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Mali : Washington durcit le ton (Mondafrique)

par Mohamed Ag Ahmedou et Thalia Bayle 29 Septembre 2016, 19:18 Mali USA Américafrique Impérialisme

Mali : Washington durcit le ton (Mondafrique)
Mali : Washington durcit le ton
Par  Mohamed Ag Ahmedou et Thalia Bayle
Mondafrique

Au beau milieu de l’imbroglio malien, le message a le mérite de la clarté. En dénonçant la collusion entre les autorités de Bamako et la milice touarègue du “Gatia” qui combat les mouvements rebelles de la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA) dans le nord du pays, l’ambassadeur américain au Mali Paul Flombsee a dit tout haut ce que tout le monde murmure depuis longtemps. «Le gouvernement malien doit mettre fin à tous liens à la fois publics et privés avec le Gatia (…) qui ne contribue pas à ramener la paix dans le nord du Mali» a-t-il déclaré.

Des liens dont le secret, largement éventé mais jamais assumé, font l’objet d’une brûlante polémique depuis quelques jours. A travers des messages postés sur un compte Facebook attribué au Gatia et dans des conversations WhatsApp, le général de l’armée malienne El Hadj Ag Gamou, issu de la tribu touarègue Imghad, avoue explicitement être à la tête du Gatia. « Je suis du Gatia. Je ne l’ai jamais caché. (…) Tant que je suis vivant, les conspirateurs n’arriveront pas à leurs fins. Et après ma mort, j’ai préparé des hommes pour défendre l’intégrité territoriale du Mali ».

L’aveu du général Gamou

Pourquoi lever ce secret de polichinelle maintenant ? “Depuis que les autorités maliennes ont signé les accords de réconciliation avec la CMA en juin 2015, Ag Gamou se sentait un peu mis de côté” avance une source malienne. Avec cet aveu, le voilà grand chef de guerre au vu et au su de tous.

En dévoilant son rôle de leader du Gatia, Gamou s’attribue notamment les récents succès militaires de la milice dans la zone Kidal. Depuis mi-septembre, le Gatia en effet a gagné du terrain sur ses adversaires en s’emparant de plusieurs villages défendus jusque-là par la CMA à l’issue d’affrontements sanglants. Affaiblis, les groupes rebelles sont par ailleurs minés par de profondes divisions internes sur fond de lutte pour le contrôle des trafics dans la région. L’occasion pour le général touareg de s’imposer comme une figure incontournable de la reconquête du nord Mali.

Sous-traitance des combats

En pointant les relations entre Bamako et le Gatia, l’ambassadeur américain dénonce implicitement le système de sous-traitance militaire mis en place par les autorités maliennes. Une stratégie utilisée contre les rébellions touaregues des années 1990 et qui nuit aujourd’hui profondément aux accords de paix. A terme, de telles alliances pourraient se retourner contre l’Etat malien lui-même. “Après avoir soutenu Bamako dans sa reconquête du nord, les éléments du Gatia pourraient demander à ce que l’on satisfasse leurs intérêts en retour. Ce ne serait pas la première fois au Mali” relève un universitaire.

De leur côté les responsables du Gatia ont émis un communiqué dans lequel ils démentent formellement être une émanation de l’Etat malien. “Le Gatia n’a pas été cree par l’Etat du Mali pour suppléer l’armée malienne dans un rôle de milice a sa solde. Il a été cree plutôt pour protéger les populations de la communauté Imghad et de ses alliés abandonnes sur un terrain où opèrent des groupes armés qui les tuent et humilient au quotidien en toute impunité”.

Les sorties de l’ambassadeur américain

Militairement absents du terrain contrairement à la France, les Etats-Unis n’hésitent pas à prendre des positions plus audacieuses sur la situation du pays. Fin avril 2016, à l’occasion de la huitième session ordinaire du Comité de Suivi de l’Accord pour la Paix et la Réconciliation Nationale au Mali (CSA), l’ambassadeur américain avait vivement critiqué les nombreux retards dans l’application de l’accord. “On est déjà 10 mois après la signature de l’accord et pendant ces dix mois rien n’a été fait. Il faut que cette situation change !” avait-il lancé.

Les forces armées françaises et internationales ne sont pas épargnées. A la même période, alors que des manifestants avaient pris d’assaut la piste de l’aéroport de Kidal au nord du pays pour dénoncer des arrestations « arbitraires » de civils et de combattants par la force Barkhane, Flombsee avait tenté de calmer le jeu tout en adressant, dans un langage diplomatique bien senti, un rappel à l’ordre à l’armée française.

« (…) La compréhension et la collaboration entre les forces internationales et les communautés restent à améliorer. Ces forces sont là parce que tout le monde, du Burkina au Bangladesh a intérêt à la stabilité de ce pays. La MINUSMA est là pour aider à la reconstruction sociale et politique du pays, et la force Barkhane ne peut pas poursuivre sa lutte contre le terrorisme sans la coopération des communautés » avait-t-il déclaré dans un discours aux populations et aux mouvements rebelles.

Du côté des autorités françaises, on fait profil bas. Et pour cause. Autrefois accusée par Bamako de prendre fait et cause pour les ex-rebelles, l’armée française a récemment durci le ton vis-à-vis des groupes armés du nord et renforcé la collaboration avec l’armée malienne. Selon une source sécuritaire, les militaires français se méfient de plus en plus de certains membres du HCUA – un mouvement composé d’anciens cadres du groupe terroriste Ansar Eddine dirigé par Iyad Ag Ghali – qu’ils accusent de complicités avec les terroristes. Résultat, depuis début septembre, les démonstrations d’hostilité envers les soldats de Barkhane se multiplient dans les localités du nord.

S’ils en viennent à être perçus comme complices de l’offensive violente menée par le général Gamou dans la zone de Kidal, la méfiance pourrait gravement s’accentuer.

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