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La Crimée, la Géorgie et la nouvelle discipline olympique : « le dénigrement de la Russie ». Le fantasme de « Vlad le terrible » s’intensifie... (Global Research.ca)

par Felicity Arbuthnot 30 Août 2016, 14:09 Crimee Georgie Russie Poutine USA Impérialisme

putin

À chaque moment de l’histoire, le tyran, l’oppresseur et l’exploitant se sont drapés dans la cape du patriotisme ou de la religion pour mieux tromper le peuple afin de l’opprimer. (Eugene Victor Debs, 1855-1926.)

Oh là là! Au moment même où le fantasme de voir en Vladimir Poutine « Vlad le terrible » s’intensifie en cette nouvelle Guerre froide menée par les USA, le Royaume-Uni et l’OTAN, The Independent publie un article intitulé Ce qui se cache derrière la nouvelle menace russe en Ukraine, (1) avec comme sous-titre :

Vladimir Poutine, comme le rappellent constamment ses adversaires, a déjà procédé ainsi. La guerre entre la Russie et la Géorgie en 2008 s’est déroulée pendant les Olympiques de Pékin.

Essayer d’établir en quoi consiste la menace russe en Ukraine n’est pas plus facile qu’avant. Ce sont évidemment les USA qui ont organisé le coup d’État de février 2014 qui a fait tomber le gouvernement légitime, entraînant ainsi un autre pays dans le chaos. La Russie nous apparaît aussi comme la victime de cet incident récent à l’origine de l’article de The Independent, que Katehon (2) décrit d’une façon admirablement limpide :

Le Service fédéral de sécurité de la Fédération de Russie (FSB) a arrêté la semaine dernière (10 août) un groupe de saboteurs ukrainiens. Il s’est avéré que les Ukrainiens avaient l’intention de mener des attaques terroristes dans la Crimée russe. Au moment de l’arrestation, deux citoyens russes membres du FSB et un militaire des forces armées ont été tués. Cet incident tragique a suscité des tensions entre l’Ukraine et la Russie. Le régime ukrainien a commencé à déplacer ses troupes vers la frontière avec la Russie et les républiques du Donbass, en préparation à une invasion.

Ce sont donc les forces ukrainiennes qui empiètent sur la Russie et non le contraire. De plus, selon The Telegraph (10 août) : Les services de sécurité russes ont annoncé mercredi que deux Russes ont été tués en empêchant un commando ukrainien de mener des raids en Crimée pendant le weekend. (soulignement ajouté) L’article en dit plus long :

Le FSB a indiqué que l’agent a été tué lors d’une opération dans la nuit de samedi à dimanche, au moment du démantèlement d’un groupe « terroriste » et de la saisie d’une cache d’armes comprenant vingt engins explosifs de fabrication artisanale. L’agence soutient que les forces ukrainiennes ont tenté de « traverser » à deux autres reprises dimanche soir et lundi matin, causant ainsi la mort d’un soldat russe.

Katehon fait d’autres observations :

De toute évidence, cet acte hostile est coordonné avec les États-Unis et l’OTAN, qui veulent déclencher une nouvelle guerre à la frontière avec la Russie. Parallèlement, les dirigeants aux USA croient que la Russie n’infligera pas une défaite cuisante à l’Ukraine, réduisant ainsi objectivement son statut dans la confrontation géopolitique en essayant de régler un conflit insoluble. Au même moment, les USA veulent démontrer « l’agressivité russe » aux Européens.

En s’en tenant fidèlement au mantra mensonger de l’Occident, l’article de the Independent largue ce passage : La Crimée n’a pas connu d’intervention militaire depuis que le Kremlin l’a annexée au milieu du chaos qui a suivi les manifestations de la place Maidan.

La Crimée n’a bien sûr pas été annexée par une Russie en maraude, contrairement à ce que le passage laisse entendre.

