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Fidel et ce qu’il représente - La coopération internationaliste (LGS)

par Jacques-François Bonaldi 14 Août 2016, 05:59 Fidel Castro Cuba Communisme Internationalisme Cooperation Articles de Sam La Touch

J’ai envoyé au Temps des Cerises voilà une vingtaine de jours un ouvrage intitulé « Quand Obama s’adresse aux Cubains. Remarques à ses remarks », qui commente, paragraphe par paragraphe, l’allocution qu’Obama a prononcée le 22 mars dernier à La Havane. J’espère que l’éditeur le publiera. En attendant, comme le monde entier (progressiste et révolutionnaire) fête les quatre-vingt-dix ans de Fidel, mon idée est de vous envoyer, sous forme de « bonnes feuilles », certains passages ayant directement trait à Fidel. Ce troisième extrait porte sur la coopération médicale de Cuba, un thème sur lequel les médias transnationaux ne s’étendent guère en règle générale. Le début de l’extrait, bien entendu, est le texte même des remarks d’Obama.

Nous avons joué des rôles très différents dans le monde. Mais personne ne saurait nier le service que des milliers de médecins cubains ont rendu aux pauvres et aux gens qui souffrent (applaudissements). L’an dernier, des travailleurs de la santé étasuniens et l’armée étasunienne ont travaillé coude à coude avec des Cubains pour sauver des vies et enrayer l’épidémie à virus Ébola en Afrique de l’Ouest. Je crois que nous devrions poursuivre ce genre de coopération dans d’autres pays.

Que les États-Unis et Cuba aient « joué des rôles très différents dans le monde » coule de source. On ne saurait s’attendre à ce qu’une Révolution socialiste aussi radicale dans ses principes et ses idées puisse, fût-ce par hasard, croiser la route de l’Empire hégémonique et agressif qui n’a de politique étrangère que fondée sur la force, la menace, les représailles. Qu’on me donne des exemples qui le démentent ou qui prouvent que la Maison-Blanche et son département d’État ont agi, fût-ce une seule fois, sous le coup de ce qu’on pourrait appeler la « générosité » ou l’ « altruisme », et je rendrai les armes. Mais on aura bien du mal à en trouver. À l’époque où ils auraient pu faire partie de « coalitions » pour la bonne cause, j’entends : les deux guerres mondiales, ils ne se sont décidés qu’après avoir été eux-mêmes touchés par des « dommages collatéraux » : l’épisode du Lusitania en mai 1915 et Pearl Harbor en décembre 1941… Face à cette politique extérieure-là, celle de la Révolution cubaine se situe exactement à l’opposé et l’Histoire contemporaine abonde à cet égard en faits concrets, à commencer vis-à-vis du Tiers-monde. Mais pas seulement…

Je prends acte de toute façon du premier éloge – mieux vaut tard que jamais ! – qu’Obama daigne faire de quelque chose de la Révolution cubaine : ses médecins à l’étranger.

Comment ne pas parler de la coopération médicale cubaine ? On a fait du docteur Schweitzer le symbole du médecin altruiste, consacré à ses malades, prêt à mourir pour eux. Eh ! bien, la Révolution cubaine, en cinquante-huit ans, a produit des centaines de milliers de docteurs Schweitzer ! Même si aucun d’eux n’a encore reçu le Prix Nobel de la paix… Si, pour lui, le choix de la médecine était le moyen de se mettre « au service direct de l’humanité », s’il s’agissait avant tout de soigner, de soulager les souffrances pour expier les crimes de la colonisation, alors les médecins coopérants cubains peuvent se valoir de ces mêmes présupposés, les carences actuelles des pays africains en infrastructures et en personnels médicaux étant une conséquence de ce pillage historique. L’on porte aussi au pinacle les missionnaires qui partent au loin porter la bonne parole aux mécréants sans reculer devant les pires obstacles. Eh ! bien, la Révolution cubaine compte des dizaines de milliers de « missionnaires » de la santé. Mais que la presse internationale en parle peu, comme elle fait tout pour passer sous silence cet extraordinaire exemple d’altruisme et de solidarité internationale, parce qu’il ne répond pas à l’image qu’elle veut donner de la Révolution cubaine !

