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Le Premier ministre grec Tsipras défend le nationalisme et l’austérité à la conférence de l’Europe du Sud (WSWS)

par Alex Lantier 13 Septembre 2016, 06:57 Tsipras Austerite Grece UE Nationalisme

Le « Sommet de l’Europe du Sud » organisé aujourd’hui 9 septembre par le Premier ministre grec, Alexis Tsipras, à Athènes, et qu’avait été présenté hier dans une interview de Tsipras en première page dans Le Monde, est une fraude cynique. Les responsables grecs, chypriotes, maltais, portugais, espagnols, français et italiens qui y participant – y compris le Président français François Hollande et le Premier ministre italien Matteo Renzi – parlent au nom de tous les gouvernements discrédités par leurs mesures d’austérité réactionnaires.

Tsipras tente de rallier du soutien pour tous ces régimes, y compris le sien, et de leur donner un nouveau visage avec des critiques démagogiques et soigneusement calculés envers Berlin. L’an dernier, le gouvernement de Syriza (Coalition de la gauche radicale), le propre parti de Tsipras, a foulé au pied de façon répétée les votes populaires en Grèce contre l’austérité et a bâti à un accord avec Paris et Berlin pour imposer un nouveau plan d’austérité. Maintenant, en même temps qu’il impose ces attaques, il tente de détourner la colère sociale qui monte vers des lignes nationalistes, en attaquant l’Allemagne, tout en demandant simultanément à Berlin des concessions financières.

« La reprise est lente, en particulier parce que nous ne recevons pas la générosité nécessaire de nos partenaires sur l’allégement de la dette. S’ils refusent d’avancer sur cette question, il sera difficile pour mon pays de connaître la croissance », se plaint Tsipras. Tsipras a identifié Berlin comme l’obstacle principal à son agenda. Au-delà de l’allégement de la dette, il a fait un appel à desserrer les limites de l’UE sur les déficits budgétaires, une politique fortement contestée par Berlin, et des politiques définies en termes vagues de « pro-croissance ».

« Nous devons collectivement décider si nous sommes une Union européenne ou une Europe allemande. Il vaut mieux une Allemagne européenne, forte et démocratique, qu’une Europe allemande et une Allemagne qui se comporte comme une banque d’épargne avec des excédents budgétaires excessifs », a-t-il dit au Monde.

Le calendrier du sommet de Tsipras éclaircit les calculs qui sous-tendent ses critiques de Berlin. Cette semaine, les retraités grecs ont subi le poids des coupes de Syriza jusqu’à 50 pour cent à des régimes de retraite complémentaires. Des travailleurs du secteur public à la retraite, les caissiers de banque et les travailleurs maritimes et de transport ont été touchés, ainsi que les retraités des couches supérieures de la classe moyenne d’où provient la propre base sociale de Syriza. En même temps que Syriza annonçait plus de privatisations des autorités du gaz naturel, de l’électricité et des autoroutes, les retraités manifestaient devant le ministère du Travail.

La « cote » de Tsipras a plongé en dessous de 10 pour cent dans un sondage de l’université de Macédoine, les chiffres les plus bas enregistrés par un gouvernement grec depuis des décennies. En conséquence, le site Greek Reporter a noté : « [E]n vu de sa popularité glissante, Tsipras met l’accent sur l’amélioration de son image au niveau national. »

Tsipras a refusé une invitation à Berlin pour des entretiens, dans la période précédant le sommet de l’UE à Bratislava la semaine prochaine, et au lieu de cela a organisé un contre-sommet, y invitant les deuxième et troisième plus grandes économies de la zone euro, la France et l’Italie.

Les attaques de Tsipras contre Berlin sont de la démagogie vide. Elles incitent à la colère contre l’Allemagne, mais ne signifient en rien l’abandon de la politique d’austérité aussi exigée par la classe dominante en Grèce, en France et en Italie – c’est-à-dire, pas d’augmentation des salaires ou de programmes de l’État pour créer les dizaines de millions d’emplois nécessaires pour en finir avec le chômage de masse en Europe. Malgré ses attaques bruyantes contre Berlin, Tsipras a pris soin de faire comprendre au Monde qu’il soutient toujours l’austérité de l’UE.

« Nous sommes toujours obligés d’appliquer une politique stricte d’ajustement budgétaire, mais les choses vont mieux », a-t-il benoîtement déclaré en réponse à une question sur l’économie en ruine et stagnante de la Grèce.

