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La violence policière et la crise sociale aux États-Unis (WSWS)

par Joseph Kishore 26 Septembre 2016, 17:43 USA Police Violence Racisme

À Charlotte, en Caroline du Nord, les protestations ont continué à cause du meurtre brutale par la police de Keith Lamont Scott, 43 ans. Les autorités locales et de l’État ont annoncé un couvre-feu plus tôt cette semaine et ont déployé la police anti-émeutes et la garde nationale avec l’usage des gaz lacrymogènes contre les manifestants.

Tandis que les responsables politiques et la police de la ville discutent pour savoir si oui ou non ils devraient diffuser l’enregistrement vidéo fait par la police de la fusillade dans un effort pour désamorcer les tensions sociales, un démenti irréfutable des mensonges officiels est paru vendredi avec la diffusion de la vidéo enregistrée sur le téléphone portable de la femme de Scott. On y entend la voix de Rakevia Scott en train de plaider avec la police de ne pas tirer sur son mari, en criant qu’il n’avait pas d’arme, qu’il avait une lésion cérébrale traumatique, et qu’il venait de prendre ses médicaments. La vidéo montre également Scott après le coup de feu, à plat ventre sur le sol, sans une arme à feu à ses pieds, contrairement aux photos prises par la suite, ce qui suggère un possible coup monté par la police.

Tant le meurtre de Scott que les protestations en réponse à ce meurtre exposent crûment les tensions sociales profondes et les divisions de classe en Amérique. Le fait que ces manifestations éclatent seulement six semaines avant l’élection présidentielle souligne l’aliénation profonde des masses de travailleurs et de jeunes de toute la mascarade électorale pseudo-démocratique. Des centaines de travailleurs et de jeunes ne seraient pas dans les rues s’ils croyaient que les prochaines élections conduiront à une société plus juste.

La situation à Charlotte est un microcosme de l’Amérique dans son ensemble. Le « Queen City » – un centre d’affaires pour la Bank of America, Wachovia Bank, Duke Energy et d’autres sociétés – a été classé parmi les « meilleurs endroits où vivre », et célébré comme un phare du progrès et de la « croissance » du sud des États-Unis. Toutefois, cela ne vaut que pour les riches et la classe moyenne supérieure privilégiée.

Depuis 2000, le nombre de personnes à Charlotte vivant dans la pauvreté a doublé, passant de 159 000 à 314 000 (sur une population totale de la zone métropolitaine de 2,4 millions). Elle figure parmi les villes ayant la plus forte croissance de la pauvreté concentrée. Les zones de recensement considérées comme en grande pauvreté (c-à-d avec plus de 20 pour cent d’habitants pauvres) passant de 19 pour cent en 2000 à 34 pour cent en 2014. Un quart de tous les enfants dans la ville sont pauvres, et une étude de Harvard a constaté que les enfants pauvres dans le comté de Mecklenburg ont une des probabilités les plus faibles de tous les comté de sortir de la pauvreté.

Des conditions similaires existent dans de nombreuses villes des États-Unis. Huit ans après l’effondrement financier de 2008, l’inégalité sociale est à des niveaux records. Le gouvernement Obama a supervisé le transfert de milliards de dollars aux banques, en corrélation avec une inflation de la richesse des super-riches. Des millions de travailleurs et de jeunes font face à un avenir de chômage, au travail à bas salaire, et à la flambée des coûts pour le logement, le loyer et autres nécessités de base.

Au cours des deux années écoulées depuis le meurtre de Michael Brown qui avait mené à des protestations et une répression brutale par les forces de police militarisées de Ferguson, dans le Missouri, plus de 2000 personnes ont perdu la vie à cause de la violence policière. Même les rencontres les plus innocentes avec la police peuvent se terminer par une arrestation violente ou la mort.

En dépit de toutes les protestations, et malgré les appels nerveux de sections de l’establishment politique et des médias pour une certaine retenue afin de prévenir les troubles sociaux, les tueries continuent, jour après jour, semaine après semaine. Il devient difficile de garder une trace de tous les noms ajoutés à la liste des victimes. Cela ne fait que démontrer qu’il y a là quelque chose de profond et d’organique lié à la structure même de la politique et de la société américaine.

Les commentateurs des médias et les responsables du Parti démocrate proclament que le meurtre de Scott est une autre expression de l’immense fossé racial en Amérique, avec les meurtres policiers constituant un sous-ensemble du conflit plus large entre « l’Amérique blanche » et « l’Amérique noire », entre les services de police et les « communautés de couleur ».

Le racisme existe et, bien sûr, joue souvent un rôle dans la violence policière. Cependant, ceux qui cherchent à faire appliquer un récit raciste ignorent les faits de base. Jusqu’à un degré inconnu pendant l’apogée du mouvement des droits civiques il y a un demi-siècle, les services de police et les institutions étatiques sont racialement intégrés. Le policier qui aurait fait feu sur Scott est afro-américain, tout comme le chef de la police de la ville, qui s’est opposé aux appels à la diffusion de la vidéo. Beaucoup de responsables politiques qui dirigent les villes où la violence policière la plus brutale règne (comme Stephanie Rawlings-Blake, la maire de Baltimore, qui a présidé la Convention nationale démocrate et a traité de « voyous » les manifestants contre le meurtre de Freddie Gray) sont afro-américains. Et faudrait-il attirer l’attention sur l’origine raciale de la personne qui fut président des États – Unis au cours des sept dernières années et demie d’escalade de la violence policière ?

