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La provocation en Crimée et la menace de guerre mondiale (WSWS)

par Bill Van Auken 15 Août 2016, 13:38 Crimee Ukraine Russie Tension Provocation

L'attaque terroriste avortée lancée contre la Crimée par des éléments des services secrets ukrainiens, sans aucun doute avec le plein appui de Washington, a plongé l'Europe dans l'une de ses plus graves crises depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale.

Le gouvernement soutenu par les États-Unis à Kiev a placé les forces militaires de l'Ukraine en état d'alerte maximale, et l'armée russe a déclenché une série d'exercices militaires dans la région. La Russie a rapporté vendredi qu'elle avait déployé ses systèmes de défense antiaérienne et antimissile S-400 en Crimée, et le premier ministre du pays, Dmitri Medvedev, a indiqué que Moscou pourrait rompre ses liens diplomatiques avec Kiev. Les États-Unis ont quant à eux signalé qu'ils préparaient d'autres sanctions économiques contre la Russie.

Le Financial Times de Londres a décrit franchement la situation dans un éditorial en écrivant que «L'Ukraine et la Russie sont une fois de plus au bord de la guerre ouverte». Le quotidien a ajouté que «la situation en Ukraine demeure la plus grande menace à la paix en Europe depuis 1945». Conformément aux politiques belliqueuses de l'administration Obama et du gouvernement conservateur britannique de la première ministre Theresa May, le journal a recommandé l'intensification des menaces contre la Russie.

Les informations fournies par Moscou tracent le portrait d'une opération totalement criminelle organisée par le régime de Kiev. Des escouades des forces spéciales ont tenté deux incursions en Crimée entre le 6 et le 8 août, appuyées par un tir de couverture des forces régulières ukrainiennes. Un membre des services de sécurité et un soldat russes ont été tués dans les attaques.

Les commandos ukrainiens transportaient des explosifs improvisés, des mines, des grenades et des armes d'assaut. La télévision d'État russe a diffusé la confession d'un des agents des forces spéciales qui a déclaré qu'ils visaient à faire exploser un traversier, une raffinerie de pétrole et une usine de produits chimiques, ainsi que d'autres cibles.

Au cours des deux dernières années et demie, les États-Unis et leurs alliés de l'OTAN ont invoqué la question de la Crimée comme prétexte pour le déploiement de forces militaires à la frontière de la Russie, supposément pour contrer l'«agression» et l'«expansion» de Moscou. Des groupes de combat de l'OTAN de mille soldats chacun sont déployés en Pologne et dans les trois républiques baltes. Ils sont appuyés par une nouvelle Force de réaction rapide qui est capable de déployer 40.000 soldats dans la région en quelques jours. Des exercices militaires sont organisés en continu sur le flanc ouest de la Russie.

La crise en Ukraine et les développements en Crimée sont le résultat direct, non pas d'une agression russe, mais bien du coup d'État orchestré par les États-Unis et l'Allemagne qui a renversé le gouvernement élu du président Viktor Ianoukovitch en février 2014. Ayant à sa tête des milices fascistes, cette opération, financée et dirigée par Washington et Berlin, a porté au pouvoir un régime anti-russe d'extrême droite sous la direction de l'oligarque Petro Porochenko. Ce régime, qui baigne dans la corruption et qui est sous la menace constante des sbires néonazis qui étaient les troupes de choc du coup d'État, gouverne en pleine intensification de crise économique et mène une guerre contre la population civile du Donbass, une région à majorité russophone.

Dans la foulée du coup d'État, la Crimée, dont la majorité de la population parle le russe, a voté dans un référendum à très grande majorité pour quitter l'Ukraine et intégrer la Russie. Sous l'Union soviétique, cette péninsule faisait partie de la République socialiste fédérative soviétique de Russie et n'a été transférée à la République socialiste soviétique d'Ukraine qu'en 1954, un geste administratif qui visait à promouvoir le développement soviétique dans son ensemble.

La dissolution de l'Union soviétique a transformé l'importance de ce transfert de territoire. La ville de Sébastopol sur la péninsule de Crimée a servi de base à la flotte russe, et ensuite soviétique, de la mer Noire depuis le 18e siècle. Pour la Russie, le sort de la Crimée est une question fondamentale qui détermine son accès à la mer Noire et à la Méditerranée.

