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Une opération militaire d’envergure est-elle en préparation à Kiev? (ASI)

par Guillaume Borrel 12 Août 2016, 04:40 Ukraine Russie Porochenko Operation militaire Crimee

Alors que les Jeux Olympiques de Rio mobilisent l’attention des médias internationaux, les opérations militaires menées par Kiev contre les républiques séparatistes de l’est du pays connaissent un surcroît d’intensité depuis plusieurs semaines. Le prélude à un offensive de grande envergure ?

Depuis la mi-juillet, la mission spéciale de surveillance de l’OSCE a noté une augmentation préoccupante des violations du cessez-le-feu ainsi que la remilitarisation de la ligne de front, en violation des accords de Minsk de février 2015. Le 28 juillet, le représentant du président de l’OSCE pour l’Ukraine, Martin Sajdik, et le chef de la mission spéciale de surveillance des accords de Minsk, Ertugrul Apakan, ont alerté sur l’augmentation des violations du cessez-le-feu et ont fait part de leurs craintes d’une reprise des opérations militaires à grande échelle. Apakan a notamment dénoncé « la présence et l’utilisation continuelle d’armements lourds dans la « zone de sécurité ». La proportion de matériel lourd dont la mission était capable de vérifier le retrait de la ligne de front a ainsi décliné depuis la mi-avril à moins de 13% de l’ensemble des matériels identifiés…

Vitali Tchourkine

Vitaly Tchoukine

Le 23 juillet, c’est l’ambassadeur russe à l’ONU, Vitaly Tchoukine, qui alertait dans une lettre adressée au Conseil de Sécurité, que les actions entreprises par l’armée ukrainienne indiquaient que Kiev se préparait à une opération armée dans le Donbass. Reprenant les informations fournies par la mission spéciale de surveillance de l’OSCE, Vitaly Tchoukine indiquait que les forces armées ukrainiennes avaient commencé à occuper de manière étendue la « zone de sécurité ».

Dans un rapport hebdomadaire pour la période du 23 au 29 juillet, le commandant du commandement opérationnel des forces armées de la RPD, Denis Sinenkov, évaluait le nombre de violations du cessez-le-feu par l’armée ukrainienne pour le seul mois de juillet à 1397, ajoutant que « des bombardements intenses ont été menés contre les localités situées tout le long de la ligne de contact» détruisant 36 habitations dans les localités de Donetsk, Zaïtsevo, Dokouchaevsk et Kominternovo.

Dans ce contexte d’une remilitarisation massive de la ligne de front et d’intensification des bombardements, les services de renseignement de la République Populaire de Donetsk ont eu connaissance d’une livraison d’armes et de munitions des États-Unis à l’armée ukrainienne le 13 juillet, dans le cadre des accords bilatéraux entre l’OTAN et l’Ukraine « partenariat pour la paix ».

Il s’agit de :

– 950 fusils de 5,56 mm
– 350 pistolet M-9 de 9 mm
– 140 mitrailleuses de 5,56 mm
– 270 mitrailleuses de 7,62 mm
– 158 lance-grenades M320
– 149 fusils à pompe M500
– 154 fusils de sniper de 12,7 mm
– 143 fusils de snipers M110
– 78 fusils de snipers XM2010
– 99 mitrailleuses Browning M2
– lance-grenades automatiques de 40 mm

Ces armements ont été livrés au Centre International pour le Maintien de la Paix et la Sécurité, dans la localité de Starichi, située dans la région de Lvov.

Les bombardements effectués par l’armée ukrainienne se sont encore intensifiés au début du mois d’août. Pour la seule journée du 09 août, les forces armées ukrainiennes ont ainsi violé à 567 reprises le cessez-le-feu. Selon le commandant en second du commandement opérationnel du ministère de la Défense de la RPD, les FAU ont procédé durant cette seule journée à « 117 tirs d’obus d’artillerie de 122 mm et 152 mm et 401 obus de mortier de 82 mm et 120 mm sur les localités pacifiques de la République.»