Plutôt que d’aligner force chiffres et statistiques sur cette question – on peut les trouver sur les sites cubains correspondants – je préfère reprendre un discours où Fidel, tout en en fournissant, réfléchit aussi sur les présupposés de cette coopération médicale. Il date du 9 août 1999, à la remise de diplômes aux élèves de l’Institut supérieur des sciences médicales :

La qualité, ou les progrès de la médecine, ou les capacités médicales d’un pays ne se mesurent pas seulement au nombre de médecins, mais aussi à la façon dont ils se sont formés, à l’esprit dans lequel ils l’ont été, en plus de leurs connaissances.

J’ose dire qu’il serait difficile de trouver un potentiel aussi volumineux et aussi bien préparé dans d’autres pays, où il existe aussi de bons médecins, mais où l’immense majorité exerce dans le privé ou combine privé et public.

Ce n’est pas notre cas : dès le début, non en vertu d’une loi, mais par engagement des élèves eux-mêmes, notre pays a renoncé à l’exercice de la médecine privé. Il reste encore quelques médecins diplômés d’avant la Révolution qui l’exercent, peut-être trente ou quarante.

Donc […] nous comptons plus de 65 000 médecins. À la fin de l’an dernier, à la suite de deux grandes catastrophes naturelles en Amérique centrale et dans les Antilles – en particulier, Haïti – nous avons offert aux peuples une coopération médicale : l’envoi de jusqu’à deux mille médecins rien qu’en Amérique centrale. Indépendamment de la quantité que nous avons offerte à Haïti. Et vous savez comment les médecins, les techniciens de la santé et les personnels infirmiers ont répondu massivement, pourrait-on dire. Alors, on pourrait penser : le pays va se retrouver sans médecins ! Absolument pas.

Fin 1999, cela fera un an que nous avons fait cette offre, et Cuba dispose pour l’instant… de 1 202 coopérants de la santé – je dis coopérants, parce qu’ils ne sont pas tous médecins. Nous avions offert jusqu’à 2 000 médecins en Amérique centrale et une certaine quantité à Haïti, autant qu’il le faudrait pour y réduire la mortalité infantile – qui se montait alors à environ 150 décès d’enfants de jusqu’à cinq ans pour 1 000 naissances vivantes – d’abord à 50, puis à 30. Nous savons comment on peut le faire, c’est très économique, c’est bon marché. Parfois, avec quelques centimes, vous pouvez sauver la vie d’un enfant.

Dans un programme de santé, le plus coûteux est le médecin ; ce qui est décisif, ce qui est fondamental, c’est le médecin. Le moins cher, ce sont les médicaments. Nous avons fait appel à la conscience des pays qui ont plus de ressources pour sauver des dizaines, des centaines de milliers de vies sur ce sous-continent, et même dans d’autres parties du monde, l’Afrique par exemple, à condition qu’ils fournissent les ressources nécessaires pour les médicaments.

Environ 900 de ces 1 202 coopérants de la santé sont des médecins. Les brigades comptent parfois un technicien, qui s’occupe du groupe électrogène ou des équipements d’appui. Il ne s’agit donc pas seulement de personnels infirmiers et de techniciens de la santé, mais parfois aussi de mécaniciens qui prêtent différents services, qui font de tout, réparent de tout. De toute façon, ce programme de coopération est en train d’augmenter, et il se peut que d’ici à la fin de l’année le nombre de médecins – non de l’ensemble des coopérants – se monte à environ 1 500.

