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Françafrique : Juppé et Sarkozy réactivent leurs réseaux africains (JAI)

par Christophe Boisbouvier 29 Septembre 2016, 01:50 Sarkozy Juppe Françafrique France Reseaux Elections

Voyages, visites amicales, déjeuners, discussions informelles… Ultrafavoris de la primaire de la droite, Alain Juppé et Nicolas Sarkozy réactivent leurs réseaux africains. Tous les coups sont permis, et tous les soutiens sont bons à prendre.

Nous sommes en mai 2003. Alain Juppé préside encore l’Union pour un mouvement populaire (UMP) – le parti au pouvoir en France. Mais il a une épée de Damoclès sur la tête. Depuis quatre ans, il est mis en examen dans l’affaire des emplois fictifs de la Ville de Paris et le procès approche. Cameroun, Gabon, Sénégal, Mali… En ce mois de mai, le fidèle compagnon du président Chirac visite quatre pays africains à la tête d’une imposante délégation de l’UMP.

À Libreville, Omar Bongo Ondimba le reçoit chaleureusement – en présence de l’avocat franco-libanais Robert Bourgi – et lui dit : « Tu sais Alain, la politique est faite de hauts et de bas. Je suis sûr que tu n’es responsable de rien et que tu t’en sortiras. »

De fidèles soutiens

Puis il s’apprête à s’envoler pour Dakar à bord de l’avion personnel du président sénégalais. « En montant dans l’avion, raconte Bourgi, qui est du voyage, Juppé a la surprise de tomber sur Karim Wade, le fils du chef de l’État sénégalais, qui a fait le déplacement Dakar-Libreville exprès pour le patron de l’UMP. »

Et à Dakar, Abdoulaye Wade le rassure : « C’est l’avocat qui vous parle, monsieur Juppé. Je sais que vous êtes en train de payer pour quelque chose dont vous n’êtes pas coupable. Quoi qu’il arrive, je suis certain que vous servirez de nouveau votre pays. » Dix-huit mois plus tard, en décembre 2004, l’ex-Premier ministre français est condamné à quatorze mois de prison avec sursis et à un an d’inéligibilité. Beaucoup de Français croient que sa carrière politique est terminée. Wade et Bongo, non. L’avenir va leur donner raison.

En mai 2012, c’est Nicolas Sarkozy qui est au fond du gouffre. Au lendemain de la victoire de François Hollande, le président vaincu est un homme seul et meurtri. Or qui vient le voir dès 9 heures du matin à l’Élysée ? Alassane Ouattara. Celui-ci le console en lui disant que ce n’est pas fini.

Comme ses homologues gabonais et sénégalais, le président ivoirien sait qu’il ne faut pas insulter l’avenir. Là aussi, les faits vont lui donner raison. Aujourd’hui, il confie : « Je suis bluffé par la détermination de Nicolas. » Officiellement, la Françafrique est morte, mais les deux favoris à la primaire de la droite française gardent de solides amitiés dans le club des chefs d’État africains.

Mohamed Hammi/SIPA

La conquête de l’électorat

Logiquement, c’est en Côte d’Ivoire, chez Alassane Ouattara – son ami de vingt-cinq ans –, que Nicolas Sarkozy a fait son unique déplacement africain de l’année. En mars dernier, il a été reçu à Abidjan avec tous les honneurs, a qualifié son hôte de « grand homme d’État » et en a profité pour rencontrer quelque deux mille expatriés susceptibles de voter à la primaire de novembre.

Alain Juppé, lui, a préféré cette année aller au Maghreb. À Alger, début février, il a eu droit à un tête‑à-tête de quarante-cinq minutes avec Abdelaziz Bouteflika, qui lui a demandé des nouvelles de la santé de Jacques Chirac. À Tunis, il a aussi été reçu par le président, Béji Caïd Essebsi. À Rabat, en mai, en l’absence du roi qui était en voyage, il a été accueilli par Abdelilah Benkirane, le chef du gouvernement. À chaque fois, comme son principal adversaire, le maire de Bordeaux saisit l’occasion de ces déplacements pour rencontrer de nombreux électeurs potentiels. Au Maroc, environ 50 000 Français sont inscrits sur les registres consulaires.

Il y a quatre mois, Nicolas Sarkozy s’est entretenu à Paris pendant près de deux heures avec Jean Ping, le principal adversaire d’Ali Bongo Ondimba

Quand un chef d’État africain passe en France, Nicolas Sarkozy sollicite de temps en temps une audience. En juillet dernier, il a eu une discussion de deux heures dans un grand hôtel parisien avec Patrice Talon, le nouveau président du Bénin. En août, son épouse Carla et lui ont invité le couple Ouattara à déjeuner dans leur demeure du cap Nègre, sur la Côte d’Azur. Plus étonnant, il y a quatre mois, en pleine campagne électorale gabonaise, l’ancien président français s’est entretenu dans son bureau parisien pendant près de deux heures avec Jean Ping, le principal adversaire d’Ali Bongo Ondimba – l’homme qu’il avait pourtant aidé à prendre le pouvoir en août 2009.

 

En réalité, depuis quatre ans, les relations Sarkozy-Bongo Ondimba se sont rafraîchies. Après sa défaite de mai 2012, le Français a fait savoir au Gabonais qu’il serait ravi de l’inviter à dîner à son domicile parisien, dans le 16e arrondissement. Mais « Ali » n’a pas donné suite, sans doute par souci de ne pas froisser François Hollande...

 

 

 

 

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