Il y a deux ans seulement, on pouvait lire ce qui suit dans le même journal (3) à propos du référendum du 16 mars 2014 tenu en Crimée (organisé par la Crimée et non par la Russie), à l’issue duquel plus de 95 % des personnes ayant voté ont exprimé ce qu’elles pensaient du coup d’État monté par les USA :

Des feux d’artifice ont éclaté et des drapeaux russes flottaient au-dessus d’une foule en liesse dimanche, après que les habitants de la Crimée ont voté massivement en faveur de la sécession avec l’Ukraine pour rejoindre la Russie (…) après la fermeture des bureaux de vote tard dimanche, des foules de résidents d’origine russe ont envahi la place centrale de Simferopol, la capitale régionale de la Crimée, puis entonné des chants jubilatoires, débordant de joie à l’idée de faire partie de la Russie à nouveau. Le référendum a été tenu sous la surveillance de 135 observateurs internationaux provenant de 23 pays.*

Ce n’est donc pas la Russie qui a annexé de force la Crimée, mais bien la population qui a voté en faveur de la sécession. Voici la définition de référendum : Vote de l’ensemble des citoyens pour approuver ou rejeter une mesure proposée par le pouvoir exécutif. (Petit Robert.) Au moment du référendum, la Russie avait signé un bail avec la Crimée jusqu’en 2042 en vertu du pacte de Kharkiv.

Le jour même du référendum, la Maison-Blanche a publié une déclaration, apparemment sans la moindre ironie :

En ce siècle, nous sommes bien loin des jours où la communauté internationale se tenait coite tandis qu’un pays saisissait le territoire d’un autre par la force. Nous appelons tous les membres de la communauté internationale à continuer à condamner de tels actes, à prendre des mesures concrètes pour imposer un prix à payer, et à faire preuve d’unité (…). Époustouflant!

Cette déclaration provient d’un pays qui, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale jusqu’en 2011 (4), s’est mêlé des affaires de 33 pays en s’en emparant par la force, en les envahissant, en y intervenant ou en les décimant – sans compter la Syrie et l’Ukraine par la suite.

Un exemple :

La guerre entre la Russie et la Géorgie en 2008 s’est déroulée pendant les Olympiques de Pékin, comme le rapportait The Independent dans son article dénigrant la Russie :

Des documents du département d’État qui ont fait l’objet d’une fuite fournissent une preuve supplémentaire que les autorités étasuniennes savaient que l’ex-république soviétique de la Géorgie, un allié important de Washington dans la région du Caucase, s’est lancée dans une guerre contre la Russie en août 2008.

Des câblogrammes de diplomates étasuniens envoyés à Tbilissi, la capitale géorgienne, ont été rendus publics sur le site Web du lanceur d’alertes Wikileaks. On y apprend que Washington savait très bien que le gouvernement géorgien renforçait ses capacités militaires près de la province sécessionniste de l’Ossétie du Sud dans les semaines qui ont précédé le déclenchement des hostilités proprement dites. (5)

Un autre exemple :

Un câblogramme indique que des observateurs à l’ambassade des USA ont été témoins du départ de 30 autobus du gouvernement « transportant des hommes en uniforme en direction nord » vers l’Ossétie du Sud le jour de l’attaque géorgienne.

Lancée le 7 août, l’attaque géorgienne en Ossétie du Sud a commencé par le pilonnage à l’artillerie de Tskhinvali, sa ville principale, suivi d’une invasion terrestre par 1 500 soldats. L’opération a détruit des centaines de biens de civils et a coûté la vie à environ 160 Ossètes du Sud et à 48 membres du personnel militaire russe.

Tout en était au fait des préparatifs militaires de la Géorgie, une fois la guerre enclenchée, l’ambassadeur étasunien John Tefft s’est contenté de reprendre les propos du président géorgien Mikhaïl Saakachvili, qui accusait la Russie d’être l’agresseur.

Le prétexte de cette attaque était l’allégation, par la Géorgie alliée des USA, d’une attaque imminente par la Russie.

L’enquête sur cette invasion et cette destruction qui a suivi, sous la direction de la diplomate suisse Heidi Tagliavini, a conclu ceci : Aucune des explications données par les autorités géorgiennes pour avancer une forme de justification légale à l’attaque n’a été validée.

En particulier, il n’y avait pas d’invasion militaire russe massive en cours devant être stoppée par les forces armées géorgiennes, a confirmé Mme Tagliavini.

