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Al-Qaïda confirme collaborer avec la coalition internationale en Syrie (ASI)

par Guillaume Borrel 29 Septembre 2016, 08:05 Syrie Alep Al-Quaïda Al-Nosra Collaboration USA France

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Les mercenaires d’Al-Nosra /al-Qaida soutenus au commencement par la France et le Qatar, partout en Syrie dès octobre 2011


Le journal allemand Kölner Stadtanzeiger a publié lundi 26 septembre l’interview exclusive d’un des commandants du Front Al-Nosra à Alep, la branche d’Al-Qaïda en Syrie rebaptisée récemment Fatah Al-Cham et qualifiée de groupe « rebelle modéré ». Cette interview confirme un certain nombre d’analyses qui circulaient dans les médias indépendants, notamment en ce qui concerne la collaboration opérationnelle entre le Front al-Nosra et la coalition internationale, mais également la responsabilité des groupes djihadistes dans la crise humanitaire actuelle. Il est donc fort probable que les grands médias occidentaux engagés dans une nouvelle campagne de diabolisation du gouvernement syrien et de son allié russe ne lui donnent pas le moindre écho…

L’interview réalisée par le journaliste allemand Jürgen Todenhöfer, est d’une importance capitale. Outre les risques que comportait une telle opération en plein cœur des zones tenues par les groupes armés en Syrie, elle livre des informations de première main sur la collaboration entre les divers groupes djihadistes, au premier rang desquels Al-Nosra, et la coalition occidentale. Elle a ainsi été rapidement traduite en anglais, notamment par le média indépendant états-unien Moon of Alabama, et reprise par Zero Hedge.

La source interrogée par Jürgen Todenhöfer est l’un des commandants d’Al-Nosra, Abou al-Ezz.

La fiction des « rebelles modérés »

Le gouvernement syrien a maintes fois dénoncé la fiction des groupes « rebelles modérés » prétendument distincts des factions djihadistes qui bénéficient dans les faits du soutien opérationnel de certaines chancelleries occidentales et de la coalition. La campagne de bombardements aériens engagée par la Russie en septembre 2015 avait ainsi donné lieu à un florilège de réactions indignées en Occident dénonçant les frappes contre de prétendus « groupes d’opposition » au « régime » alors que les cibles des bombardements avaient été clairement identifiées par la Russie comme étant des groupes affiliés à Al-Qaïda, comme Ahrar al-Cham.

En février 2016, un reportage de la chaîne France 2 intitulé « Syrie le grand aveuglement« , réalisé parmi les groupes djihadistes d’Alep, montrait clairement la logique salafiste à l’œuvre dans les différents groupes djihadistes ainsi que la porosité entre les différentes factions de combattants se revendiquant toutes de la même idéologie. L’un des groupuscules djihadistes filmé par la chaîne exhibait ainsi son armement provenant de l’étranger, dont des missiles antichars MILAN de fabrication française.

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Mercenaires d’al-Nosra/al-Qaida à Idlib en 2012

Au final, le reportage confirmait les affirmations de Damas selon lesquelles il n’existait pas de groupes d’opposition « modérée » opérant en Syrie, l’Armée syrienne libre (ASL) apparaissant notamment comme une fiction marketing à destination de l’opinion publique occidentale. Voici ce que dit à ce sujet le commandant d’Al-Nosra interviewé par Jürgen Todenhöfer :

« Ils sont tous avec nous. Nous formons tous le Front al-Nosra. Un groupe se crée et prend le nom d’« Armée de l’islam» ou de «Fateh al-Sham». Chaque groupe a son propre nom, mais la croyance est homogène. Le nom global est Front al-Nosra. Une personne a, disons, 2 000 combattants. Elle forme alors un nouveau groupe et l’appelle «Ahrar al-Sham». La croyance, les pensées et les buts de ces frères sont identiques à ceux du Front al-Nosra. […] Si quelqu’un vient vous voir, fait de vous un «rebelle modéré» et vous offre à boire et à manger, allez-vous accepter son offre ou non ? »

Les déclarations Abou al-Ezz viennent ainsi confirmer une nouvelle fois la fiction de l’existence d’une « rébellion modérée ». Selon lui, Al-Nosra est soutenu militairement par différents pays de la coalition, dont la Turquie et les Etats-unis :

« Nous avons remporté des batailles grâce à des missiles TOW. Nous sommes parvenus à un équilibre des forces avec le régime grâce à ces missiles. Nous avons reçu des chars de la Libye par l’entremise de la Turquie, ainsi que des BM (lance-roquettes multiples). Le régime ne nous domine que par ses avions de chasse, ses missiles et ses lance-missiles. Nous avons capturé une partie de ces lance-missiles et en avons reçu pas mal d’ailleurs. Mais ce sont les TOW américains qui nous ont permis d’avoir la situation bien en main dans certaines régions. »

Des conseillers militaires étrangers sont également présents aux côtés du Front al-Nosra sur le terrain afin de former les combattants, notamment au maniement des armes et au travail de renseignement :

« Lorsque la «route» était fermée et que nous étions assiégés, il y avait ici présents des agents de la Turquie, du Qatar, de l’Arabie saoudite, d’Israël et des États-Unis. […] Des experts dans l’utilisation des satellites, des missiles, des caméras de vidéo surveillance thermiques, du travail de reconnaissance… »

