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Les divisions montent entre l'Allemagne, la France et l'Italie au sommet européen (WSWS)

par Alex Lantier 24 Août 2016, 08:15 UE Divisions Allemagne France Italie

La chancelière allemande Angela Merkel, le président français François Hollande et le premier ministre italien Matteo Renzi se sont réunis lundi près de l’île italienne de Ventotene.

Ce fut une reprise du sommet du 27 juin qui a réuni Merkel, Hollande et Renzi à Berlin peu après le vote de la Grande-Bretagne pour quitter l’Union européenne (UE). Lors du sommet de Berlin, où ils ont appelé à de nouvelles « réformes » économiques attaquant la classe ouvrière et une politique militaire unie de l’UE, ils voulaient démontrer leur unité et arrêter toute nouvelle désintégration de l’UE. Ils se réunirent à nouveau lundi pour préparer le sommet de l’UE à Bratislava en septembre.

« Beaucoup pensaient que, après le Brexit, l'Europe était terminée, » a déclaré Renzi en lançant la conférence de presse conjointe du sommet, sur le porte-aéronefs Garibaldi. « Mais tel n’est pas le cas, et nous voulons écrire une nouvelle page de son avenir. »

En fait, avant même que la Grande-Bretagne n'invoque l’article 50 du traité de Lisbonne pour lancer la négociation de sa sortie de l’UE, l’UE craint une nouvelle explosion. A Ventotene, c’est tout un éventail de crises que confrontent les trois premières économies de la zone euro : l'escalade de la guerre en Syrie et au Moyen-Orient, la crise des immigrés et les attentats terroristes en Europe, et le danger d’un effondrement bancaire européen centré en Italie. Cependant, ils n'ont pas pu avancer de propositions communes, sauf de nouvelles attaques contre la classe ouvrière et les droits démocratiques.

« Beaucoup de symbolique, mais rien de concret, » a conclu le Neue Zürcher Zeitung suisse à propos du sommet. Il s'est moqué des « déclarations de solidarité creuses et des louanges exagérées pour le projet européen » des trois dirigeants et a écrit : « Leurs idées se contredisent en général, et tout est donc resté au niveau de promesses généreuses. »

Renzi, qui tente d'éviter une panique bancaire italienne et de conserver le pouvoir malgré la crise économique, a dit : « Nous parlerons également de questions économiques. Nous voulons des mesures fortes, des investissements de qualité et des réformes structurelles, de l’investissement dans l’Industrie 4.0 et dans l’énergie renouvelable. Nous devons nous concentrer sur la jeunesse. »

Les propositions de Renzi sont toutefois mort-nées. Avant le sommet, Merkel n'a masqué qu'à peine son hostilité envers les appels de Renzi pour plus de souplesse budgétaire, et de Hollande pour un fonds d’investissement public de 315 milliards d’euros. Berlin s'oppose à de telles politiques qui réduiraient la pression pour des coupes sociales en ralentissant la crise fiscale italienne, et qui financeraient certains projets économiques limités des concurrents européens de l’Allemagne.

Merkel a bien déclaré que « le Pacte de stabilité donne de nombreuses possibilités de flexibilité » en matière fiscale, mais il est clair que les plus de 300 milliards d’euros de dettes toxiques en Italie ne peuvent être absorbés sans douleur par un nouveau plan de sauvetage. L’économie italienne a stagné au cours du deuxième trimestre de 2016, les déclarations de revenus s’effondrent et l'Etat subit une nouvelle crise fiscale qui menace de déclencher une panique bancaire.

Berlin s’oppose cependant à une nouvelle tentative de résoudre temporairement ces crises en faisant imprimer des quantités massives d’euros à la Banque centrale européenne.

De nouvelles règles européennes exigent des déposants et des créanciers qu'ils contribuent à payer les coûts d’une faillite bancaire. De nombreux Italiens qui avaient mis leur épargne dans de petites banques qui ont fait faillite ont déjà été ruinés. Maintenant que les grandes banques italiennes telles que UniCredit et Monti dei Paschi di Siena font face à des crises potentiellement mortelles, les conflits à l’intérieur de la zone euro sur la gestion des dettes italiennes prendront des formes explosives — conduisant même peut-être à une décision par le gouvernement italien de quitter l’UE et l’euro.

