de violations très graves des droits de l’Homme.

En quoi a consisté le soutien français ?

Le soutien français à Hissène Habré a un peu eu lieu par défaut. Lorsque Hissène Habré était dans le maquis entre le Soudan et le Tchad, au début de l’année 1981, on était en pleine campagne présidentielle en France. La gauche, arrivée au pouvoir, avance encore à tâtons, alors que à l’époque déjà des agents du SDECE [1] souhaitent que l’on aide Hissène Habré car c’est le seul acteur tchadien à être viscéralement opposé à la Libye. Donc la France n’empêche pas Bob Denard et ses amis mercenaires de l’aider à prendre le pouvoir, puis se trouve un peu obligée d’aider son régime, notamment sous la pression des États-Unis et de pays du pré carré françafricain, comme le Gabon ou la Côte d’Ivoire. Une fois que Hissène Habré prend le pouvoir, on commence déjà à avoir une assistance publique qui se met en place, une assistance militaire. Des mercenaires sont envoyés en 1983 pour aider à garder la ville de Faya Largeau, qui est finalement prise par les Libyens et les troupes pro-libyennes du GUNT [2]. Au fur et à mesure se met en place un déploiement militaire, avec l’opération Manta en 1983-84, qui est le plus grand déploiement de l’armée française depuis la guerre d’Algérie, puis à partir de 1986 jusqu’en 2014, l’opération Épervier, avec une présence constante d’avions de guerre français. En même temps qu’il y a ce déploiement, l’armée française organise des formations des officiers tchadiens, l’armée française déploie des conseillers officiers français auprès des bureaux de l’état major de l’armée tchadienne, la France assiste la DDS notamment avec un partage de renseignements. Le premier directeur de la DDS, Saleh Younous, a ainsi déclaré lors de son procès en 2015 « la DGSE était très proche de nous, elle était au courant de ce qu’on faisait ». On a retrouvé un individu supposé être l’agent de la DGSE qui s’était rendu au siège de la DDS en 1989 alors même qu’on était en pleine répression contre les Zaghawas, ethnie du Tchad qui a beaucoup été visée dans les années 1989-90. On a donc une coopération militaire et une coopération des services de renseignement, mais aussi un soutien diplomatique : Hissène Habré est invité à chaque sommet France-Afrique, il est l’invité de marque du 14 juillet 1987, juste après qu’il ait botté la Libye hors de la zone stratégique de Ouadi Doum [3]. Finalement, la France lâche Hissène Habré parce qu’elle apprend que les États-Unis et lui sont en train de créer une armée de prisonniers de guerre libyens, que la CIA va retourner contre Khadhafi. Quand la France découvre ce projet, qui s’appelle l’opération Haftar [4], elle réalise que le Tchad est beaucoup plus proche des États-Unis qu’il ne l’est de la France. Pour que le Tchad reste la chasse gardée de la France, elle va donc aider Idriss Déby à prendre le pouvoir, ce qu’il finira par faire le 1er décembre 1990.

Pourquoi la France a-t-elle maintenu son soutien alors que les crimes du régime pouvaient difficilement ne pas être connus ?

A l’époque, Amnesty International a fait un travail très précis de documentation des crimes et de communication et a publié beaucoup de rapports et de communiqués de presse, du début du à la fin du régime. De 1983 à 1985, les crimes commis au Sud, particulièrement « septembre noir », ont été relayés par la presse française, notamment par Le Monde. Il y avait donc des prémices d’information sur les violations des droits de l’Homme. Les diplomates sur place, en particulier l’ambassadeur de France, avait survolé la zone méridionale et a dit avoir vu énormément de cases brûlées et avoir envoyé des télégrammes en France, qui sont restés lettre morte. Rien n’a été fait. Roland Dumas, à l’époque chef de la diplomatie de Mitterrand, expliquait dans ses déclarations que Hissène Habré était le représentant des « honnêtes gens » : il représentait les intérêts de la Françafrique et de la France en Afrique contre Kadhafi. Kadhafi, était l’ennemi commun, l’ennemi des États-Unis, l’ennemi des pays du pré carré français, et l’ennemi de la France, même si elle cherchait une certaine paix avec lui. Ce sont donc les intérêts géostratégiques, les intérêts de la politique étrangère française, qui ont justifié de se taire sur la question des droits de l’Homme.

Ce qui est frappant, c’est de voir que des éléments de ce rapport, qui couvrent la période Habré, sont toujours d’actualité : la proximité militaire de la France avec le Tchad, par le biais de formation mais aussi d’interventions… Et Déby a été porté dans son accession au pouvoir par la France, qui ne pouvait pas ignorer son passé. De plus, le soutien de Déby se justifie toujours par des intérêts géopolitiques et des enjeux d’influence, aujourd’hui autour de la lutte contre le terrorisme… Ce rapport interpelle donc aussi sur l’actualité ?

