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Obama intensifie les antagonismes avec la Chine au Sommet de l’Asie (WSWS)

par Joseph Santolan 10 Septembre 2016, 04:31 Obama Chine USA Impérialisme

Le président américain, Barack Obama, est intervenu lors de la dernière journée du sommet de trois jours de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) au Laos pour enflammer les antagonismes régionaux et aggraver le risque de guerre. De façon provocatrice, Obama a insisté pour que le sommet reconnaisse la décision en juillet de la Cour permanente d’arbitrage (CPA), qui a déclaré illégale la revendication territoriale de Pékin en mer de Chine méridionale, un sujet que des pays membres de l’ASEAN avaient soigneusement évité.

Le dernier jour du sommet a été élargi au Sommet de l’Asie orientale (SAO), qui a incorporé huit autres pays dans les discussions, y compris les États-Unis, la Chine, la Russie, le Japon et l’Australie.

Obama a ciblé la Chine, disant que Pékin ne pouvait pas ignorer la décision de la CPA. Il a déclaré : « La décision historique de l’arbitrage en juillet, qui est contraignante, a permis de clarifier les droits maritimes dans la région ».

Le président américain a continué : « Je reconnais que cela soulève des tensions, mais j’attends aussi avec impatience de discuter de la façon dont, ensemble, nous pouvons aller de l’avant de façon constructive pour réduire les tensions et promouvoir la diplomatie et la stabilité ».

L’insistance d’Obama sur le caractère contraignant de la décision représentait un rejet du droit de la Chine en vertu de la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer (UNCLOS) de se retirer d’un arbitrage juridiquement contraignant. Avec la Chine, d’autres pays ont également choisi de ne pas s’y plier, dont le Royaume-Uni, l’Australie, l’Italie, la France, le Canada et l’Espagne. Washington, qui utilise le CPA pour serrer un nœud coulant militaire autour de la Chine, n’est même pas un signataire de l’UNCLOS.

D’habitude, Washington aurait compté sur un membre mandaté de l’ASEAN pour articuler ses intérêts géopolitiques au sommet. Obama aurait alors exprimé un fort « soutien américain » pour la position de cet allié.

Du point de vue de Washington, le pays qui aurait dû soulever la décision de la CPA était les Philippines. Sous l’ancien président, Benigno Aquino, Manille a déposé une plainte contre la Chine qui a été élaborée et soutenue par des avocats basés à Washington.

Le nouveau président philippin, Rodrigo Duterte, cependant, a adopté une approche plus conciliante envers la Chine. Jusqu’à récemment, il a évité de mentionner la décision de la CPA dans un effort pour obtenir de meilleures relations diplomatiques et des relations commerciales étendues avec Pékin.

Washington a commencé à évoquer de nouveau le spectre des accusations sur les droits de l’Homme contre la croisade antidrogue meurtrière de Duterte comme un moyen de pression sur Manille en conformité avec son ordre du jour, le « pivot vers l’Asie ». Duterte a répondu avec une tirade en colère lors d’une conférence de presse avant le sommet de l’ASEAN, utilisant des dénonciations nationalistes de crimes américains comme un moyen de justifier ses propres politiques criminelles. La Maison-Blanche a annoncé qu’elle avait annulé la réunion prévue d’Obama avec Duterte lors du sommet.

Mercredi, Duterte a exprimé ses « regrets » d’avoir offensé Obama. Manille a annoncé le même jour qu’il avait la preuve que la Chine a été engagée dans la construction d’îles sur le banc contesté de Scarborough, en violation de la décision de la CPA. Il a donné des photos à la presse qui, selon lui, montrent cette activité de construction.

Washington a réagi en annonçant qu’il donnerait deux avions de surveillance à la Garde côtière des Philippines, de sorte que le pays puisse mieux évaluer l’état de ses revendications territoriales et se protéger contre les intrusions dans le territoire philippin revendiqué. Le Japon a annoncé le même jour qu’il fournirait au Vietnam de nouveaux bateaux de patrouille pour défendre les revendications territoriales de ce pays dans les eaux contestées.

Duterte et Obama se sont rencontrés brièvement et amicalement mercredi soir. L’entourage de Duterte a fourni au Wall Street Journal une copie du discours qu’il avait prévu de livrer au cours du Sommet de l’Asie orientale. Le projet de discours a soulevé la question des violations chinoises de la décision de la CPA et aurait fait de la querelle en mer de Chine méridionale la question centrale du SAO.

