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La Russie dindon de la "farce" en Syrie ?

par SLT 24 Septembre 2016, 05:19 Syrie Russie USA Impérialisme Deir ez Zor Balkanisation Terrorisme Collaboration Articles de Sam La Touch

La Russie dindon de la "farce" en Syrie ?

De toute évidence seule la Russie [1] et son allié iranien au côté du gouvernement syrien luttent contre les terroristes d'Al-Nosra affiliés à Al-Quaïda en Syrie tandis que les Etats-Unis, la France, Israël et la Grande-Bretagne ont toujours refusé de les bombarder [2-5]. Récemment les Israéliens ont même bombardé les positions de l'armée syrienne au Sud pour, selon certains observateurs, faciliter l'offensive des combattants du Front Fateh al-Cham (ex-al Nosra) [6].

Quant à la lutte contre l'Etat islamique (EI) en Syrie, il en va de même. Si les Russes ont bombardé massivement ce groupe terroriste en Syrie, les bombardements de la coalition étatsuniennes ont toujours été sporadiques en Syrie avec un semblant d'intensification des frappes aériennes au moment de l'intervention russe de fin septembre 2015. Un récent rapport parlementaire britannique [7] montre que le gouvernement britannique n'a aucune stratégie, aucun plan contre l'EI et que les bombardements britanniques sont très limitées entre 3 et 7 par mois. Il en va de même du gouvernement français qui après les attentats de Paris, en janvier 2015, avait organisé quelques frappes aériennes sur l'EI en Syrie pour déclarer ensuite que l'armée française était à cours de bombes [8]. Par la suite, la France a repris ses bombardements notamment à Raqqa de manière sporadique comme les Britanniques [9]. Après les attentats de Nice du 14 juillet 2016, le gouvernement français a prétendu bombarder l'EI à Manbj mais a en fait bombardé des civils faisant plus de 120 morts parmi ceux-ci [10], les miliciens de l'Etat islamique avaient semble-t-il déjà fuit les frappes probablement informés au préalable.


Le comble est sans doute survenu, lorsque les Etats-Unis ont bombardé soit disant par erreur, en plein cessez-le-feu, les troupes syriennes faisant 90 morts et des centaines de blessés parmi leurs soldats à Deir ez Zor [11-12] tandis que l'EI en a profité pour reprendre du terrain sur l'armée syrienne dans cette région et a repris le mont Thourda [11,13]. Involontairement ou volontairement, la coalition étatsunienne s'est transformée, l'espace d'un instant, en armée de l'air de l'Etat islamique. Des officiels étatsuniens ont reconnu avoir été avertis par des officiers russes de leur erreur pendant le bombardement de la coalition U.S. contre les troupes syriennes mais n'ont pas pu l'arrêter immédiatement car l'officier étatsunien qui était le point de contact avec les Russes étaient absents au moment où les Russes l'ont alerté [14]. Finalement, ce sont les Russes qui ont bombardé l'Etat islamique alors qu'il essayait de reprendre les positions de l'armée syrienne [15] pendant que Samantha Power, ambassadrice U.S à l'ONU justifiait les attaques étatsuniennes contre les troupes syriennes [16].

Selon le journal libanais, L'Orient Le Jour [6], il s'agit d'une attaque US délibérée pour affaiblir l'armée syrienne afin d'éviter la constitution d'un axe stratégique Téhéran-Bagdad-Damas et donc le rétablissement d'une continuité territoriale et d'une profondeur stratégique ; "ce que Washington entend à tout prix éviter".

Maintenir l’EI à Deir ez-Zor pour une victoire à Mossoul
L'Orient Le Jour

...Premièrement, des sources militaires et le communiqué du porte-parole du ministère russe de la Défense, Igor Konachenkov, confirment que les quatre raids ont été effectués par deux avions militaires antitanks A-10 et deux chasseurs F-16 dotés de mitrailleuses lourdes avec pour objectif de détruire les fortifications de l'armée syrienne dans ces zones. Deuxièmement, ces bombardements ne visaient pas une cible mobile, mais une position fixe tenue par l'armée syrienne au vu et au su de tous dans une zone où seuls deux acteurs sont impliqués sur le terrain : l'armée syrienne et l'État islamique. Par ailleurs, comme le relève le spécialiste Fabrice Balanche dans son analyse de la situation, « le mont Tubar subissait, au moment des frappes américaines, une attaque de l'EI. Mais il n'était pas prévu que l'aviation de la coalition vienne prêter main forte à l'armée syrienne. Elle ne l'a effectivement jamais fait puisqu'elle s'est toujours abstenue de bombarder l'EI dans la périphérie de Deir ez-Zor ».