Les autorités françaises qui entretiennent des relations très étroites aujourd’hui avec le Tchad ou avec des régimes plus violents doivent se demander si elles prennent toutes les mesures nécessaires pour essayer d’empêcher la commission de crimes ou de graves violations des droits de l’Homme. Les intermédiaires français avec ces pouvoirs devraient se demander si dans dix ou quinze ans, la personne avec laquelle ils interagissent ne se retrouvera pas sur le banc des accusés de la justice internationale  : ils pourraient alors courir le risque d’être visés comme complices passifs des violations.

ET IDRISS DÉBY ?

Idriss Déby, président actuel du Tchad, est cité dans ce rapport, à propos des fonctions occupées pendant le régime Habré il était commandant en chef des armées mais aussi à propos du soutien français à son accession au pouvoir. Si le cadre du procès et les documents trouvés n’ont pas permis de l’inquiéter, sa pratique du pouvoir depuis 1990 doit questionner l’appui et l’alliance de la France avec ce régime. Proche de Hissène Habré, formé en France, commandant en chef des Forces Armées Tchadiennes pendant les répressions dans le sud du Tchad, notamment « septembre noir » en 1984, Idriss Déby accède au pouvoir le 1er décembre 1990 avec l’aide de la France et notamment de la DGSE. Sous couvert d’un renouveau démocratique, les pratiques répressives ne tardent pas à être signalées. L’Agence Nationale de la Sécurité (ANS) remplace la terrible Direction de la documentation et de la Sécurité de Habré mais s’inscrit dans sa continuité, jusqu’à aujourd’hui : « son efficacité n’en a semble-t-il pas été affectée. Il faut dire qu’une partie des hommes qui dirigeaient cette agence redoutable sont toujours en poste » explique ainsi Jeune Afrique (21/09/2015). En 2002, lorsque la 11e Chambre de la Cour d’appel de Paris se prononce sur le délit d’offense à un chef d’État, dans le cadre de la plainte portée par trois chefs d’État dont Idriss Déby, suite à la publication du livre Noir Silence, elle relaxe François-Xavier Verschave et son éditeur Laurent Beccaria, sur le fond. Ainsi, la justice reconnaît que l’on peut alors dire d’Idriss Déby qu’il « entretient soigneusement sa réputation de tueur, par des carnages réguliers », signaler son « irrésistible attirance » vers « le pillage de l’État, la mise à sac des populations averses et leur "terrorisation" », écrire qu’il est « goulu de transactions illégales ». Cependant, le soutien de la France reste indéfectible. L’appui militaire est particulièrement développé, que ce soit via l’opération Epervier, aujourd’hui Barkhane, ou par le biais de la coopération militaire. Allié incontournable de la lutte antiterroriste, les rencontres régulières avec des officiels français, tout comme la note que Médiapart révélait en mars dernier, indiquent que la remise en question de ce soutien n’est pas à l’ordre du jour.