Si la collaboration entre Al-Nosra et Israël, notamment sur le plateau du Golan, avait déjà été documentée par les casques bleus de l’ONU, ainsi que l’implication de la Turquie, la présence de formateurs militaires américains aux côtés du groupe terroriste fait encore l’objet de vives dénégations de la part de l’état-major US. Le porte-parole du Département d’Etat Mark Toner, a ainsi réagit à une question d’une journaliste de Russia Today sur ce sujet en déclarant : « C’est des conneries », mais en admettant toutefois que d’autres pays de la coalition pouvaient effectivement fournir du matériel militaire au groupe terroriste. Les États-Unis se retranchent ainsi derrière une position officielle très hypocrite, se dégageant de toute responsabilité directe mais laissant comme souvent leurs alliés régionaux réaliser le sale boulot en toute connaissance de cause, ce que confirme l’interview du commandant d’Al-Nosra :

« Oui, les Etats-Unis soutiennent l’opposition[syrienne], mais pas directement. Ils soutiennent les pays qui nous soutiennent. »

En ce qui concerne la France, la présidence a reconnu que cette dernière fournissait de l’aide militaire par l’intermédiaire de la DGSE aux groupes rebelles depuis 2012, dont des missiles antichar MILAN…

Les groupes djihadistes s’opposent à la livraison de l’aide humanitaire

Les chancelleries occidentales ont récemment dénoncé à l’ONU le bombardement d’un convoi humanitaire à destination des zones sous contrôle des groupes armés dans la région d’Alep en l’attribuant aux armées russes et syriennes. Cette attaque a été le prétexte à une nouvelle offensive diplomatique en faveur d’un cessez-le-feu dans le but officiel de permettre l’acheminement de l’aide à la population civile. Comme je le mentionnais dans un précédent article, la situation humanitaire constitue un argument de propagande destiné à décrédibiliser l’action militaire des gouvernements russes et syriens contre les groupes djihadistes soutenus par la coalition et ses alliés régionaux. Le but est d’imposer un cessez-le-feu à l’armée syrienne et à son allié russe afin de redonner des marges de manœuvres aux combattants rebelles dont la situation à Alep est très précaire. Cette analyse est confirmée par les propos d’Abou al-Ezz qui affirme :

« Nous ne reconnaissons pas le cessez-le-feu. Nous allons repositionner nos groupes. Nous allons lancer dans les prochains jours une attaque massive contre le régime. »

Cette attaque a bien eu lieu après le bombardement des positions de l’armée syrienne près de l’aéroport de Deir ez-Zor le 17 septembre – qui auraient fait entre 80 morts et plus de cent blessés parmi les militaires syriens – qui a coïncidé avec une offensive de l’Etat Islamique. Si les États-Unis ont parlé d’un « accident », cette version ne tient pas selon le président Al-Assad :

« Ce n’était pas un accident, tout d’abord parce qu’il n’y a pas eu qu’un seul avion impliqué dans l’attaque. […] Il s’agissait de quatre avions, qui ont attaqué sans relâche les positions des troupes syriennes, durant un heure environ. Vous ne commettez pas une erreur pendant plus d’une heure.»

Alors que les missiles anti-chars TOW et MILAN ont permis aux groupes djihadistes affiliés à Al-Nosra, de tenir tête au régime et de rééquilibrer le rapport de force militaire au sol, la campagne actuelle de propagande utilisant le prétexte humanitaire a également pour but de faire progresser l’idée, notamment dans les opinions publiques, de la nécessité d’une zone d’exclusion aérienne qui priverait l’armée régulière syrienne de son seul avantage et du soutien essentiel de l’aviation russe. C’est aussi ce que confirme Abou al-Ezz lorsqu’il affirme : « Le régime ne nous domine que par ses avions de chasse, ses missiles et ses lance-missiles. »

Le secrétaire d’état américain John Kerry a ainsi demandé l’imposition d’une zone d’« exclusion aérienne » sur les secteurs contrôlés par les « rebelles » sous prétexte d’assurer la livraison de l’aide humanitaire mercredi dernier au conseil de Sécurité des Nations Unies. Pourtant, là encore, le commandant d’Al-Nosra Abou al-Ezz contredit la version occidentale et confirme celle du gouvernement syrien qui affirmait que les groupes rebelles empêchaient le déploiement de l’aide humanitaire dans la région d’Alep :

« Nous avons des conditions. Tant que le régime est positionné le long du chemin Castillo, à al-Malah et dans le secteur nord, nous ne laisserons pas ces camions passer. Le régime doit se retirer de tous ces secteurs avant que ces camions ne puissent passer. »

S’il est très improbable que cette interview soit reprise dans les médias traditionnels, qui jouent depuis le début du conflit le rôle de relais et d’amplificateurs de la campagne de propagande orchestrée par les États-Unis et les membres de la coalition internationale, la présence de l’armée russe sur le théâtre syrien a cependant permis l’émergence d’une autre version des faits qui se déploie dans les médias russes, notamment Russia Today ou Sputnik, et les médias indépendants, mais également dans les institutions internationales comme le Conseil de Sécurité des Nations Unies. Malgré les différentes initiatives des États-Unis et de leurs alliés pour contrer ou faire taire ces voix divergentes dans un contexte de guerre de l’information, elles restent aujourd’hui le principal rempart contre l’imposition d’une réalité falsifiée qui avait permis l’imposition d’une zone d’exclusion aérienne et la destruction de la Libye en 2011, il est d’autant plus vital de les soutenir, de les relayer, et de les faire vivre aujourd’hui...

 

 

 

 

Guillaume Borel | 28 septembre 2016

Guillaume Borel, documentaliste, analyste politique, est l’auteur de l’ouvrage Le travail,histoire d’une idéologieÉditions Utopia: 2015. Il s’intéresse aux questions de macro-économie, à la géopolitique et aux questions de propagande et d’intoxications médiatiques.

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