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L’UE s’oppose à TAFTA et impose l’APE à l’Afrique (Afriques en Lutte)

par Diagne Fodé Roland 6 Septembre 2016, 08:05 UE APE Afrique Tafta Impérialisme néocolonialisme

L’UE s’oppose à TAFTA et impose l’APE à l’Afrique (Afriques en Lutte)
L’UE s’oppose à TAFTA et impose l’APE à l’Afrique
Par Diagne Fodé Roland
Afriques en Lutte

TAFTA ou TTIP, c’est l’accord libéral en cours de négociation pour l’ouverture totale réciproque des marchés des USA et de l’UE sans droits de douanes et taxes protectionnistes. L’APE, c’est l’accord libéral d’ouverture totale des marchés de l’UE et des pays Africains sans droits de douanes et taxes protectionnistes.

L’opposition à TAFTA ou TTIP, accord libéral de libre échange dicté par les USA à l’UE, n’est plus seulement celle des mouvements syndicaux, des mouvements socio-démocratiques et de la dite "société civile" des pays de l’Union Européenne. Hollande vient de déclarer : « Les discussions en ce moment-même sur le traité entre l’Europe et les États-Unis ne pourront pas aboutir à un accord d’ici la fin de l’année. […] La France préfère regarder les choses en face et ne pas cultiver l’illusion qui serait celle de conclure un accord avant la fin du mandat du président des États-Unis »

(mondialisation.ca, 1er septembre 2016). Le Secrétaire d’état Français chargé du commerce a précisé : « Il n’y a plus de soutien politique de la France à ces négociations », « Les Américains ne donnent rien ou alors des miettes […] Ce n’est pas comme ça qu’entre alliés on doit négocier ». Cette prise de position Française contre le Traité Transtlantique (TAFTA ou TTIP) qui libéralise le commerce entre les USA et l’UE fait suite à la critique du vice-chancelier Allemand Sigmar Gabriel qui, constatant qu’après 14 cycles de pourparlers, Washington et l’UE n’étaient toujours pas d’accord sur chacun des 27 chapitres du traité, a suggéré :« à mon avis, les négociations avec les États-Unis ont capoté, de fait, même si personne ne l’avoue vraiment. […] Dans les pourparlers, les USA refusent les exigences minimales européennes, et à moins que cette position ne change, je ne vois pas comment il serait possible de conclure l’accord »(idem).

Signalons que les contradictions inter-impérialistes, USA/UE, se sont manifestées récemment lors du dévoilement pour fraude sur les systèmes antipollution par la justice US de Volkswagen condamné à dédommager 600.00 clients étatsuniens de véhicules diesels. La réplique de l’UE vient de tomber par la condamnation à une amende allant jusqu’à 13 milliards d’euros d’Apple qui est accusé de n’avoir pas payé d’impôts à son siège social européen en Irlande. Selon les informations distillées le taux d’imposition des sociétés est fixé à 12,5% en Irlande, mais Apple n’aurait payé qu’un taux de 1% en 2003 et 0,005% en 2014. Il apparait ainsi qu’Apple a organisé l’évasion fiscale, c’est là une pratique congénitale de toutes les Multinationales impérialistes comme le révèle l’affaire des Panama Papers. Apple dispose de réserves d’environ 230 milliards de dollars et a pu ainsi éviter de payer des impôts américains sur 181 milliards de dollars de profits. Apple et Volkswagen ne sont que des exemples de la "gouvernance" frauduleuse mondiale des Firmes Transnationales au service desquelles gouvernent les Etats capitalistes et impérialistes. Quand les intérêts de ces Monopoles capitalistes divergent alors chaque Etat impérialiste défend les intérêts de ses Multinationales.

Cette opposition grandissante entre les USA et l’UE sur le libre échange entre ces mastodontes impérialistes met en lumière la félonie apatride des Présidents Africains qui signent cet autre accord de libre échange entre le boxeur poids lourd Européen et les poids plumes Africains qu’est l’APE. Des contradictions montantes commencent aussi à s’exprimer entre certains vassaux Africains et leurs maîtres impérialistes pendant que d’autres vassaux Présidents d’Afrique poursuivent dans l’apatridie en abdiquant sur l’intérêt des peuples d’Afrique. A la base de ces contradictions montantes, on peut indiquer le "traumatisme" né au sein des bourgeoisies africaines régnantes de la guerre coloniale de la Françafrique, de l’Eurafrique et de l’Usafrique contre la Libye et l’assassinat de Khaddafi, de la capture de L. Gbagbo par la soldatesque Française, les investissements de plus en plus massifs des pays des BRICS en Afrique et la résistance de plus en plus ouverte de la Russie, de la Chine et des pays de l’ALBA à l’impérialisme Occidental.

