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Gabon: Quand le jeu trouble de la France décrédibilise les revendications de Ping (Sans détour)

par Gérard Abega 6 Septembre 2016, 07:18 Gabon France Françafrique Jean Ping Ali Bongo

Le meilleur perdant de la présidentielle gabonaise du 27 août 2016 réclame à cor et à cri le recomptage des bulletins de votes bureau par bureau.

Mais la crédibilité de sa requête est sérieusement diluée par l'activisme déconcertant de la France, qui s'est révélée être manipulatrice de l'opposition, et qui vient de manquer une autre occasion de refaire un versant perdu de sa notoriété en Afrique. 237online.com Qui se cache derrière Jean Ping - candidat malheureux de la présidentielle gabonaise, dont les revendications violentes de ses partisans, combinée à la riposte musclée du pouvoir, risquent de basculer le Gabon dans les dédales de la déstabilisation ? Pour de nombreux observateurs, « c'est le spectre de la Côte d'ivoire, où la France avait joué un rôle de premier plan, qui se profile dans ce pays névralgique de la France-Afrique en Afrique centrale ».

Et même si d'aventure Jean Ping avait les chances de faire basculer les résultats en sa faveur au terme d'un hypothétique recomptage des voix, personne n'ignore l'ingérence nauséeuse de la France tout au long de ce processus qui plonge aujourd'hui le pays de feu omar Bongo dans le chaos. on se souvient encore de la sortie diplomatique indigeste du premier ministre français à quelques mois du scrutin, traitant le président Ali Bongo ondimba de président sans légitimité. une accusation perçue par de nombreux analystes comme un secours à la manœuvre non concluante de l'essayiste Pierre Péant qui, plusieurs années avant, avait mis sur la place publique la question de l'origine douteuse du président gabonais, présenté comme un originaire de la région du Biafra au Nigeria.

il est évident que si ces sorties épistolaires ont pestiféré le jeu politique au Gabon, ils ont en outre manqué leur cible, à savoir déconstruire la considération d'omar Bongo à l'égard de ses concitoyens. Bien au contraire, beaucoup de gabonais reconnaissent aujourd'hui que la question de son origine, dont la véracité recherchée visait manifestement sa disqualification au scrutin présidentiel d'août dernier, manque désormais de pertinence du moment où, omar Bongo ondimba, le fils incontesté de Bongo père, a déjà dirigé le pays sept années durant comme chef d'Etat, avec des résultats très appréciés de ses concitoyens.


Complot

Autant le dire, les réserves que la France émet aujourd'hui sur la réélection d'omar Bongo, au point de manœuvrer et de faire insérer l'examen de la situation gabonaise à l'ordre du jour de la dernière réunion du Conseil de sécurité de l'onu, s'inscrivent dans la logique d'une volonté affichée de déstabilisation qui prend ses racines dans la reconsidération des relations diplomatiques imprimée par Ali à la coopération avec la France. Jean Marc Ayrault, suivi de François Hollande, exigent de relire les résultats de l'instance constitutionnellement reconnue pour proclamer les résultats.

Ce que Laurent Gbagbo demandait en son temps à propos de la présidentielle ivoirienne et que Sarkozy avait refusé, avant que cette ingérence ne basculât la Côte d'ivoire dans une crise qui a coûté la vie à plus d'un millier d'ivoiriens et des poursuites honteuses à la Haye contre un chef d'Etat africain. Au Gabon, les contours d'un complot similaire se dessinent.

Le candidat déclaré perdant vient de s'autoproclamer président du Gabon. Le fait pour Jean Ping de s'empresser auprès des ambassades étrangères, au premier rang desquelles la France et les Etats unis, pour leur présenter les prétendus résultats sur la foi des procès-verbaux détenus par ses partisans, bien avant leur proclamation officielle par la Cenap, trahissent les accointances que cet autre gabonais aux origines douteuses, et dont la sonorité du nom renvoie très loin de l'Afrique, entretient avec les autorités françaises. C'est encore cette France qui se retrouve au fronton des exigences de l'union européenne et de la communauté internationale.

Elle semblait déjà avoir marqué sa reconnaissance à l'égard de la réélection de Jean Ping, que de nombreux observateurs n'hésitent pas de qualifier de marionnette de l'ancienne puissance colonisatrice. un rapprochement qui suffit à dévaluer aux yeux de nombreux panafricaniste l'action revendicatrice de l'opposant, même si un recomptage des bulletins de vote venait à le créditer de 100% des voix. Car qu'on le veule ou non, cette caste de dirigeants à la solde de néo-colons, l'Afrique dans son ensemble n'en veut plus, et Jean Ping pourrait expérimenter dans son propre pays les impénitences qui en leur temps lui avaient coûté son poste et sa notoriété à la tête de l'union africaine. Comme s'il n'avait pas tiré les leçons.

Gérard ABEGA

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