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La guerre en Syrie s’intensifie à la veille du sommet du G20 (WSWS)

par Johannes Stern et Alex Lantier 5 Septembre 2016, 17:32 Syrie G20 Guerre

La veille des réunions annoncées entre le Président turc Recep Tayyip Erdogan et le Président américain Barack Obama, ainsi qu'avec le président russe Vladimir Poutine, au sommet du G-20 en Chine, l’intervention de l’OTAN en Syrie continuait à s’étendre.

Des chasseurs turcs ont bombardé trois sites autour des villages syriens arabes Ezza et al-Ghundura vendredi. Ceux-ci sont à l’ouest de la ville stratégique de Jarabulus, capturée par des combattants d'une milice pro-occidentale appuyée par l’artillerie et l'aviation turques le 24 août. Les forces turques évoluent au centre d'un tronçon de 90 km où Ankara dit vouloir « nettoyer » les combattants de l’État islamique (EI), ainsi que des Unités de protection du peuple kurde (YPG).

Les forces turques intensifient aussi leurs opérations dans les régions kurdes de Turquie elle-même. L’armée a annoncé que 27 militants du Parti de travailleurs du Kurdistan (PKK) interdit avaient trouvé la mort dans le district de Çukurca de la province sud-est de Hakkari vendredi.

Avant le G-20, Erdogan a promis qu’Ankara ne permettrait jamais « la mise en place d’un corridor de terreur le long de notre frontière sud dans le nord de la Syrie ». Il a souligné que la communauté internationale n’avait pas à choisir entre « les organisations terroristes Daesh [ l’État islamique, EI], YPG ou PYD [Parti de l’Union démocratique kurde syrienne] ».

« Il n’y a pas de différences entre ces organisations terroristes en termes de méthode, d'objectifs et d'attitude envers la vie humaine, » a déclaré Erdogan, ajoutant que son gouvernement considérait « les déclarations de certains milieux de l’Occident avec étonnement. » Il a rejeté le déclarations par Washington que le YPG et le PYD s'étaient repliés à l’est de l’Euphrate : « Ils disent que le YPG a retraversé le fleuve. Nous disons, non, ils ne l’ont pas fait, sur la base de nos propres observations. »

Alors que les puissances de l’OTAN pressent toutes pour l’escalade en Syrie, de profondes divisions persistent entre Ankara, dont l’objectif principal est d’empêcher la formation d’un État kurde dans le nord de la Syrie, et Washington, qui veut diriger ses mandataires YPG/PYD contre l’EI. Erdogan a dit, « Ceux qui agissent avec la logique de ‘l’ennemi de Daesh est notre ami’ se sont trompés ; ils se trouvent dans une position d’être un ami à d’autres organisations terroristes ».

Lors d’une célébration de ses 100 premiers jours au pouvoir, le Premier ministre turc, Binali Yildirim, a également déclaré que « le gouvernement ne fera pas de concessions » aux forces kurdes en Turquie. Il a réitéré que la Turquie, qui a récemment amélioré ses relations diplomatiques avec Israël et la Russie, vise à normaliser les relations avec l’Égypte et même avec la Syrie.

« La Turquie lance une tentative sérieuse de normaliser ses relations avec la Syrie et l’Égypte. En politique étrangère, notre principe est d’augmenter nos amitiés tout en réduisant les hostilités, » a-t-il déclaré.

Poutine exploite toujours les tentatives d’Ankara d'améliorer ses relations avec Moscou après le coup d’État avorté soutenu par Washington contre Erdogan en juillet. A Vladivostok, sur les côtes russes du Pacifique, Poutine a déclaré qu’il « appréciait » les excuses turques pour avoir abattu un bombardier russe en Syrie l’année dernière. « Nous voyons un intérêt manifeste de la part du président de la Turquie dans le rétablissement de relations avec la Russie », a-t-il dit.

Interrogé sur l’offensive d’Ankara en Syrie, M. Poutine a déclaré que les deux pays « ont un désir commun de parvenir à un accord sur les problèmes de la région, y compris celui de la Syrie. »

Le président russe a également signalé qu’il est en principe ouvert à un accord avec les puissances impérialistes en Syrie : « Nous nous dirigeons progressivement dans la bonne direction. Je ne rejette pas l’hypothèse que nous serons en mesure de nous mettre d’accord sur quelque chose dans un proche avenir et présenter nos accords à la communauté internationale. »

Selon Bloomberg News, Poutine « a prévenu les autres puissances qu'elles devraient accepter un changement progressif en Syrie plutôt que de pousser pour le renversement du dirigeant du pays ». Il a cité la Libye et l’Irak, où un changement de régime mené par les États-Unis a conduit à « l’effondrement de l’État » et à la propagation du terrorisme. Il a traité les pourparlers entre Moscou et Washington de « très difficiles », en raison de divergences persistantes sur le soutien américain aux milices islamistes en Syrie.

