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La Russie et les USA n’ont aucun intérêt commun en Syrie (Strategic Culture Foundation)

par Paul Craig Roberts 25 Septembre 2016, 08:09 Syrie Russie USA Tension Conflit

 
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Le gouvernement russe fait toujours la même chose en s’attendant à obtenir des résultats différents. C’est que le gouvernement russe ne cesse de conclure des accords avec Washington, qui finit indéniablement par les rompre.

Le dernier exemple de ce qu’Einstein aurait qualifié d’insanité est le dernier accord de cessez‑le‑feu en Syrie. Washington a rompu cet accord en envoyant l’US Air Force bombarder les positions des troupes syriennes, elle a tué 62 soldats syriens et en a blessé 100 autres, laissant ainsi le champ libre à Daech pour reprendre ses attaques.

La Russie avait pris Washington de court en septembre 2015, lorsqu’elle a dépêché son armée de l’air pour bombarder les positions de Daech, permettant ainsi à l’armée syrienne de reprendre l’initiative. La Russie était en train de gagner la guerre contre Daesh lorsqu’elle s’est retirée inopinément avant de terminer le boulot. Ce qui a permis aux USA ou à ses agents de réapprovisionner Daech, qui a repris ses attaques.

La Russie se devait donc de retourner en Syrie. Dans l’intervalle, Washington a réussi a s’immiscer. Ce qui a rendu les attaques aériennes russes contre Daesh plus compliquées, tout comme l’espace aérien syrien d’ailleurs. La Russie avise Washington de ses attaques planifiées contre Daesh, puis Washington avertit Daesh et peut‑être aussi la Turquie, qui a d’ailleurs déjà abattu un avion russe. N’empêche que l’armée syrienne a gagné du terrain.

Sauf que chaque victoire est contrecarrée par des pourparlers de paix ou par un cessez‑le‑feu, au cours duquel les forces soutenues par les USA en profitent pour se regrouper. Par conséquent, une guerre que la Russie et la Syrie auraient pu déjà gagner se prolonge, avec l’arrivée d’un nouvel élément : une attaque directe de l’armée syrienne par Washington.

Les militaires étasuniens affirment qu’ils croyaient frapper Daesh. Donnons-nous une minute pour y penser. Les USA prétendent être une superpuissance militaire. Ils espionnent le monde entier, y compris les courriels personnels et les conversations par téléphone cellulaire de leurs vassaux européens. Mais pourtant, cette puissance en matière d’espionnage n’a pu faire la différence entre l’armée syrienne, dont la position est connue, et Daesh. Si nous croyons à cela, nous devons conclure à l’incompétence des USA sur le plan militaire.

Voici ce qui s’est produit. Avant le cessez‑le‑feu en cours [c’est déjà du passé au moment de traduire ces lignes, NdT], les Russes pouvaient attaquer les djihadistes soutenus par les USA, mais les USA ne pouvaient pas s’en prendre directement aux forces syriennes. Ils devaient passer par l’intermédiaire de leurs alliés djihadistes. Les USA ont utilisé le cessez‑le‑feu pour créer un précédent et ainsi leur permettre de s’attaquer directement aux forces syriennes.

Les Russes, qui avaient presque gagné la guerre, ont réorienté leurs priorités en faveur de pourparlers de paix et de cessez‑le‑feu qui ont entraîné la participation directe de Washington au conflit.

C’est un mystère que le gouvernement russe croie que Washington et Moscou ont un intérêt commun en ce qui concerne les résultats souhaités en Syrie. L’intérêt de Washington, c’est de renverser Assad et d’établir en Syrie le chaos qui règne en Libye et en Irak. L’intérêt de la Russie, c’est de stabiliser la Syrie et de l’ériger en rempart contre la prolifération du djihadisme. Il est incroyable de constater que le gouvernement russe est tellement mal informé qu’il croit que Moscou et Washington ont un intérêt commun dans la lutte contre le terrorisme, qui est pourtant l’arme utilisée par Washington pour déstabiliser le Moyen‑Orient.

Comment les Russes peuvent-ils avoir la mémoire si courte ? Washington avait promis à Gorbatchev que s’il donnait son accord à la réunification de l’Allemagne, l’OTAN ne se déplacerait pas d’un mètre vers l’est. Sauf que le régime Clinton a placé l’OTAN aux frontières mêmes de la Russie.

Le régime de George W. Bush a quant à lui violé le traité ABM concernant la limitation des systèmes de missiles antimissiles balistiques en se retirant de ce traité, tandis que le régime Obama installe des bases de lancement de missiles à la frontière de la Russie.

Les néoconservateurs ont rejeté du revers de la main la politique de non‑recours en premier d’armes nucléaires, pour la remplacer par une doctrine guerrière étasunienne préconisant le recours à une première frappe préventive.

Le régime Obama a renversé le gouvernement ukrainien et installé un gouvernement fantoche sur une ancienne partie constituante de la Russie. Le gouvernement fantoche a déclenché une guerre contre les populations russes de l’Ukraine, créant ainsi des mouvements sécessionnistes qualifiés à tort par Washington «d’invasion et d’annexion russes».

Malgré tout, le gouvernement russe considère Washington comme un «partenaire»avec qui il a des intérêts communs.

Paul Craig Roberts

 

Article original en anglais : Russia Has No Partners In The West, Strategic Culture Foundation, 19 septembre 2016.

 

Traduit par Daniel, relu par Catherine pour le Saker francophone.

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