Nous avons bien souvent suggéré aux pays concernés d’envoyer près du médecin cubain un ou deux jeunes gens ayant au moins conclu le primaire, avec un manuel de soins infirmiers, de façon que le médecin puisse former dans la pratique des auxiliaires de la santé, du personnel infirmier. Bien entendu, ces pays-là ne peuvent créer en quelques années à peine assez d’écoles de soins infirmiers de haut niveau pour disposer du personnel bien formé dont ils ont besoin. En tout cas, le médecin sur place, voire l’infirmier ou l’infirmière, – parce que, dans les endroits reculés, ils ne sont souvent que tous les deux – peuvent contribuer d’une façon pratique à former des jeunes du pays ayant le niveau scolaire minimum requis, et ceux-ci se transforment à leur tour en professeurs de soins infirmiers, en coopérants de la santé. Voilà pourquoi je parle en général des médecins cubains, parce que le pays d’accueil fournit d’ordinaire le personnel auxiliaire.

À supposer que 1 500 médecins se retrouvent à l’étranger à la fin de l’année dans le cadre de ce programme, 2 390 nouveaux médecins entrent aujourd’hui même dans les services de santé du pays. Et ainsi de suite. Nous aurons beau envoyer de nombreux médecins dans ces programmes de coopération, nous en formerons plus, j’en suis convaincu. Si les consciences se réveillent dans le monde, si la coopération prend de l’ampleur, il se peut que nous envoyions à l’étranger plus de médecins que nous n’en formons, mais le potentiel est énorme. Je l’ai dit en résumé : si un médecin cubain sur trois prêtait service à l’extérieur, Cuba resterait le pays du monde au taux le plus élevé de médecins par habitant.

Nous avons d’ores et déjà inclus l’Afrique dans ce programme.

Des difficultés sont apparues à certains endroits d’Amérique latine, quelques protestations d’organisations médicales qui se disent lésées par la présence de médecins cubains. Or, en fait, nous ne les proposons pas dans les capitales ou dans les villes, mais aux endroits où il n’existe aucun médecin et aucun médecin du pays ne va, ce qui ne peut porter préjudice à personne. Ce n’est que par exception que nous acceptons qu’un spécialiste dont ne dispose pas le pays en question exerce dans les villes. Telle est la ligne que nous suivons.

Je vous donne ces chiffres pour que vous sachiez que nous n’allons pas nous retrouver sans médecins. Ça n’arrivera jamais, car nous disposons d’un potentiel colossal, d’un capital humain énorme en médecine, dont le plus important sont les qualités et les connaissances.

Et ce ne sont pas que des mots. L’attitude de ces 1 200 coopérants de la santé dans les endroits les plus difficiles est vraiment admirable. Je ne saurais vous décrire le respect, l’admiration, l’affection, la tendresse qu’on leur voue. Ils ont fait à bien des endroits des opérations qu’on n’y avait jamais vues, qui ont provoqué de l’étonnement, alors que ce sont en fait des opérations simples dans notre pays. Des personnes aux visages déformés, par exemple, et qu’on a restaurés.

Ils ont réglé d’importants problèmes humains. La presse en a parlé, et je ne vais pas le redire. Il faut voir avec quelle affection les populations de ces pays frères répondent au travail de nos médecins, et je pense que ceci les encourage beaucoup.

J’ai dit parfois que si on dit à un médecin qu’il y a deux endroits où aller, et l’un plus difficile que l’autre, il choisit le plus difficile.

Il est encore plus admirable qu’une bonne partie de ces médecins qui exercent dans des endroits solitaires, sans électricité, pleins de moustiques, d’insectes, de vipères, de tout – heureusement, nous n’avons pas souffert un seul accident – soient des femmes, et cela force l’admiration, l’étonnement, le respect. Et nos médecins vont partout, à une île toute proche ou à un continent éloigné. Et il n’en a jamais manqué un seul : on a organisé en quelques heures une brigade, par exemple, pour pouvoir profiter d’un avion qui partait dans un pays qui nous réclamait des médecins.

Je dois dire que nous nous sentons tous – et je dis bien tous – orgueilleux – et je me sens tout spécialement orgueilleux – de ce que font nos médecins, parce que cela donne la mesure des valeurs que notre Révolution a su créer, indépendamment des mauvais exemples que donnent certains citoyens et ceux qui se laissent attirer par les chants de sirène de la société de consommation, ou en rêvent, le cœur et l’esprit vides.