L'attaque de samedi n'est d'ailleurs pas sans rappeler celle du 6 décembre 2015 contre un camp des forces spéciales syriennes dans la zone d'al-Baghlia à l'est de Deir ez-Zor, et dans laquelle l'implication américaine avait été soulevée par la Russie. À l'époque, Igor Konachenkov s'était interrogé en ces termes : « Si les États-Unis ne sont pas impliqués dans cette frappe, pourquoi les représentants du Pentagone, étant les chefs de la coalition contre Daech, passent sous silence la présence d'avions de leurs alliés, le 6 décembre dans la région de Deir ez-Zor ? N'est-ce pas parce que la coalition reçoit toute l'information, sur les cibles de Daech à viser, de la part du Pentagone ? »
Si ces frappes meurtrières de la coalition ont suffisamment affaibli l'armée pour donner l'ascendant à l'EI, qui au terme de son offensive a pu s'emparer de la zone, les raisons de cette action quelques jours à peine après la conclusion d'un accord difficile avec les Russes ne sont pas tout à fait claires...

En résumé, seuls les Russes et les Iraniens au côté des forces syriennes luttent contre les rebelles terroristes en Syrie tandis que la coalition étatsuno-israélienne fait semblant de les attaquer tout en les soutenant en sous-main. Ces évolutions occidentales en Syrie mettent en lumière le fait que la guerre contre le terrorisme n'incarne pas la dimension principale de ce conflit. Selon OLJ [6], "les bombardements des Israéliens contre les positions de l'armée syrienne au Sud pour, selon certains observateurs, faciliter l'offensive des combattants du Front Fateh al-Cham (ex-Nosra) et, à quelques jours d'intervalle, les raids aériens de la coalition à Deir ez-Zor, tendent à confirmer l'hypothèse que la priorité est à présent l'affaiblissement durable du régime syrien".

Mais la stratégie de balkanisation de la Syrie voulue par les Etats-Unis et Israël ainsi que leurs alliés ne s'arrêtent pas là. Les troupes turques sont entrées en Syrie avec les forces spéciales étatsuniennes [17-18] et entendent créer une "zone de sécurité" ce que les Russes ont toujours refusé. A tel point qu'un expert russe a évoqué le risque d'évolution vers une guerre mondiale :

« Si Ankara souhaite créer une zone de sécurité à la frontière et (…) neutraliser le groupe État islamique (Daech) dans la région, il doit nouer un dialogue avec les autres acteurs et bien sûr avec le gouvernement syrien. Or la Turquie ne s’est toujours pas montrée prête à établir des contacts avec les autorités syriennes en vue de régler la crise dans le pays. Cela préoccupe sérieusement la Russie et l’Iran qui espéraient qu’Ankara œuvrerait en faveur d’un dialogue direct avec Damas »[19].

Car non seulement les Etats-Unis et la Turquie pourraient créer une "zone de sécurité" au nord de la Syrie mais pourraient également lancer une offensive contre Alep [19] en passe d'être reprise par l'armée syrienne. De fait, dès que l'armée syrienne est sur le point de reprendre Alep, le Pentagone demande un cessez-le-feu pour renforcer les rebelles soutenus par la coalition, ce que les Russes s'empressent d'accepter (Cf. les cessez-le-feu du 27 février et du 12 septembre 2016 [20]) tandis que les forces de la coalition reprennent du terrain à Alep et se permettent ouvertement de violer les cessez-le-feu [21-26].

