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Le Front de gauche appuie l’opération française de changement de régime au Gabon (WSWS)

par Stéphane Hugues 8 Septembre 2016, 18:04 Melenchon FDG Gabon Françafrique Jean Ping France néocolonialisme

Jean-Luc Mélenchon du Front de gauche soutient l’opération du changement de régime du gouvernement du Parti socialiste (PS) au Gabon. Il est apparu samedi dans une petite manifestation à Paris des partisans de Jean Ping, le candidat soutenu par la France qui a perdu l’élection présidentielle face au sortant, Ali Bongo.

Mélenchon a défilé avec les manifestants drapés en jaune, la couleur officielle de la campagne Ping, et brandissant des pancartes disant : « À bas Bongo » et « Gabon libre ». Il a dit à l’AFP qu’il a rejoint la manifestation afin de « féliciter le peuple gabonais qui résiste », et qu’il ne juge « pas acceptable que l’on massacre ceux qui veulent seulement des élections libres et démocratiques. »

Quelle fraude cynique ! Pour se libérer, les travailleurs et les masses opprimées du Gabon se trouvent face à une lutte non seulement contre Ali Bongo, mais aussi contre ses soutiens impérialistes – par-dessus tout, la France, l’ancienne puissance coloniale au Gabon, et son candidat trié sur le volet. Ping est un membre de la cleptocratie dirigeant le Gabon depuis que le père d’Ali Bongo, Omar, est arrivé au pouvoir soutenu par une intervention militaire française en 1965.

Ping est l’ex-mari de la sœur d’Ali, Pascaline, qui a supervisé les affaires financières de Omar Bongo. Il avait un siège au premier rang pendant que les compagnies pétrolières et les partis politiques de France aspiraient de milliards d’euros du pays, laissant les masses embourbées dans la pauvreté.

Mélenchon soutient Ping en tant que représentant de l’impérialisme français : le gouvernement du PS et de ses satellites comme le Front de gauche attendent de Ping qu’il maintienne ces relations en coupant la promotion d’Ali Bongo des liens économiques du Gabon vers la Chine. En cela, les organisations dans le Front de gauche ne sont pas des observateurs désintéressés. Le PS, et donc ses alliés du Front de gauche, a bénéficié directement de ces vastes flux de trésorerie politiquement criminels qui sont venus à la lumière lors d’une série de scandales dans les années 1990 et 2000, comme l’affaire Elf Aquitaine.

Ces liens continuent de faire surface. Une note confidentielle par l’ambassade américaine à Yaoundé du 7 juillet 2009, publiée par WikiLeaks et reprise par le quotidien espagnol El Pais, note les paiements aux principaux partis politiques français à l’époque, le PS et l’UMP (aujourd’hui Les républicains, LR). Ces paiements ont été effectués par de hauts fonctionnaires gabonais à la Banque des États d’Afrique centrale (BEAC), qui ont détourné l’argent de la banque sur les ordres d’Ali Bongo.

Ce n’est pas difficile de comprendre le rôle que Mélenchon joue. Pendant que le PS et Ping tentent d’exploiter la répression d’Ali Bongo contre la campagne de Ping pour renverser son régime, Mélenchon apporte la bénédiction des universitaires, des responsables syndicaux et des professions libérales de la classe moyenne du Front de gauche à un coup d’État français qui cherche à installer Ping comme nouvel autocrate du Gabon.

La manifestation à laquelle Mélenchon a participé présentait des demandes en vue d’une autre intervention militaire par la France au Gabon, afin de renverser Ali Bongo. Dans un communiqué de presse, les groupes qui avaient organisé la manifestation, ont lancé un appel : « à la France, qui a une base militaire au Gabon, et à la communauté internationale de conjuguer leurs efforts avec ceux du peuple gabonais afin de mettre fin au plus vite à la folie sanguinaire d’Ali Bongo. »

C’est simplement une tentative par le Front de gauche et de sections pro-impérialistes de la communauté gabonaise en France de donner un visage « de gauche » aux demandes réactionnaires pour que l’intervention française actuelle au Gabon soit transformée en putsch militaire.