[…]

Les programmes de médecine gratuite que nous réalisons en Amérique centrale, en Haïti et dans quelques pays africains ont un très grand effet humain, un effet solidaire, une grande influence. Un seul de ces médecins produit un plus grand effet que cent médecins sous contrat, bien que ceux-ci fassent aussi des sacrifices et que, par solidarité de notre pays, leurs honoraires sont bien inférieurs à ceux des médecins provenant de pays riches. Il est vrai que les médecins sous contrat contribuent sur le plan économique à nos propres services de santé, mais ce n’est rien comparé aux dépenses de santé de notre pays, aux dépenses totales en devises, aux dépenses qu’entraînent les facultés de médecine. Ce n’est rien, juste un petit quelque chose.

Notre mission est bien plus noble que la collecte de quelques dollars. Notre mission est de mettre au point une doctrine de la santé humaine, de prouver par l’exemple ce qu’on peut faire dans ce domaine qui est, bien entendu, le plus sensible pour n’importe quelle personne au monde. Le médecin a dans ses mains la vie et la santé des personnes.

[…]

Nos médecins ne sont pas des marchands de services de santé. Ils touchent ce dont ils besoin pour vivre, et je pense qu’ils toucheront plus d’année en année à mesure que l’économie se récupérera et que nous avancerons.

On sent en tout cas de la répugnance à voir la commercialisation des services médicaux, pas seulement dans les pays du Tiers-monde, mais même dans des pays aussi surdéveloppés que ceux de l’Europe. […]

La médecine privée privilégie ceux qui ont de l’argent au détriment de ceux qui n’en ont pas, et il n’y a rien de plus inhumain que ça. Il est incroyable que des sociétés riches qui font ce genre de choses et bien d’autres parlent de droits de l’homme et parlent d’humanité, alors que leur système est le plus inhumain qui soit, le plus égoïste, le plus individualiste, le plus aliénant.

[…]

Nous faisons même en sorte qu’ils puissent disposer au moins d’un transistor là où ils se trouvent, qu’ils puissent écouter des programmes sur petites ondes ou sur ondes moyennes pour avoir des nouvelles du pays ou de leurs familles. Nous avons acheté des caméras de télévision, des magnétophones et d’autres appareils, nous avons dépensé de l’argent dans des billets d’avion pour que nos journalistes puissent visiter les endroits où exercent nos médecins afin de faire connaître dans notre pays leurs exploits et de ramener des nouvelles aux familles restées à Cuba qui peuvent ainsi non seulement les écouter sur des programmes de radio, mais encore les voir, qu’il s’agisse d’une mère, d’une sœur, d’une fille, ou d’un mari, d’un père, d’un frère, d’un fils ou d’une épouse. Ou vice-versa. Il est émouvant parfois de voir les dialogues entre familles, ou lorsqu’un groupe de médecins se réunit pour voir des images qu’un journaliste de province leur apporte de leurs familles. Nous nous efforçons d’améliorer toujours plus la situation humaine de nos médecins. Mais leur attitude est vraiment étonnante. Et ils se sont formés dans les mêmes valeurs, dans les mêmes idées que vous.

Je sais qu’être ici un élève éminent, brillant, signifie en premier lieu partir dans les montagnes les plus reculées du pays. Les résultats universitaires jouent dans ce cas. Ce sont les meilleurs qui vont dans ces endroits reculés. C’est une coutume saine, et il se peut qu’on leur assigne ensuite des tâches encore plus méritoires et encore plus reculées. Voilà comment on récompense dans notre pays les bonnes notes, les meilleurs élèves : par des tâches qui exigent encore plus d’efforts et de dévouement. Après, ils brilleront encore plus tout au long de leur vie. C’est une belle tradition qu’on doit conserver toujours.