Duterte, une personnalité politique volatile piquée par les critiques en sourdine de Washington sur les droits de l’Homme, a livré au lieu de cette allocution ce que son Secrétaire des Affaires étrangères, Perfecto Yasay, a appelé, un « discours impromptu ». Lors de la séance à huis clos, Duterte a montré aux délégués, y compris Obama, les photos de carnages de la guerre entre les États-Unis et les Philippines (1899-1902) et a déclaré : « C’est mon ancêtre, ils l’ont tué. Pourquoi maintenant [les Américains] parlent-ils de droits de l’Homme ? »

Dans l’Impossibilité de faire appel aux Philippines ou à un mandataire fiable parmi les autres membres de l’ASEAN, Obama a été obligé d’intervenir directement dans le sommet afin d’affirmer la position américaine.

Le Japon a suivi le jeu d’Obama. Le Premier ministre Shinzo Abe a déclaré que la décision de la CPA est « juridiquement contraignante ». Il a ajouté : « Je suis très préoccupé par les tentatives répétées pour modifier unilatéralement le statu quo dans les mers de Chine orientale et méridionale ».

La référence à une modification unilatérale du statu quo était une attaque directe contre la Chine et ses activités alléguées de reconstruction d’îles en la mer de Chine méridionale.

La Chine a répondu en dénonçant la provocation des États-Unis. Le vice-ministre chinois des Affaires étrangères, Liu Zhenmin, a déclaré à la presse que « quelques pays extra-régionaux » – il voulait dire les États-Unis et le Japon – « veulent toujours saisir l’occasion du Sommet de l’Asie orientale pour parler de la mer de Chine méridionale, en particulier pour presser les pays de la région à respecter l’arbitrage, ce qui est prématuré et inapproprié ».

Au cours du récent sommet du G20 à Hangzhou, le président russe Vladimir Poutine a élargi la portée géopolitique du conflit. Il a déclaré aux médias : « L’intervention de puissances tierces non régionales, à mon avis, est dangereuse et contre-productive ».

Poutine a poursuivi : « Nous sommes solidaires et nous soutenons la position de la Chine sur cette question – de ne pas reconnaître la décision de cette cour […] Ce n’est pas une position politique, mais purement juridique. C’est un fait que toute procédure d’arbitrage doit être initiée par les parties en conflit, alors que le tribunal d’arbitrage doit entendre les arguments et les positions des parties au différend. Comme vous le savez, la Chine ne s’est pas adressée à la cour d’arbitrage de La Haye et personne n’a écouté sa position là-bas. Comment pouvez-vous reconnaître ces décisions comme étant justes ? »

Le communiqué officiel du Sommet de l’Asie orientale n’a pas encore été publié, mais selon Reuters, un projet de déclaration « a tourné autour des tensions régionales causées par des revendications concurrentes dans les zones de la mer stratégiquement importantes sur la pointe des pieds. » Le retard dans la publication du communiqué était sans doute le résultat des thèses opposées sur ce que devait être sa nature.

Manille a assumé le rôle de président de l’ASEAN pour l’année à venir. Le Secrétaire des Affaires étrangères, Yasay, se rendra aux États-Unis la semaine prochaine, dans le but évident de tenter de colmater les relations avec Washington. Il parlera le 15 septembre à l’influent groupe de réflexion, Center for Strategic and International Studies.

La réalité funeste face à l’élite dirigeante de tous les pays d’Asie est que l’impérialisme américain a transformé la mer de Chine méridionale en un baril de poudre. La marine américaine a annoncé jeudi qu’elle envisageait de mener une patrouille conjointe avec la Marine philippine au banc de Scarborough – un récif revendiqué par la Chine. Cela soulève la possibilité d’un affrontement armé entre les États-Unis et des navires chinois dans ces eaux contestées. La Russie et la Chine prévoient de mener des exercices militaires conjoints en mer de Chine méridionale ce mois-ci.

L’intervention directe d’Obama au Sommet Asie orientale reflète le désespoir de Washington. En même temps que la faiblesse économique et diplomatique des États-Unis devient de plus en plus prononcée, Washington répond par la militarisation directe de chaque conflit dans le monde, soulevant à chaque fois le risque d’une guerre mondiale.

(Article paru d’abord en anglais le 9 septembre 2016)

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