Il est ainsi important de savoir que toutes les bourgeoisies régnantes d’Afrique ne sont pas à ce point engluées dans la servilité comme le signale la correspondance reçue d’un camarade militant révolutionnaire panafricaniste et internationaliste : " Les pays de la CEMAC ont refusé de signer les accords des APE ( à l’exception du Cameroun de Paul Biya). Au niveau de la zone monétaire de l’Afrique centrale, il est désormais acquis que les billets de CFA seront émis par la BEAC sur place et non plus en France ce qui est un manque à gagner pour la France, car après émission des billets, 25% de la valeur des sommes émises reviennent à la France sous forme de commissions. A souligner que la France ne se fait pas payer en CFA mais bien en devises fortes prélevées dans les réserves de devises du compte d’opérations. Autre information importante concernant toujours l’Afrique Centrale, le président Sassou N’guesso (qui est loin d’être l’ennemi de la France) a signé durant sa dernière visite en Chine un accord économico-financier qui choque Paris. Selon certaines indiscrétions cet accord permettra désormais au Congo Brazzaville de se faire payer directement par la Chine pour toutes les opérations économiques futures en devises et cet argent ne devrait pas atterrir aux comptes d’opérations en France mais logiquement au Trésor du Congo Brazzaville. Pour ce qui concerne le Gabon, plus précisement le Président Ali Bongo, qui a bénéficié du soutien de la droite française en 2009 pour accéder au pouvoir, a réussi très vite la prouesse de fâcher toute l’oligarchie politico-économique de l’hexagone et une partie de la Françafrique. C’est pourquoi certains milieux français et américains ont décidé de le lui faire payer très cher. Depuis quelques années une cabale médiatique est engagée contre lui à travers sa soi disant "non filiation" à la famille Bongo et le livre de Pierre Péant a servi à ce propos comme moyen de propagande. Trois grandes mesures ont contribué à brouiller les relations avec la France : Les valises remplies de billets circulent de moins en moins entre Libreville et Paris ; Le bois gabonais exploité par certains grandes sociétés françaises devrait désormais être taillé sur place et non exporté en billes ; Plus grave pour ces sociétés qui se trouvaient en situation de monopole, les Chinois sont là et acceptent la mesure. Le fer, le manganèse et autres minerais gabonais sont convoités par les sociétés chinoises. Le comble dans cette relation avec la France c’est la question de Total Gabon. Ali Bongo suivant son conseiller d’origine béninoise Maxime Akombessi (directeur de cabinet du président) a donc imposé à Total de payer la somme de mille milliards de francs cfa que cette société devait à l’Etat gabonais. Il n’est pas surprenant donc d’entendre le camp de Jean Ping développer tout un discours xénophobe contre les étrangers africains, notamment les Béninois et les Camerounais. Du coup en France, il a été décidé de renouveler le personnel politique en écartant Ali Bongo et Jean Ping a été préparé, puis, à lui, ont été joints Casimir Oyé Mba et l’ex-président de l’Assemblée Nationale du Gabon. Rappelons que toute cette clique de politiciens réactionnaires ont eu à servir et cirer les bottes du père Bongo qui les a fabriqué durant tout son règne. Casimir Oyé Mba fut gouverneur de la BEAC à Yaoundé, il fut d’ailleurs le premier gouverneur noir de cette banque centrale. Jean Ping a été le gendre de Bongo Omar puisqu’il a épousé Pascaline Bongo, celle là même qui du temps du père Bongo controlait tous les marchés. C’est donc une affaire entre beaux parents ? Triste réalité !".

On comprend ainsi d’où vient la campagne médiatique anti-Ali Bongo des impérialistes à l’occasion de ces élections gabonaises. Bien entendu comme à l’accoutumée beaucoup de nos "élites bien pensantes" vont encore, une fois n’est pas coutume, tombées pieds et mains liés dans le piège en choisissant le camp des agents patentés de l’impérialisme contre l’ex-agent patenté de l’impérialisme. Ce faisant, elles font le jeu de l’impérialisme contre le peuple Gabonais dont l’intérêt est de se débarrasser à terme des deux camps bourgeois néocoloniaux. Pour atteindre cet objectif fondamental, il faut absolument comprendre que l’ennemi principal reste et demeure l’impérialisme et ses agents principaux du moment.