Je suis convaincu – et je l’ai dit plus d’une fois à plus d’un endroit – que si les États-Unis, un pays immensément riche de 270 millions d’habitants, se proposaient de recruter deux mille médecins volontaires pour exercer dans les endroits d’Amérique centrale où vont les nôtres avec plaisir, ils ne les trouveraient pas. Je ne suis même pas sûr qu’ils en réunissent mille. Même pas en leur payant cent mille dollars par an, ou plus. C’est la vérité.

Il y a une différence énorme entre la façon dont les êtres humains s’éduquent dans ces sociétés-là d’égoïsme et d’individualisme et la façon dont les jeunes s’éduquent dans un système comme le nôtre. Et les fruits sont là. Quelqu’un peut-il le contester ? Quel pays, aussi riche qu’il soit, a nos taux de médecins par habitant ? Nos médecins, on les trouve dans tous les coins du pays, et aucun autre pays au monde ne peut en dire autant.

Comment un pays du Tiers-monde, soumis en plus à un blocus économique rigoureux, peut-il avoir des taux de mortalité infantile inférieurs à ceux des États-Unis ? Comment cela serait-il possible sans notre système ? Comment cela serait-il possible dans cette cochonnerie de capitalisme qui a existé dans la néo-colonie que nous avons été depuis le début du siècle jusqu’en 1959 ? Voilà l’œuvre faite, et dans bien d’autres domaines : l’éducation, le développement des facultés physiques et du sport, la culture, les intellectuels, la formation de personnel qualifié et de professions libérales.

[…]

Il vous est échu de vivre une étape de sacrifice, mais de participer aussi à l’une des œuvres les plus méritoires qu’aucun peuple n’ait eu la possibilité de réaliser : la doctrine de santé humaine que nous avons mise au point et que nous voulons promouvoir.

Nous avons demandé à des pays européens de collaborer à un programme que nous avons mis au point pour le Nord de l’Afrique subsaharienne où se trouve la plupart des pays dans ce cas.

Cuba peut sauver des centaines de milliers de vies en Amérique latine, là où la population ne reçoit aucune assistance médicale : dans notre sous-continent, si l’on part du Sud des États-Unis, en excluant les Antilles anglophones où les taux de santé sont bons – quoique les Antilles comprennent aussi Haïti – on sait que plus 500 000 enfants qui pourraient se sauver meurent tous les ans, sans parler de la quantité d’adultes qui pourraient le faire avec des services médicaux adéquats.

Nous avons proposé publiquement la façon dont on pouvait sauver des centaines de milliers de vie par an dans ce sous-continent. Quel encouragement de savoir que notre pays, ce pays auquel on a volé trois mille médecins pour ne lui en laisser que trois mille, en compte aujourd’hui plus de soixante mille, excellemment formés, et qu’il peut offrir au sous-continent les ressources humaines suffisantes pour sauver des centaines de milliers de vies, sans porter préjudice en quoi que ce soit à ses propres services médicaux !

C’est en Afrique que la situation est la plus désespérante.

[…]

Maintenant, quelque chose d’admirable. Ce petit pays-ci, c’est la Gambie, sur la côte ouest de l’Afrique subsaharienne, de plusieurs centaines de kilomètres de long, sur les deux rives d’un large fleuve qui se jette dans l’Atlantique. […] Le président du pays est venu ici, quelqu’un de jeune, qui me rappelle un peu Hugo Chávez, le président actuel du Venezuela, très intelligent, actif et soucieux de son peuple. Il savait que nous avions proposé des médecins au Niger, au Burkina Faso, au Mali et à d’autres pays. Il nous a dit que son pays avait de gros besoins dans ce domaine et que nous lui envoyions au plus tôt du personnel médical. Je lui ai demandé : Combien vous en faut-il ? Il m’a répondu : Au moins cent cinquante pour couvrir nos besoins fondamentaux, nous garantissons les médicaments. Alors nous avons envoyé un groupe chargé d’explorer le terrain, nous avons mis au point un programme, nous avons commencé à recruter le personnel et nous avons organisé aussitôt les brigades. […] Nous leur avons offert aussi notre coopération pour créer une faculté de médecine, qui est la solution juste et définitive à long terme pour ces pays-là.