Mais le coup de maître du Pentagone sur le Kremlin est sans doute la probable organisation d'un faux coup d'état orchestré en Turquie contre Erdogan. Prétendument déjoué par les Russes, ce faux coup d'Etat a permis à Erdogan de se débarrasser de tous les opposants politiques, militaires, médiatiques et économiques à une invasion de la Syrie par l'armée turque. Résultat des courses, l'armée turque et les forces spéciales étatsuniennes occupent le nord de la Syrie [17-18] et vont créer une "no fly zone" ou zone de sécurité. Pourtant les Russes sont entrés en guerre en Syrie [27-28] contre les terroristes, le 30 septembre 2015, il y a un an, pour éviter que l'alliance turco-israélo-étatsunienne créée une zone de sécurité pour les rebelles terroristes au nord de la Syrie. Nous avions déjà signalé en juin 2015, qu'il y avait une volonté de l'OTAN de s'accaparer une zone en territoire syrien près de la frontière turque selon un plan rédigé par la Brooking institute ("Déconstruire la Syrie : Vers une stratégie régionalisée pour un pays confédéral") en une sorte de somalisation (balkanisation) de la Syrie [29-30].

Un an et demi plus tard, les Russes semblent être les dindons de la farce en Syrie. Il est probable que le retrait partiel des troupes russes en mars 2016 ait donné un signal favorable à la coalition occidentale [31]. Mais la question sous-jacente est de savoir combien de temps, la Russie pourra soutenir le régime syrien contre les envahisseurs occidentaux et les pays du Golfe ?

Références :

1. Idlib. Plus de 140 terroristes du front Al-Nosra tués dans des bombardements de la coalition russe et syrienne

2. Syrie. Al-Quaïda toujours épargné... par la France et les USA (Canard enchaîné)

3. Le Canard enchaîné évoque à nouveau la "complaisance" franco-étatsunienne envers Al-Quaida en Syrie

4. Les Etats-Unis ne distinguent pas al-Nosra de «l’opposition modérée» (Russia Today)

5. Michel Collon évoque le soutien de la France aux terroristes d'Al-Nosra (vidéo)

6. Etats-Unis. Maintenir l’EI à Deir ez-Zor pour une victoire à Mossoul (OLJ)

7. The Independent Government has no strategy, no plan and only ‘phantom’ allies in Syria, scathing Commons report reveals

8. Le Parisien, Lutte contre Daech : la France à court de bombes

9. Reuters Nouvelles frappes de la France contre l'EI près de Raqqa

10. Russia Today La Syrie impute à la France des frappes ayant tué plus de 120 civils dans le nord du pays

11. Reuters Londres dit avoir participé au raid de la coalition contre l'armée syrienne

12. Syrie : Les raisons de la prétendue bavure US à Deir ez-Zor (Al-Thawra)

13 Selon Al-Arabiya, après les bombardements par les USA des troupes syriennes (qui ont tué 62 soldats), celles-ci sont à présent attaquées par l'Etat islamique
14. The Hill US official wasn't there to answer Russian call on Syria strike

15. Al Masdar L'armée syrienne récupère des territoires à Deir Ezzor après que les Etats-Unis aient attaqué leurs positions

16. Samantha Power défend les attaques U.S. contre l'armée syrienne (vidéo)
17. AFP Syrie: des forces spéciales américaines déployées en appui des forces turques (Pentagone)

18. Wall Street Journal U.S. Special Forces to Aid Turkish Troops in Syria

19. Sputniknews Si Ankara franchit la ligne rouge en Syrie, c’est la "guerre mondiale"

20. Plan de paix bidon des Etats-Unis pour paralyer l'avancée des forces syriennes à Alep ?

21. AFP La Russie accuse les Etats-Unis de ne pas remplir leurs engagements en Syrie

22. IRIB Le complot du triangle Riyad/Tel-Aviv/Ankara contre la Syrie, sous le couvert du cessez-le-feu

23. Voltaire.net Les "modérés" violent le cessez-le feu en Syrie

24. Consortium News Al Qaeda’s Ties to US-Backed Syrian Rebels

25. Press TV Syrie : des cas de violation du cessez-le-feu

26. Voltaire.net Israël viole le cessez-le-feu en Syrie et perd deux avions

27. Israel Shamir Expansion militaire de la Russie en Syrie: Les dés sont jetés

28. La Russie empêche la Turquie et les USA de créer une "zone tampon" en Syrie
29. Fars News Agency A No-Fly Zone for Merciless War on Syria

30. NEO US To Begin Invasion of Syria

31. Courrier de Russie Pourquoi la Russie retire-t-elle ses troupes de Syrie ?

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