Toujours selon ce dernier : « L’augmentation du nombre de bombardements effectués avec des armes lourdes de la part des FAU contre les positions de la milice populaire et les infrastructures vitales de la RPD prouve que suite à la suggestion des représentants de certaines puissances mondiales, d’organiser la réunion du format Normandie en septembre 2016, la partie ukrainienne augmente ses provocations tout le long de la ligne de contact, en utilisant l’artillerie, pour provoquer la milice populaire de la RPD à ouvrir le feu en retour. »

Ainsi, devant l’aggravation de la situation, Alexandre Zakaharchenko, le président de la République Populaire de Donetsk a décidé de suspendre les congés des fonctionnaires des Ministères et de les rappeler à leurs postes.

Cette stratégie de la tension aurait ainsi pour but de provoquer une réaction armée de la part des forces séparatistes, voire de la Fédération de Russie, afin de justifier une escalade armée du conflit.

C’est dans cette logique de provocation qu’il faut interpréter l’attaque contre un poste frontière de Crimée dans la nuit du 07 au 08 août. Appuyés par des bombardements massifs, deux groupes d’agents des unités spéciales du ministère ukrainien de la défense ont tenté de s’introduire en Crimée sans succès, causant la mort de deux militaires russes. Un troisième groupe a été interpellé par les services de renseignement russes, le FSB, sur le territoire de Crimée, près de la ville d’Armiansk. Il était en possession de 20 explosifs de fabrication artisanale ainsi que de munitions et de dispositifs d’amorçage, de mines terrestres anti-personnelles et magnétiques, de grenades et d’armes appartenant aux unités spéciales des forces armées ukrainiennes, selon l’agence de presse Sputnik. D’après les interrogatoires menés par le FSB, les agents ukrainiens avaient pour objectif de commettre des attentats sur la péninsule afin de « semer la terreur parmi les voyageurs » et porter atteinte à l’activité touristique.

Ces provocations à l’égard de la Fédération de Russie s’effectuent dans un contexte de rapprochement entre Vladimir Poutine et le président turc Erdogan à la faveur du voyage diplomatique de ce dernier à Moscou. Alors que le projet de gazoduc Turkish Stream avait été gelé suite à l’intervention russe en Syrie et à la dégradation des relations diplomatiques entre les deux pays, il semble que la tentative de coup d’Etat de l’organisation FETO, dirigée par Fethullah Gulen contre le président Erdogan le 15 juillet et qui semble téléguidée depuis Washington, ait forcé le président turc à reconsidérer le bien-fondé de son partenariat géostratégique avec les Etats-unis. En effet, Fethullah Gulen, qui a été identifié par la justice turque comme le commanditaire du coup d’état manqué du 15 juillet, réside depuis 1999 sur le territoire américain, en Pennsylvanie. Après le refus opposé par les Etats-unis à la demande d’extradition de la justice turque, Recep Tayyip Erdogan a durcit le ton, déclarant : « Les Etats-Unis devront tôt ou tard faire un choix. Soit la Turquie, soit la FETO. »

Ainsi, lors de sa visite à Moscou, le président turc a opéré un virage diplomatique à 180 degrés, déclarant notamment : « FETO a aussi voulu porter atteinte aux relations turco-russes » qui s’étaient pourtant dégradées en raison de la divergence géostratégique des deux pays en Syrie et du soutien de la Turquie, maintes fois dénoncé par Moscou, à l’Etat Islamique. Première conséquence de ce rapprochement diplomatique, le président Erdogan a affirmé sa volonté de relancer le gazoduc Turkish Stream destiné à contourner le refus européen du projet initial South Stream destiné à alimenter l’Union européenne en gaz russe via la Bulgarie. Le projet Turkish Stream permettrait ainsi de desservir l’Union européenne, via la Turquie.

La détérioration de la situation en Ukraine pourrait ainsi avoir pour objectif de remettre la Russie sous pression alors que Washington semble sur le point de perdre un allié géostratégique de poids dans sa guerre par procuration contre la Syrie...

 

 

 

Guillaume Borel | 11 août 2016

Guillaume Borel, est l’auteur de l’ouvrage Le travail, histoire d’une idéologie. Éditions Utopia: 2015. Il s’intéresse aux questions de macro-économie, à la géopolitique et aux questions de propagande et d’intoxications médiatiques. 

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