Que doit on retenir de ces faits en ce qui concerne l’APE : les pays de la CEMAC plus le Nigeria et la Gambie sans compter les pays de la SADC et ceux de l’Afrique du nord ne sont pas signataires des APE. Les pays de la CEDEAO ( à l’exception du Nigeria et de la Gambie), sutout les pays de l’UEMOA (zone cfa), c’est à dire l’ex-AOF, colonies Françaises, sont les seuls signataires. Même les PMA (pays les moins avancés) dont fait partie le Sénégal sont signataires alors qu’ils bénéficient des accords "tout sauf les armes" qui lèvent officiellement tous les obstacles à la pénétration de leurs produits sur les marchés nationaux de l’UE. Les vassaux abrutis de ce diktat prédateur de la Françafrique, de l’Eurafrique et de l’Usafrique comme Macky Sall jouent aux apprentis dictateurs contre leurs peuples en s’aplatissant devant de telles exigences inacceptables. Peut-il y avoir meilleure preuve de la soumission esclavagiste des Présidents Africains comme Ouattara, Macky Sall, IBK, Alpha Condé, etc à la Françafrique, l’Eurafrique et l’Usafrique ? Les bourgeoisies Africaines sont objectivement confrontées au choix de se coucher et d’obéir aux impérialistes USA et UE ou de desserrer l’étau en ouvrant leurs économies néocoloniales aux pays émergents (les BRICS) pour trouver des nouveaux investisseurs. Celles qui choisissent la seconde voie deviennent des cibles des impérialistes et/ou parviennent en raison des contradictions inter-impérialistes à négocier de nouveaux accords tels que celui que le Nigeria et le Royaume-Uni viennent de signer pour la restitution de l’argent public volé et placé dans ce pays ex-colonisateur. C’est ainsi que l’on apprend que "le gouvernement du Nigeria et le gouvernement Britannique ont signé un protocole d’accord sur les modalités de retour des actifs nigérians pillés, initiative qui fait suite à l’accord intervenu lors du sommet de Londres sur la lutte anti-corruption" (Ibinimori).

Il faut croire que c’est là un des premiers effets positifs du Brexit, ce vote de classe du peuple laborieux de Grande Bretagne contre la construction pilotée par les USA et l’Allemagne de cette alliance des bourgeoisies impérialistes Européennes pour dominer les peuples mais qui se révèle en même temps comme une prison détruisant toutes les conquêtes sociales et démocratiques de chaque peuple Européen. En effet, le Brexit pousse l’impérialisme Britannique à faire cavalier seul et donc à chercher à préserver les intérêts des ses Multinationales partout dans le monde y compris en Afrique.

C’est ainsi que le Ministre Nigérian de la justice signataire de cet accord déclare : "Notre capacité à récupérer et restituer les avoirs volés devrait envoyer un message clair à tous ceux qui pourraient être tentés de les cacher qu’il n’y a pas de refuge au Royaume-Uni à cet effet », « Nous sommes impatients de le faire dès que le processus juridique nécessaire le permettra. Comme il a été dit au sommet contre la corruption, nous allons prendre des mesures pour accélérer les procédures d’identification et de confiscation des biens acquis illégalement » (Idem).

Une autre illustration des contradictions entre ex-vassaux africains et leurs maîtres impérialistes est à observer : "Afrique Média, la Télévision Panafricaine a révélé que les forces spéciales Françaises sont parmi les terroristes de Boko Haram qui déstabilisent, prennent en otages et tuent au Nigéria et au Cameroun. Cette télévision panafricaine financée par le Président de Guinée Equatoriale, Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, a été attaquée par la France devant les juridictions camerounaises et ses émissions logées dans un satellite Français ont été suspendues. Cette attentat contre la liberté d’informer a été ponctué par l’exigence ubuesque que la télévision panafricaine dévoile ses sources au sein du commandement militaire Nigérian. Voit-on les juridictions Françaises exiger au Canard Enchaîné ou à Médiapart de dévoiler leurs sources ? La télévision panafricaine est aujourd’hui logée sur un satellite Russe et continue d’émettre avec les financements du Président Teodoro Obiang Nguema Mbasogo qui a été le seul chef d’état d’Afrique présent aux obsèques de feu Hugo Chavez".

Comment ne pas comparer cela avec l’aplatissement sans vergogne de Macky Sall et Ouattara devenus les avocats de l’APE à la manière des "négriers nègres" qui vendaient d’autres Africains aux "négriers blancs" à l’époque, malheureusement non révolue de la traite des noirs ? Les antilibéraux, patriotes, panafricains, communistes internationalistes d’Afrique doivent apprendre à lire scientifiquement les contradictions entre les classes sociales au plan national, au plan sous régional, continental africain et au plan géopolitique, géostratégique mondial pour se positionner sur les évènements et agir dans la perspective de forger une alternative populaire au système néocolonial et à l’oppression impérialiste.

Septembre 2016

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