Le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov s'est plaint que Washington soutient des forces liées à Al Nosra, la filiale d’Al-Qaïda en Syrie : « De nombreux groupes que les Américains jugent acceptables pour les négociations sont en effet alliés à Al Nosra. Al Nosra, quant à lui, les utilise pour échapper aux attaques. C'est une situation qui ne peut pas se poursuivre indéfiniment. »

Malgré les tentatives des responsables turcs et russes de trouver un accord avec Washington, les conflits entre les grandes puissances qui interviennent en Syrie s’intensifient. Washington et ses alliés européens visent surtout à renverser le Président syrien, Bachar al-Assad, et à porter un coup humiliant à la Russie. Ils poursuivent toujours cette politique, alors même que Washington engage des pourparlers au G20.

Londres et Paris ont appelé à une action agressive contre le régime syrien après que le Mécanisme d’investigation conjointe (JIM) de l’ONU a publié son rapport sur l’utilisation présumée d'armes chimiques en Syrie, mardi.

De telles allégations contre la Syrie n’ont plus aucune crédibilité. A plusieurs reprises, l’OTAN a exploité des accusations qu'Assad avait utilisé des armes chimiques, à Houla en 2012 et à Ghouta en 2013, pour concocter un cas pour une guerre en Syrie présentée comme un acte humanitaire pour protéger les civils syriens. Ils ont réagi au massacre de Houla en retirant leurs ambassadeurs de Syrie ; Washington et Paris ont failli utiliser l’attaque sur Ghouta comme un casus belli pour bombarder Damas en septembre 2013.

Il s’est avéré que les deux massacres avaient été commis par l’opposition soutenue par la CIA, selon les rapports détaillés par le Frankfurter Allgemeine Zeitung et par le journaliste Seymour Hersh, respectivement. Après le rapport FAZ sur le massacre de Houla, la BBC a avoué que ses rapports s'étaient fondés uniquement sur les déclarations de l’opposition.

Le rapport JIM semble avoir été concocté de façon similaire, afin de fournir le matériel pour une campagne de propagande contre la Syrie.

Le JIM a publié son rapport en grande pompe et l’a présenté au Conseil de sécurité de l'ONU, mais sans fournir de preuves concrètes. Sur neuf attaques chimiques présumées en Syrie, il a déclaré qu’il y avait des preuves « suffisantes » pour conclure que du gaz toxique avait été utilisé dans trois cas. Il a attribué deux attaques au régime Assad (à Talmenes le 21 avril 2014 et à Sarmin le 16 mars 2015), impliquant des bombes primitives au chlore lancées par hélicoptère, et une troisième attaque, à Marea le 16 mars 2015, à l’EI.

Le JIM n’a présenté aucune preuve significative pour étayer ses allégations, mais Londres et Paris ont exigé que le Conseil de sécurité réagisse en imposant de nouvelles sanctions. L’ambassadeur britannique à l’ONU, Matthew Rycroft, a déclaré que le Conseil de sécurité « étudierait l’imposition de sanctions et une certaine forme de responsabilité au sein des mécanismes juridiques internationaux » ; l’ambassadeur français, François Delattre, a appelé à une « réponse rapide et forte du Conseil de sécurité, » telle que « des sanctions contre ceux qui sont responsables de ces actes. »

Puisque le JIM n’a ni identifié les commanditeurs de ces attaques, ni prouvé que l’opposition — qui a déjà envahi des aérodromes en Syrie — n’a pas utilisé d'hélicoptères, son rapport est sans valeur.

Après avoir écouté la présentation du JIM, l’ambassadeur russe à l’ONU, Vitaly Churkin, a dit que les preuves dans le rapport « auraient pu être fabriquées par des forces opposées à Damas et des groupes terroristes, voire avec une aide extérieure ». Il a ajouté, « Il n’y a personne à sanctionner dans le rapport qui a été publié. Il n’y a pas de nom, le rapport ne contient pas de détails... Si nous voulons être professionnels, nous devons remettre en question toutes les conclusions ».

L’ambassadeur syrien, Bashar Jaafari, a objecté que « les conclusions du JIM manquent des preuves physiques, que ce soit par des échantillons ou des rapports médicaux que le chlore a été utilisé ».

(Article paru d’abord en anglais le 3 septembre 2016)

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