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La réunion des banquiers centraux se tient dans une atmosphère de crise (WSWS)

par Nick Beams 28 Août 2016, 07:06 BCE Reunion FED Crise Economie

Le discours de la présidente de la Réserve Fédérale (Fed) Janet Yellen à l’ouverture du conclave annuel des banquiers centraux à Jackson Hole, dans le Wyoming, était attendu des marchés financiers qui en espéraient des indications sur si et quand la Fed allait commencer à relever les taux d’intérêts.

La Fed a augmenté son taux de base pour la première fois en une décennie en décembre dernier, l’élevant de 0,25 point de pourcentage. Elle a indiqué qu’une nouvelle hausse viendrait en 2016, mais a, jusque là, attendu. La semaine dernière, cependant, le vice-président de la Fed, Stanley Fischer, a pointé l’évolution du marché de l’emploi et de l’inflation, affirmant que la Fed pourrait être près d’atteindre son objectif sur ces deux indices. Des remarques interprétées comme favorisant une hausse des taux.

Mais il y a un sentiment croissant dans les cercles dirigeants, qui éclipse la conjecture des décisions à court terme sur la politique monétaire, que le programme d’assouplissement quantitatif (AQ) injectant des milliards de dollars dans le système financier a complètement échoué. Ce qui est pire, ce dernier a créé les conditions d’une nouvelle crise.

Dans un article paru en aval de la réunion, le quotidien britannique de droite Daily Telegraph a dit qu’il y avait trois questions difficiles que les banquiers centraux devaient se poser : a) L’assouplissement quantitatif (AQ) fonctionne-t-il réellement ? b) Est-ce que le système bancaire a été brisé par la propagation de taux d’intérêt négatifs ? et c) Est-ce que c’est le moment de mettre à jour un modèle économique qui « ne nous apprend plus grand chose sur le monde réel. »

La justification de l’AQ, qui a renfloué les banques et les institutions financières responsables de la crise de 2008 et favorisé davantage la spéculation, était que des taux bas stimuleraient le capital financier à investir dans l’économie réelle. Cela ne s’est pas produit.

Huit ans après, l’investissement dans le monde entier est bien en-dessous de son niveau d’avant 2008, sans aucun signe d’essor. Cela s’est accompagné d’un ralentissement du taux de croissance de la productivité dû à la réduction des dépenses en capital, les fonds accumulés par les grandes sociétés servant à des activités spéculatives comme le rachat d’actions et les fusions. La baisse de la productivité a été tellement forte aux États-Unis qu’ils se trouvent peut-être bien en territoire négatif.

L’effet principal de l’assouplissement quantitatif a été d’augmenter le prix des actifs financiers. La valeur des actions aux États-Unis se situe à des niveaux records dans des conditions où la reprise économique se fait au rythme le plus lent de toute la période d’après la Seconde Guerre mondiale. Dans les grandes villes du monde, l’argent bon marché a alimenté un boom immobilier.

L’impact le plus important de l’AQ a été sur le marché obligataire. Cela a créé une situation où des obligations d’État à hauteur de treize mille milliards de dollars se négocient avec des rendements négatifs, ce qui signifie que le prix de l’obligation est si élevé et le rendement si faible (ils se déplacent en relation inverse l’un par rapport à l’autre), qu’en achetant une obligation l’investisseur recevrait un rendement négatif s’il gardait l’obligation jusqu’à son échéance. On continue cependant d’acheter des obligations dans l’espoir que leur prix atteindra des niveaux encore plus élevés, menant à des gains en capital. Mais l’escalade des prix a été telle qu’il y a eu une série d’avertissements de fonds spéculatifs et de traders qu’une bulle massive allait s’effondrer, plus tôt que tard.

Mais alors même qu’on fait ces avertissements, la folie financière continue. Cette semaine, le Wall Street Journal rapportait dans un article intitulé « Marchés du crédit: les efforts de relance deviennent encore plus bizarres, » que, dans le cadre de son programme d’assouplissement quantitatif, la Banque centrale européenne incitait les banques et les sociétés d’investissement à créer de nouvelles formes de dette.