Comme le WSWS l’a déjà signalé, le PS français a réagi à l’élection au Gabon en exigeant immédiatement, avant que tout nouveau décompte ait eu lieu, que Bongo accorde le pouvoir à Ping. « Voilà plus d’un demi-siècle que la famille Bongo gouverne le Gabon », il a déclaré. « Une alternance serait signe de bonne santé démocratique et un exemple. »

Cela a été suivi par une série croissante de demandes de changement de régime, venant de la campagne Ping. Le vendredi, Ping s’est autoproclamé Président lors d’une conférence de presse. Étaient présents un certain nombre de partisans de Ping, tout juste sortis de garde à vue après un siège par les forces spéciales et la police du siège électoral de Ping, après que ses partisans aient partiellement brûlé l’Assemblée nationale mercredi soir. L’un d’eux était un ancien vice-président, et deux autres étaient d’anciens ministres d’Omar Bongo – avec Ping, tous faisaient partie de la faction de la clique au pouvoir qui s’est brouillée avec Ali Bongo.

Depuis la proclamation des résultats des élections, ni les gouvernements français ou américains, ni l’Union européenne ni l’Union africaine n’ont émis une déclaration acceptant la réélection d’Ali Bongo. Dans les coulisses, une intense pression est exercée sur le régime depuis Washington et Paris. Dans ses appels à un nouveau compte des voix, Ping souligne toujours qu’il ne fait qu’écho aux demandes de la France, de l’UE, des États-Unis et de l’Union africaine.

Le samedi, au moment où Mélenchon défilait à l’appui de l’opération française de changement de régime, Ping et un certain nombre de ses partisans ont appelé le président François Hollande à intervenir au Gabon. Lundi, Ping a appelé à une grève générale au Gabon, et hier, le ministre de la Justice Séraphin Moundounga, longtemps un pilier du régime d’Ali Bongo, a soudainement annoncé sa démission.

Il ne fait guère de doute que Mélenchon était bien informé de ce qui se passait. C’est un ancien sénateur PS, et proche collaborateur du défunt président PS François Mitterrand au cours des années 1980 et 1990. Depuis 1983 au moins, il a été un membre de la franc-maçonnerie, un réseau réactionnaire qui recrute largement parmi le personnel ensanglanté au pouvoir dans les dictatures d’Afrique francophone.

Lors de son procès en 2003 dans l’affaire Elf Aquitaine, le patron de ce pétrolier français, Loïk Le Floch-Prigent, a détaillé la politique de Mitterrand sur le pétrole africain après son arrivée au pouvoir en 1981, lorsque Mélenchon a travaillé en étroite collaboration avec lui. Des responsables du PS, et d’anciens étudiants radicaux des années 1960, comme Mélenchon et Le Floch-Prigent ont clairement fait comprendre qu’ils cherchaient simplement à s’assurer une part du butin qui avait été traditionnellement pillé au Gabon et dans les autres pays africains par la droite française.

« Ce système existait essentiellement pour le parti gaulliste, le RPR », a déclaré Le Floch-Prigent. « J’ai informé le président François Mitterrand, qui m’a dit que désormais, il faudra rééquilibrer les choses, sans oublier le RPR. »

Ces partis sociaux-démocrates et pseudo-gauches corrompus, qui regardent les travailleurs en Afrique et en Europe avec la même crainte et le même mépris que le personnel du régime Bongo, sont en train de lancer une nouvelle opération de changement de régime en Afrique, sous des semblants « démocratiques » totalement frauduleux.

L’intervention de Ping dans les élections a été préparée en pourparlers avec de hauts responsables français qu’il a rencontré à Paris en octobre dernier. Ping a parlé avec le premier secrétaire du PS Jean-Christophe Cambadélis, le sénateur Jean-Pierre Cantegrit, la conseillère pour l’Afrique du président Hollande Hélène Le Gal, le diplomate Jean-Christophe Belliard, et Ibrahima Diawadoh, la conseillère africaine du Premier ministre Manuel Valls.

Une fois que Ping avait l’approbation de Paris, il s’est mis à assurer le soutien de la coalition de l’opposition gabonaise Front uni. L’opposition avait fixé au 27 janvier 2016 la date de la réunion pour décider de comment désigner son candidat pour les élections présidentielles. Ping avait organisé en hâte une réunion le 15 janvier où il s’était fait élire candidat, déclarant peu de temps après qu’il « va être le prochain président de la République gabonaise. »

(Article paru d’abord en anglais le 7 septembre 2016)

À lire également :

De la pseudo-gauche à la nouvelle droite : le parcours de Jean-Luc Mélenchon

[20 octobre 2014]

Le President gabonais Omar Bongo (1935-2009) : un outil de l’impérialisme français en Afrique

[8 septembre 2009]

France : Affaire Elf, les condamnations révèlent la corruption aux plus hauts niveaux de l’Etat

[25 novembre 2003]

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