Il y a la question à savoir si l’usage de la force par la Géorgie (…) lors de la nuit du 7 au 8 août 2008 était justifiable en regard du droit international. Il ne l’était pas, ont conclu les enquêteurs.

Cela s’est passé ainsi :

Le pilonnage à l’artillerie de Tskhinvali par les forces armées géorgiennes dans la nuit du 7 au 8 août 2008 a marqué le début du grand conflit armé en Géorgie, précise le rapport. C’est donc la belligérance de la Géorgie qui a entraîné l’intervention de la Russie à la défense d’un pays allié, de son propre personnel militaire et de ses trois bases militaires s’y trouvant.

Les parallèles entre la désinformation à propos de la Géorgie et de la Crimée sont frappants, qu’ils soient orchestrés par les acteurs politiques partisans de la guerre froide en Occident ou par les médias.

Voici ce qu’a dit Sergei Lavrov, le ministre des Affaires étrangères russe, à propos des insurgés en Crimée :

Nous ne cachons vraiment pas ce que l’on sait, nous montrons les gens qui ont été incarcérés, ainsi que les entrepôts d’armes et de munitions découverts en Crimée. En plus de ce que vous voyez à la télé, nous avons la preuve irréfutable que c’était un acte de sabotage, ce qui était prévu depuis longtemps par la direction générale du renseignement du ministère de la Défense de l’Ukraine, et qui avait pour but de déstabiliser la situation dans la Crimée russe. (6)

Il a ajouté ceci :

La Russie est prête à fournir d’autres faits (…) à nos partenaires occidentaux qui sont sérieusement intéressés à ce que ce genre de chose ne se reproduise pas. Pour cela, ils devraient user de leur influence auprès de Kiev, a-t-il précisé.

Pourquoi alors The Independent interprète-t-il les événements précités de façon si étrange et fait-il croire que la Russie fomente une guerre pendant les Olympiques? Cela n’a sûrement rien à voir avec son propriétaire, le milliardaire russe et ancien agent du KGB (7) Alexander Lebedev, qui a acheté le journal en sérieuses difficultés pour seulement 1 £ en mars 2010, en promettant un soutien financier majeur.

The Independent, qui s’était taillé une réputation en matière de politique étrangère, a dû cette année abandonner sa version imprimée quotidienne et son journal du dimanche. The Independent est toujours en ligne, mais la seule édition imprimée qui reste est le quotidien « I », qui est bon, mais dont la circulation est plus limitée.

Les bailleurs de fonds milliardaires se font rares en ces temps difficiles. M. Lebedev s’oppose au président Poutine. Une personne cynique pourrait y voir un lien avec le ton de l’article sur la Crimée. Sauf que pour tous les journaux qu’Alexander Lebedev a soutenus chez lui et à l’étranger (8), il a toujours juré qu’il n’interviendrait jamais dans leur ligne éditoriale. Il y en aura sûrement pour considérer ses propos comme de la foutaise conspirationniste.

Felicity Arbuthnot

 

 

Notes 

1.http://www.independent.co.uk/ voices/the-rio-olympics-are-a- distraction-russia-is- positioning-itself-for- further-action-against- ukraine-a7186736.html

2.http://katehon.com/agenda/ europe-worried-prospect-war

3.http://www.independent.co.uk/ news/world/europe/crimea- referendum-how-why-and-where- next-for-soon-to-be-divided- ukraine-9195310.html

4.http://www.globalresearch.ca/ list-of-countries-the-usa-has- bombed-since-the-end-of-world- war-ii/24626

5.https://www.wsws.org/en/ articles/2010/12/geor-d06.html

6.http://www.pravdareport.com/ video/16-08-2016/135337- crimea-0/

7.https://www.theguardian.com/ media/2010/mar/05/lebedev- buys-independent-newspapers

8.         http://www.washingtonpost.com/ wp-dyn/content/article/2006/ 06/07/AR2006060701166_pf.html

* Pour en savoir plus sur la complexité du dossier ukrainien, voir aussi :

http://www.globalresearch.ca/ what-the-western-media-wont- tell-you-crimean-tatars-and- ukrainians-also-voted-to-join- russia/5373989

Traduit par Daniel, pour Mondialisation.ca

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