Tsipras a défendu le bilan réactionnaire de son gouvernement, qui se compose de trahisons répétées de ses promesses électorales au peuple grec de mettre fin à l’austérité. « Quand notre pays a été mis au pied du mur, nous avons dû faire un compromis douloureux, que nous avons soumis à notre peuple […] qui a de nouveau voté pour nous », a-t-il dit au Monde. « Malgré tout, nous profitons de toute la marge de manœuvre qui nous reste pour introduire des mesures à caractère social. »

Le bilan de Syriza n’est pas celui d’une politique sociale éclairée, mais de la trahison et de la tromperie. Avant son élection, il espérait manipuler les antagonismes entre les grandes puissances pour obtenir des concessions limitées de l’UE, en s’appuyant principalement sur la France et l’Italie afin de mettre la pression pour une politique « pro-croissance » sur l’Allemagne. Cette stratégie s’est effondrée, en fin de compte. À défaut d’obtenir des concessions, Syriza s’est retourné rapidement contre la classe ouvrière, dans l’intérêt du capital financier et de la propre base sociale privilégiée de Syriza lui-même issue des classes moyennes afin de bloquer une lutte internationale des travailleurs européens contre l’austérité de l’UE.

Tsipras a été élu en janvier 2015, sur la base de promesses de faire tomber le Mémorandum d’austérité de l’UE – des promesses qu’il a rapidement abandonnées en acceptant quelques semaines plus tard de garder ce mémorandum. Puis, en juillet 2015, lorsque l’UE a menacé de couper le plan de sauvetage de la Grèce, Tsipras a organisé un référendum sur l’austérité de l’UE, dans l’espoir de perdre et de remettre le pouvoir à un gouvernement de droite. Quand il a obtenu un vote massif de 61 pour cent pour le « non » contre l’austérité de l’UE, il le foula promptement au pied, acceptant des milliards de nouvelles coupes sociales dans les pourparlers avec Berlin et Paris.

À aucun moment, Syriza n’a fait appel au soutien de la classe ouvrière européenne contre l’austérité de l’UE, alors même que la colère sociale était en train de monter en Allemagne, en France, en Italie et dans toute l’UE. Il a défendu l’Union européenne et l’euro. Cela reflète les intérêts de la classe dirigeante grecque et des couches de la classe moyenne aisée, qui craignait l’effondrement de leur richesse si leurs actifs avaient été transférés depuis l’euro vers une monnaie nationale grecque dévaluée, et ont voté massivement pour le « oui » dans le référendum de juillet 2015.

Malgré la montée des tensions entre les pays de l’UE, la stratégie fondamentale des classes possédantes en Grèce était de poursuivre une alliance avec la bourgeoisie de l’UE contre les travailleurs. Des affrontements fréquents entre Berlin et Athènes, alors qu’ils réglaient divers conflits financiers à l’avantage de Berlin, étaient subordonnés à l’objectif commun de sauver l’UE, l’euro et le cadre politique d’austérité de l’UE.

Ils ont servi un autre objectif clé, à savoir, de promouvoir le mensonge selon lequel Syriza se battrait pour le peuple grec contre l’UE. En fait, Tsipras n’a offert aucune résistance significative. Son rôle ressemblait à celui d’un agent nazi dans la résistance en Grèce occupée pendant la Seconde Guerre mondiale : demandant périodiquement à ses maîtres allemands de le frapper, de sorte que d’autres combattants de la résistance croient qu’il était avec eux, malgré toutes les preuves du contraire.

Ces politiques ont produit une catastrophe, cependant, comme Tsipras lui-même l’a pratiquement admis au Monde. Avec la sortie de la Grande-Bretagne de l’UE, une vaste crise bancaire secouant l’Italie et des millions de réfugiés fuyant les guerres impérialistes au Moyen-Orient et en Afrique vers l’Europe, l’UE se désintègre.

« L’Europe est menacée de décomposition, avec d’autres référendums de rejet de l’UE et des gouvernements anti-européens au sein de l’Union », a déclaré Tsipras, ajoutant : « Je pense que continuer, après le Brexit, à faire comme si de rien n’était serait une erreur tragique. L’Europe vit une crise profonde, elle est comme un somnambule qui marche vers la falaise. Il est temps de tirer la sonnette d’alarme. »

Tsipras a également approuvé la transaction réactionnaire de l’UE avec la Turquie pour bloquer le flux de réfugiés en provenance de la Syrie et de l’Irak vers l’Europe, en promettant « tous les efforts possibles pour le préserver malgré les difficultés. »

Tsipras, qui n’offre aucune perspective, sauf de tenter de préserver l’UE en tant que la Forteresse Europe, est politiquement en faillite. Son programme consiste à faire appel à Hollande et à Renzi pour un appui contre Berlin au sein de l’UE. Alors que cela ne produit que l’austérité et des guerres pour les travailleurs, il joue un rôle important en attisant les divisions de plus en plus toxiques à l’intérieur de l’Europe, à laquelle il prétend s’opposer.

(Article paru d’abord en anglais le 9 septembre 2016)

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