La crise actuelle est, en dernière analyse, une des terribles conséquences de la trahison finale par la bureaucratie stalinienne de la révolution d'Octobre 1917, qui avait établi l'État ouvrier. En 1991, la bureaucratie a liquidé l'URSS et entamé le processus de restauration du capitalisme.

En tentant d'entrainer la Russie dans un conflit armé pour la Crimée, l'impérialisme américain mène une politique dont l'imprudence est à couper le souffle. Mais c'est justement le caractère de la politique étrangère des États-Unis au cours du dernier quart de siècle de guerres sans fin, et de plus en plus nombreuses, au Moyen-Orient.

La confrontation que les États-Unis cherchent à provoquer en Crimée n'est pas séparée de ces guerres. Elle est liée aux frustrations des États-Unis sur le fiasco de son opération de changement de régime en Syrie, où l'appui de la Russie pour le gouvernement du président Bachar Al-Assad a réussi à repousser les milices liées à Al-Qaïda qui jouaient le rôle de forces par procuration pour les États-Unis sur le terrain. Cette crise de la politique américaine a été aggravée par l'échec le mois dernier du coup d'État, appuyé par les États-Unis, tenté contre le président turc Recep Tayyip Erdo&;an, ainsi que par le rapprochement entre Ankara et Moscou.

Le gouvernement russe, qui représente une couche d'oligarques criminels qui se sont enrichis par le pillage de la propriété d'État après la dissolution de l'Union soviétique, ne dispose pas d'une politique cohérente pour faire face à l'escalade de la crise. Des éléments au sein du gouvernement de Vladimir Poutine veulent éviter une confrontation et négocier à tout prix une entente avec l'Occident. Mais les appels à la raison dirigés vers les États-Unis tombent dans l'oreille d'un sourd.

D'autres font la promotion du chauvinisme grand-russe et de la force militaire, y compris l'arsenal d'armes nucléaires qui reste de l'ex-Union soviétique, pour défendre le pays contre l'encerclement militaire et sa réduction à l'état de semi-colonie par l'Occident. Sans aucune orientation stratégique claire et intégrée, et dans l'incapacité totale de faire appel aux sentiments antiguerre de la population mondiale, le régime Poutine trébuche d'une crise à l'autre et intensifie le risque de guerre.

Les développements extrêmement dangereux en Crimée démontrent la signification de l'hystérie anti-Poutine qui a été alimentée dans la campagne électorale américaine, où la candidate démocrate Hillary Clinton a lancé une chasse aux sorcières contre le candidat républicain fascisant Donald Trump en le qualifiant essentiellement d'agent de la Russie, et dans la croisade hypocrite visant à bannir les athlètes russes des Jeux olympiques de Rio. Ces deux campagnes ont pour but de préparer l'opinion publique à une confrontation militaire avec la Russie.

Les États-Unis se préparent à aller en guerre contre un pays qui dispose de l'arme nucléaire, mais il n'y a aucun débat à ce sujet dans la campagne électorale, au Congrès ou dans les médias de la grande entreprise. Aucune donnée n'est fournie sur le nombre de morts que pourrait entrainer une guerre entre l'Ukraine et la Russie, et encore moins sur les conséquences catastrophiques d'une guerre qui entrainerait les États-Unis et l'OTAN dans un échange nucléaire avec Moscou.

Bien que l'élite dirigeante américaine a tenté historiquement d'attendre la fin des élections pour déclencher de nouvelles guerres, afin d'empêcher que la question du militarisme devienne un enjeu de débat national, il est loin d'être certain que la guerre qui se prépare actuellement pourra attendre jusqu'à la fin du mois de novembre, étant donné les derniers développements.

Si cette nouvelle éruption du militarisme américain est reportée, ce ne sera que de courte durée. La crise du capitalisme mondial et les contradictions insolubles du système d'États-nations menacent d'entrainer l'humanité dans une autre guerre mondiale. Cette trajectoire ne peut être renversée que par l'unification de la classe ouvrière internationale dans une lutte contre la guerre et pour le socialisme.

(Article paru d'abord en anglais le 13 août 2016)

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