L’article dit qu’après avoir mis le prêt d’argent sens dessus dessous en déplaçant les taux d’intérêt en terrain négatif, les banques centrales étaient maintenant en train de « quasiment inviter les acteurs privés à concocter des choses spécifiques qu’elles puissent acheter, afin de pouvoir continuer à injecter de l’argent dans le système financier. » Alors que la BCE était arrivée tard à l’AQ, elle avait maintenant « adopté avec ferveur l’achat d’obligations. »

Lorsque la Réserve fédérale américaine a commencé son programme d’AQ, son président d’alors, Ben Bernanke, avait prédit que ses actions redresseraient la situation en faisant monter l’inflation et retourner l’économie capitaliste sur sa trajectoire de croissance précédente. « Nous avons une technologie appelée l’imprimerie, » avait-t-il dit dans un discours important sur la déflation en 2002.

Les contradictions du système capitaliste cependant, se sont révélés plus puissantes que le plus puissant des banquiers centraux.

Malgré l’AQ, l’inflation est au-dessous des normes historiques aux États-Unis et au Royaume-Uni et proche de zéro au Japon et dans la zone euro. Loin d’avoir surmonté la crise, l’AQ l’a exacerbée.

Les taux d’intérêt ultras bas et même négatifs ont eu un impact direct sur un des piliers du système financier mondial. Les fonds de pension et les compagnies d’assurance sont désormais confrontés à une situation où leurs rendements sur les actifs sécurisés, principalement des obligations d’État, sont si faibles que leur modèle de financement entier est menacé.

Une ancienne ministre des retraites britannique, la Baronne Altmann, a dit que l’ensemble du système se trouvait dans « une situation de crise, » blâmant la politique de la Banque d’Angleterre pour la baisse des rendements, tandis que le Financial Times a rapporté cette semaine la crise croissante à laquelle font face les fonds de pension qui dépendent de rendements stables de placements sûrs dans la dette publique. Le journal a noté que les fonds de pension gérés par des sociétés de l’indice S&P 500 étaient sous-capitalisés à hauteur de 562 milliards de dollars à la fin du mois dernier, soit une augmentation de 160 milliards de dollars dans les sept derniers mois, en raison de la faiblesse des rendements obligataires.

Outre des indications sur l’évolution future des taux d’intérêt, l’une des questions examinées de près dans les remarques de Yellen sera ce qu’elle aura à dire au sujet du prétendu taux d’intérêt neutre. C’est le taux auquel l’économie est jugée être en équilibre, avec des taux ni trop bas pour conduire à des niveaux d’inflation élevés, ni trop élevés menant à la récession et au chômage.

On craint de plus en plus que ce taux soit tombé si bas, en grande partie dû au ralentissement de la croissance économique aux États-Unis, que les taux d’intérêt ne peuvent guère être relevés beaucoup plus. Cette situation est préoccupante parce que sans augmentation des taux, la Fed n’a pas de marge de manœuvre vers le bas en cas de nouvelle récession.

Il est, de plus, à craindre que les marchés obligataires aient été gonflés à un tel degré que toute augmentation des taux de croissance réels exercera une pression à la hausse sur les taux d’intérêt, entraînant une baisse des prix gonflés des obligations. Cela se traduira par des pertes importantes pour les investisseurs et les spéculateurs qui ont acheté sur le marché à des niveaux déjà élevés, s’attendant à ce que les prix continuent d’augmenter. L’agence de notation Fitch a calculé que même un retour aux conditions du marché de 2011, où les taux d’intérêt étaient déjà très bas, entraînerait des pertes de quelque 3.800 milliards de dollars. Autrement dit, même un petit « succès » dans le retour à des conditions plus « normales » pourrait avoir pour effet de déclencher une crise financière.

Les banques centrales et les autorités financières réunies à Jackson Hole n’ont pas de réponse économique à la crise du système de profit dont ils ont la supervision. Leur seule « solution » sont des attaques toujours plus sévères de la classe ouvrière et le développement de formes plus autoritaires de gouvernement visant à réprimer les luttes sociales que ces attaques produisent.

(Article paru d’abord en anglais le 26 août 2016)

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