Il reste à voir ce qu’une telle décision signifierait pour la France qui a investi des centaines de milliards d’euros en Italie et si Paris pourrait, dans ces conditions, lui-même rester dans l’euro.

« Alors que nous passons à la deuxième moitié de l’année, la situation en Italie et son impact sur le reste de l’Europe continuent d’être l’un des plus grands risques macro-politiques à nous préoccuper, » a déclaré à Market Watch Federico Santi, un analyste basé à l’Eurasia Group.

La crise risque de provoquer encore une sortie de l’UE. La popularité de Renzi a été minée par ses mesures d’austérité et il fait face à la montée du Mouvement cinq étoiles (M5S) anti-euro et anti-UE, qui a appelé à un référendum sur la sortie de l’euro. En cas de défaite du référendum voulu par Renzi pour novembre sur la modification des pouvoirs du Sénat italien et si Renzi se retire comme il a promis de le faire en cas de défaite, un autre gouvernement anti-UE pourrait prendre le pouvoir, en Italie cette fois-ci.

Merkel, Hollande et Renzi ont essayé de cacher les conflits financiers issus de la crise du capitalisme européen par des appels agressifs et réactionnaires à renforcer les forces armées et le renseignement européens, ainsi qu’à la répression des réfugiés et des migrants.

« L'Europe doit mieux assurer sa propre défense, et doit également être pratique. Nous devons mieux protéger les frontières de l'Europe et partager plus d'informations. Nous voulons aussi plus de coordination, plus de moyens, et plus de ressources dans le secteur de la défense », a dit Hollande. Il a également fait part des remerciements de l'UE à l'équipage du Garibaldi, le vaisseau amiral de l'Opération Sofia, qui oblige les navires de migrants en Méditerranée à retourner en Afrique.

Evoquant la guerre en Syrie et la crise des réfugiés, Merkel a déclaré: « Nous devons faire plus pour la sécurité intérieure et extérieure » de l'UE. Elle a également salué la collaboration de l'UE avec d'autres pays pour empêcher les réfugiés de fuir vers l'Europe: « Nous allons discuter des migrants et du contrôle des côtes, mais nous avons besoin de la collaboration des pays voisins. La collaboration avec la Turquie est une bonne chose; sinon, nous ne pouvons pas gagner la lutte contre les trafiquants d'êtres humains. Mais nous avons aussi besoin de l'aide des pays d'origine des migrants ».

Dans ce contexte, la décision de Merkel, Hollande et Renzi de visiter la tombe d'Altiero Spinelli sur Ventotene n'a fait que souligner la faillite historique de l'UE. Emprisonné pendant la Seconde Guerre mondiale par le dictateur fasciste italien Benito Mussolini, Spinelli a aidé à rédiger le Manifeste de Ventotene, un document fondateur de la construction européenne bourgeoise, prônant une Europe fédérale sans états nationaux.

Ce manifeste est un document généralement contre-révolutionnaire. Il reflète l'appartenance de Spinelli au Parti communiste italien (PCI) stalinien dans les années 1920 et 1930 et l'opposition du PCI à la révolution socialiste et à l'indépendance politique de la classe ouvrière. Le manifeste insiste pour dire que les hommes d'affaires joueront un rôle majeur dans la reconstruction de l'Europe et attaque les « travailleurs, formés sur les questions de classe, qui ne voient donc rien que leurs propres revendications ».

Spinelli a ensuite travaillé avec le PCI lors de son tournant « euro-communiste » dans les années 1970, qui a préparé le soutien du PCI à la restauration du capitalisme en URSS et à la transformation ultérieure de la majorité du PCI dans le Parti démocratique (PD) pro-austérité de Renzi.

Ce que montre toute la période de près de 75 ans écoulée depuis la rédaction de ce document c’est l'incapacité historique du capitalisme européen à surmonter les divisions nationales en Europe, une situation que ce sommet de crise a clairement démontré.

(Article paru d’abord en anglais le 23 août 2016)

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