J’ai demandé à Dotres [ministre de la Santé publique] : « Combien de médecins compte la Gambie ? » Il m’a répondu : « Dix-huit médecins gambiens. » Je lui demande : « Et d’autres nationalités ? » Il me dit : « Quelques-uns d’Europe et d’ailleurs, à peine quelques-uns. »

Voyez un peu le potentiel de notre pays : en une seule fois, dans un seul avion, nous avons envoyé en Gambie 158 coopérants de la santé, dont 126 médecins, 5 dentistes, 25 infirmières et 2 techniciens ! Du personnel de notre ministère de la Santé leur rend visite aussi. […] D’un seul coup, 158 travailleurs de la santé dans un seul avion, un IL-62, […] de cent soixante places ou un petit peu plus. Mais cela vous donne une idée éloquente du potentiel médical de Cuba, de sa capacité, de sa solidarité. Est-ce que ça nous fait du tort ? Non. Est-ce que ça lèse les Cubaines et les Cubains qui y exercent ? Non, absolument pas. Au contraire, ça les grandit. Ils constatent sur place ce qu’il se passe dans le Tiers-monde, et même s’ils souffrent quand ils se heurteront aux problèmes, cela enrichira leurs connaissances médicales et humaines, ils prendront encore mieux conscience des dures réalités de la planète où nous vivons. Heureusement, ils sont fortement soutenus, parce que le gouvernement est vraiment préoccupé des problèmes de son peuple.

[…]

Tout ceci produit une grande satisfaction. À plus forte raison quand on entend parler des expériences de nos médecins, de la façon dont ils travaillent, et même comment leur qualité humaine et leur dévouement total ont fini par forcer la confiance et l’affection des habitants du coin. Au début, les indigènes dans des endroits très reculés restaient sur leur réserve, se méfiaient. Ils soumettaient le médecin à une espèce d’épreuve, ils lui donnaient leur soutien mais peu à peu, après avoir observé son attitude, pour finir par lui faire totalement confiance.

Nos compatriotes vivent une expérience exceptionnelle et mettent bien haut le nom de leur patrie.

Fidel parle aussi dans cette intervention de l’École latino-américaine de médecine (ELAM), une institution alors nouvellement fondée dont l’appellation dit bien les objectifs : elle accueille des élèves d’origine pauvre et modeste provenant de l’ensemble du sous-continent pour y faire des études gratuites.

L’École compte des élèves de toute l’Amérique latine ; il ne manque que deux ou trois pays, et j’espère que nous en aurons bientôt.

Nous avons donné la priorité aux pays à plus forte population paysanne, indigène ou pauvre. La Bolivie, le Paraguay, auquel nous avions déjà concédé des bourses, le Pérou, l’Équateur, en plus de l’Amérique centrale et d’Haïti par où ce programme a débuté.

[…]

Ce que nous voulons à l’École latino-américaine de médecine, c’est que les élèves des pays frères latino-américains s’imprègnent de la même doctrine dans laquelle se forment nos médecins, ce dévouement total à leur noble profession future, parce que le médecin est comme un prêtre, un pasteur, un missionnaire de la santé et du bien-être physique et mental des personnes.

En trois ans, il y aura ici plus de 6 000 étudiants latino-américains. Bien entendu, à peine quelque dizaines de diplômés chaque année, cela fait un petit groupe par rapport à la population de certains grands pays, et nous ne pensons pas régler de la sorte leur problème, bien entendu. Ce n’est pas pareil un pays comme le Brésil qu’un pays comme la Bolivie, ou qu’un pays centraméricain ou que l’Équateur, dont la population ne dépasse pas dix millions d’habitants et comprend une forte proportion de paysans et d’indigènes. Et dans ces pays-là, le total d’élèves va représenter une quantité de médecins relativement importante.