Au bout du compte, la violence de la police est une question de classe. Il est instructif d’examiner certaines des récentes tueries dénombrées par le journal The Guardian, l’une des rares sources médiatiques qui ont gardé une trace systématique de la violence policière en Amérique. Chaque cas relate l’histoire d’une rupture sociale sous une forme ou une autre, avec les tragédies ont emprunté des voies similaires quelle que soit l’ethnie de l’individu tué.

Un nombre disproportionné d’Afro-Américains sont victimes d’homicides de la police, mais environ la moitié des victimes de la violence policière sont blancs. Pour ne citer que plusieurs cas qui se sont produits pendant ces dix derniers jours impliquant des membres de cette catégorie démographique censée être « privilégiée », les blancs :

* Joshua Scott, 22 ans, de Port St. Lucie, en Floride, a été tué le 20 septembre quand les policiers cherchaient à l’interner de force pour des soins psychiatriques. Il se serait armé d’un fusil et a été abattu après une confrontation de six heures.

* Jeremy Swenson, 30 ans, de Logan dans l’Utah, a été tué le 19 septembre, il aurait été suicidaire et faisait des « actions menaçantes » contre une autre personne, ce qui a incité la police de l’abattre.

* Jesse Beshaw, 29 ans, de Winooski, dans le Vermont, a été abattu sept fois le 16 septembre par la police qui lui délivrait un mandat d’arrêt. Il n’était pas armé, mais la police prétend qu’il s’est approché d’eux avec un bras dans le dos.

* Joseph Schlosser, 69 ans, de Weeki Wachee, en Floride, a été tué le 15 septembre. Les policiers répondaient à un appel d’urgence d’un travailleur des services de santé qui a dit que Schlosser, un vétéran de l’armée, était suicidaire. Il a été abattu dans sa maison.

* Timothy McMillan, 38 ans, de San Gabriel, en Californie, a été tué le 14 septembre. McMillan était sans-abri et aurait volé une voiture de police. Non-armé, il est mort après avoir été accosté et retenu par la police dans un McDonald.

Et la liste continue sans fin. Chacune de ces histoires, et beaucoup d’autres comme elles, pourrait faire l’objet de romans explorant les conséquences horribles de la dislocation sociale, de l’inégalité et de la guerre.

La violence policière – comme le chômage, la pauvreté et toutes les conséquences du capitalisme – affecte les travailleurs de toutes les ethnies et milieux sociaux. C’est ce fait de base que les colporteurs de la politique identitaire cherchent à cacher. Ceux qui parlent de « privilège blanc », ou prétendent que les États-Unis sont convulsés par la haine raciale, sont impliqués dans une fraude politique consciente, visant à dissimuler la nature de classe de l’État et faisant obstacle à la condition préalable nécessaire à toute lutte contre la violence policière : l’unité de la classe ouvrière.

L’épidémie de meurtres par la police est un symptôme d’une société profondément dysfonctionnelle. Les sermons d’Obama et d’autres représentants du gouvernement au sujet de la « démocratie » américaine ne peuvent pas masquer la réalité d’une classe dirigeante qui fonctionne avec une violence inouïe à l’intérieur comme à l’étranger. Les États-Unis sont au milieu d’une campagne électorale entre un démagogue fasciste et une représentante de droite de l’appareil militaire et du renseignement, qui surenchérissent pour déterminer qui représentera le plus impitoyablement les intérêts de la classe dirigeant. La compétition entre Trump et Clinton, comme avec l’establishment politique dans son ensemble, apparaît séparé par un abîme de la réalité sociale.

Les prédations mondiales de la classe dirigeante américaine ont d’innombrables conséquences, des attentats effectués le week-end dernier à New York, à la pratique de la torture et des assassinats, en passant par le caractère de plus en plus violent du processus politique lui-même.

Dans les vidéos qui ont paru des meurtres par la police, des passages à tabac et d’autres atrocités, on est frappé par l’inhumanité de tout cela, l’indifférence envers la vie humaine. Il ne s’agit pas au fond d’une question d’individus, mais des institutions de l’État, ce « détachement d’hommes armés » agissant pour la défense de la classe dominante, dans lequel la combinaison de la guerre et de l’inégalité sociale s’exprime par comportement meurtrier.

Les événements à Charlotte au cours des derniers jours pointent les bouleversements sociaux qui sont à venir. La même crise capitaliste qui produit la guerre et la contre-révolution sociale produit également la lutte des classes. Une voie pour aller de l’avant, cependant, ne peut être trouvée qu’à travers une lutte consciente pour unifier toutes les sections de la classe ouvrière, de toutes les races, de joindre la lutte contre la violence policière à la lutte contre la guerre, le chômage, la pauvreté, l’inégalité et le système capitaliste qui sous-tend tout cela.

(article paru en anglais le 24 septembre 2016)

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