AMNÉSIE COLLECTIVE

Le porte-parole du quai d’Orsay n’a pas manqué de saluer la condamnation d’Hissène Habré : « avancée remarquable dans la lutte contre l’impunité (…) Il s’agit non seulement d’un volet important de la promotion des droits de l’Homme, mais également d’une contribution à la prévention des conflits et au retour vers la paix de pays affectés par des atrocités de masse. La France est entièrement mobilisée en faveur de ces objectifs. » (31/06) Cette langue de bois n’a certes rien d’inhabituel, mais il est des fois où, à défaut de vérité, on se dit que le respect dû aux victimes impliquerait un minimum de discrétion. Loin d’être entière, la lutte contre l’impunité version françafricaine souffre en effet de sérieuses limitations : qu’elle ne concerne que des événements anciens, et qu’elle s’arrête aux portes de l’Elysée, des ministères, et des services secrets. L’accès aux archives officielles, attestant du soutien français au régime Habré, a en effet été refusé aux enquêteurs de HRW. Et les responsables français impliqués dans ce soutien, que Le Monde a eu l’excellente idée d’aller interroger pour une série d’articles, font preuve d’une « étrange amnésie » (31/05). « La France s’imposait la neutralité dans les questions intérieures du Tchad  », déclare sans rire Jean-Christophe Mitterrand, fils de son père et à ce titre en charge de la cellule Afrique de l’Elysée. Hubert Védrine, conseiller diplomatique de Mitterrand  : « J’avais d’autres priorités ». Michel Roussin, ex-directeur de cabinet d’Alexandre de Marenches, patron du SDECE (services secrets avant la DGSE) : « J’étais loin de ce dossier. » Jean-Marc Simon, ex-premier conseiller à l’ambassade de France de N’Djamena : « A l’ambassade, nous n’avions rien là-dessus.  » « Et la DGSE ? », lui demande le journaliste. « C’est à part. » « A part de l’Etat français ? » Pas de réponse. Général Bruno Le Flem, ancien conseiller personnel du Commandant en chef des forces armées tchadiennes, un certain Idriss Déby : « J’ai vu, pour le procès Habré. Mais pourquoi juge-t-on cet homme aujourd’hui, subitement, trente ans après ? Qu’est-ce qu’on cherche ? » Et l’ampleur de la répression sous Habré ? « Pas vu. Une guerre, c’est une guerre, pas une campagne pour les droits de l’homme. » Roland Dumas, chef de la diplomatie de François Mitterrand concède : « A partir du moment où on lui dit “on te demande simplement de tenir le pays et tu fais ce que tu veux”, comment voulez-vous qu’il n’en abuse pas ? » (28/06) On est pourtant encore loin du compte. Claude Soubeste, ancien ambassadeur de France de 1982 à 1985, se montre un peu prolixe : « j’ai pu constater les effets désastreux de la répression : nombreux villages détruits, milliers de paysans tchadiens affolés abandonnant leurs cultures pour se réfugier dans la brousse ou dans le nord de la Centrafrique. (…) Le spectacle tragique de centaines de paillotes brûlées, sur des kilomètres, m’a conduit à demander mon rappel. » Mais pour les basses œuvres de la DDS : « Jamais, lors de ma présence au Tchad, je n’ai entendu parler de telles horreurs. (…) Quant aux tortures dans les prisons tchadiennes, je vous le redis, je l’ignorais totalement. Je ne l’aurais pas supporté. Peut-être que d’autres étaient au courant, en France, mais là encore, si c’est le cas, personne n’a jugé bon de m’en tenir informé. » Et de se défausser : « Vous croyez vraiment que les services et agents de la DGSE informent les ambassadeurs de France de tout ce qu’ils savent ? » (31/05) C’est le colonel Dominique Monti, ex-attaché de défense et chef de la Mission d’assistance militaire de 1983 à 1986 qui fournit le témoignage le plus intéressant. A la question de savoir si les agents de la DGSE au Tchad pouvaient ignorer ces exactions, il répond : « La DGSE est une structure très organisée et rigoureuse. Chaque agent de terrain effectue les missions qu’on lui fixe et en rend compte systématiquement à ses supérieurs. C’est la règle dans la "maison". L’un des rôles de la DGSE était d’assister la DDS dans son travail de renseignement. Dans ce contexte, les agents de la DGSE ont forcément formé et assisté des agents de la DDS. » Les techniques d’interrogatoire faisaient-elles partie des formations dispensées par la DGSE à la DDS ? « Sans doute. Je n’ai jamais eu accès au détail de ces formations, mais il me paraît légitime de présumer, vu le contexte de guerre, que ces techniques étaient aussi au programme de l’assistance que la DGSE apportait à la DDS. (…) Mais quel que soit le cas de figure, croyez-vous que l’on puisse obtenir ce genre de renseignements avec des méthodes angéliques ? Dois-je rappeler que la France a elle aussi eu recours à des techniques musclées d’interrogatoire pendant la guerre d’Algérie ? (…) Je ne sais pas ce que nos responsables à Paris savaient. La seule chose que je puis confirmer, c’est qu’effectivement, l’Etat français avait, à cette époque, une multitude de sources d’informations au Tchad. Lors des exactions au Sud, par exemple, en 1984, nous parlions entre nous de 2000 à 3 000 morts. Mais 40 000, c’est juste incroyable ! Alors si l’ampleur – qui personnellement me surprend – des horreurs qui viennent d’être jugées à Dakar est la vérité, il n’y a que deux explications  : soit nos responsables n’ont pas voulu savoir, soit ils ont préféré se taire. » (31/05) La rédaction

[1] Service de documentation extérieure et de contre-espionnage, remplacé par la Direction générale de la sécurité extérieure en 1982.

[2] Gouvernement d’Union Nationale de Transition, groupe d’opposition mené par Goukouni Weddeye.

[3] Base libyenne prise les Forces Armées Nationales Tchadienne en 1987, avec l’aide de la France et des États-Unis.

[4] Du nom du Colonel Khalifa Haftar, chef de la base libyenne de Ouadi Doum.

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