Pourquoi voulons-nous de toute façon qu’il y ait des étudiants de toute l’Amérique latine ? Parce que des jeunes de tout un sous-continent appelé à s’unir, à s’intégrer, vont se connaître dans cette École. Ils doivent être l’avant-garde dans le domaine de la santé, les pionniers des concepts relatif à l’intégration nécessaire et inéluctable, et ils doivent se connaître les uns les autres. Bien mieux, la culture de chacun va s’enrichir, parce que ce seront un jour les étudiants honduriens, qui sont plus de deux cent cinquante, qui organiseront leur fête, qui exposeront leurs coutumes, leur culture ; un autre jour, ce seront les Guatémaltèques, et un autre jour un autre pays. Nous sommes un ensemble appelés à nous intégrer, qui parlons pratiquement tous la même langue parce que les différences sont minimes entre l’espagnol et le portugais. Et il est bon qu’un ensemble de peuples appelés à s’unir commencent à se connaître dès le premier jour où ils commencent leurs études.

Si seulement notre pays avait plus de ressources pour créer d’autres facultés où étudier d’autres carrières, comme l’enseignement et d’autres. Tous les pays ont des universités, et certaines très bonnes, mais nous avons commencé en tout cas par les études au plus grand contenu humain, la médecine.

Imaginez ces milliers de jeunes étudiants, formés dans des conceptions déterminées de la médecine, qui se connaissent entre eux et qui connaissent les coutumes des différents pays : ils se convertissent en des pierres angulaires de l’intégration de nos peuples. C’est là sans aucun doute un facteur important, même si l’union a besoin de bien d’autres pierres. Ce sont nos rêves que cette école de médecine.

J’oserai dire que cette école est un bijou par les conceptions qui y président : création et développement. Les installations sont excellentes – il s’agit d’une ancienne école navale – elle dispose de tous les équipements nécessaires et les professeurs sont les plus expérimentés. Ses élèves sont studieux, et éprouvent un intérêt énorme pour leurs études.

Parlant des élèves de cette école, j’ai exprimé l’espoir qu’ils soient encore meilleurs que nos propres élèves, parce qu’en fin de compte, les nôtres sont accoutumés à disposer de nombreuses possibilités d’études. Mais cette école reçoit des élèves qui n’ont même pas vu la mer et qui vivent maintenant face à elle. Certains viennent d’endroits très reculés. La coordination s’est faite en général entre les gouvernements et notre représentation diplomatique, afin que la sélection porte de préférence sur des jeunes d’endroits reculés de province et d’origine la plus modeste possible.

La matière première de cette école est excellente, et elle pourra former des élèves meilleurs que les nôtres. Que personne de vous ne se sente diminué pour ça, car ce doit être notre aspiration. À partir de la troisième année, ils vont commencer à travailler dans des hôpitaux où ils vont devoir se gagner toute la confiance des patients cubains. Si nous n’arrivions pas à ce qu’ils soient meilleurs que vous, l’école serait un échec. Mais ils auront plus de motivations que vous, bien que vous en ayez de très élevées et que vous ayez obtenu le droit de vous inscrire dans nos facultés de médecine. Mais beaucoup d’entre eux, sans cette école, n’auraient aucune possibilité de faire des études.

Je dis que cette école est un bijou dans sa conception et qu’elle finira par devenir une institution extraordinaire. Je le dis en voyant la réaction des nombreux visiteurs étrangers qui veulent la visiter et qui en ressortent admiratifs. Il n’existe aucune institution de ce genre dans aucune partie du monde. Les études de médecine le meilleur marché aux États-Unis, par exemple, coûtent de 25 000 à 30 000 dollars par an. Nous espérons former de meilleurs médecins que ceux qui se forment dans n’importe quelle bonne université des États-Unis et avec plus d’expérience.

Oui, il s’agit d’une école qui n’existe nulle part ailleurs. Je crois que c’est un exemple de ce qui peut se faire même dans un petit pays du tiers monde.

Si seulement d’autres pays voulaient en faire à leur tour. Nous ne voulons pas le monopole de cet honneur. Oui, si seulement d’autres en faisaient. Si seulement de nombreux jeunes comme eux pouvaient faire ces études et d’autres. Voilà ce que devraient faire les pays développés. Oh, oui, ils donnent de temps à autre des bourses, mais à la fin ils engagent les meilleurs élèves qui ne rentrent plus chez eux.

De nombreux Africains ont fait des études en Europe, mais une grande partie y reste et ne rentre pas en Afrique. Or, en règle générale, les étudiants étrangers, ou plutôt les frères d’autres pays d’Amérique latine ou de pays d’Afrique qui font des études ici rentrent tous chez eux. Nous n’avons jamais tenté de faire du vol de cerveaux, de talents, d’intelligences. Ils vivent ici modestement, ils partagent nos limitations, même s’il est logique que nous fassions un plus grand effort en faveur de ces étudiants-là.

[…]

Puisque vous m’avez fait venir, je dois dire que s’il y a une question qui me passionne vraiment, qui me stimule, qui me récompense, qui me rend fier, c’est bien celle-ci, cette tâche que nous réalisons dans le domaine médical, au-delà de nos frontières. Parce que, à l’intérieur de ces frontières, nous avons fait tout ce qui était humainement possible pour le bien-être de notre peuple, et cet énorme potentiel humain doit commencer à servir dans le monde. Pour qu’on ne dise jamais qu’il va falloir fermer nos facultés de médecine parce qu’il y a trop de médecins ou alors qu’il va falloir réduire le nombre d’inscriptions pour la même raison. Nous n’avons pas peur du nombre de médecins. Les médecins ne seront jamais de trop nulle part, même pas dans un avion de passagers, dans un train ou dans un bateau. Nous en avons aujourd’hui dans les crèches, dans les écoles, dans tous les établissements d’enseignement, partout.

Quelqu’un m’a dit un jour, alors que nous n’avions que 20 000 médecins, que ça suffisait. Et j’ai répondu : « Suffire ! Non, parce que le médecin doit défendre la santé des gens, de la même manière que les Comités de défense sauvegardent la Révolution dans chaque rue. » Et c’est justement la tâche du médecin et de l’infirmière de la communauté, qui doivent veiller constamment sur la santé d’un certain nombre de gens dans le quartier.

[…]

Nous rêvons d’un avenir meilleur, d’un monde plus juste, d’un monde vraiment plus humain pour lequel nous avons tous le devoir de lutter. Votre avenir et celui de vos enfants sera l’avenir que l’humanité sera capable de construire. Cette humanité menacée par une série énorme de dangers de partout, qui ne donnent pourtant le droit à personne de perdre sa confiance dans l’homme, de perdre sa confiance dans une destinée meilleure pour elle.

Agissez toujours en jeunes qui sont conscients de la tâche qui les attend, en jeunes conscients d’une nouvelle étape dans l’histoire de l’homme. Je ne dois dire rien de plus, juste : En avant, gardiens de la santé et de la vie !

Voilà. Ça, c’est le Fidel Castro que les médias transnationaux préfèrent ne pas fréquenter et qu’ils ne vous présenteront jamais ! Pas le « dictateur » accroché au pouvoir, selon le cliché récurrent et lassant, mais l’humaniste qu’il a toujours été !

C’est face à cette solidarité internationaliste concrète de la Révolution cubaine que la politique des États-Unis conçue pour entraîner la défection des médecins cubains en mission à l’étranger s’affiche dans toute sa bassesse.

Après, Obama peut bien parler de la coopération très ponctuelle intervenue entre les deux pays en Afrique de l’Ouest au sujet de l’épidémie à virus Ébola et inscrite, je le précise, dans le cadre de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), et non en tant qu’initiative bilatérale. Mais quel symbole, quand même : les États-Unis envoient, une fois de plus, des soldats ; Cuba dépêche des médecins ! Soit dit en passant, Fidel avait dans le cadre de l’ONU proposé aux pays du Premier monde une coopération pour soulager les souffrances du Tiers-monde : Cuba envoyait des médecins, les pays riches fournissaient les médicaments et la logistique. Aucun n’a répondu, malgré d’autres appels en ce sens de la Révolution cubaine !

Jacques-François Bonaldi

La Havane

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