Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Saima Ashraf, la femme voilée du "New York Times", répond à Manuel Valls (Nouvel Obs.com)

par Philippe Kyle 14 Septembre 2016, 11:32 Saima Ashraf Voile France NYT Islamophobie Chevenement Valls Sarkozy Islam de France

Saima Ashraf, Franco-Britannique de 39 ans, fait partie des femmes musulmanes ayant témoigné dans un article du "New York Times" qui a fait grand bruit. Elle revient sur sa vision de la France, sa vie à Londres... Interview.

Saima Ashraf, 39 ans, maire adjointe de l'arrondissement de Barking & Dagenham à Londres. (Philip Kyle - L'Obs)

Saima Ashraf, 39 ans, est française et maire adjointe du borough (arrondissement) de Barking & Dagenham à Londres. Elle fait partie des femmes musulmanes qui ont témoigné dans l’article du "New York Times", "Regards changés et langues déliées", paru le 2 septembre dans la foulée du débat français sur le burkini. Trois jours plus tard, Manuel Valls réagissait dans une tribune au vitriol publiée sur le site du Huffington Post, intitulée "En France, les femmes sont libres". Des "commentaires très provocateurs", selon Saima Ashraf. Interview d'une Française expatriée "pas très optimiste" pour la France.

Saima Ashraf, vous êtes aujourd'hui maire adjointe d'un "arrondissement" de Londres. Pouviez-vous imaginer, il y a vingt ans, que vous occuperiez un jour une telle fonction ?

Pas du tout. J’ai grandi en France, j’y ai fait toute ma scolarité jusqu’à l’âge de 18 ans puis je suis partie vivre à l’étranger pendant six ans. Quand je suis revenue à la fin des années 1990, je me suis rendue compte qu’il était impossible pour moi de trouver un travail tout en portant le foulard. Par un concours de circonstances, j’ai déménagé en Angleterre. Ici, je n’étais évidemment pas la seule à porter le foulard. J’étais perçue comme tout le monde. Cela n’avait rien de choquant, cela ne posait de problème à personne.

Comment êtes-vous arrivée en politique ?

J’ai eu des problèmes personnels qui m’ont conduit à rencontrer la députée de ma circonscription, qui m’a prise sous son aile. Considérant que j’étais une personne très engagée et ouverte d’esprit, elle m’a demandé de me présenter aux élections municipales. J’ai accepté, notamment car l’extrême droite dirigeait à l’époque la municipalité. Je me suis engagée au parti travailliste et j’ai pris part aux activités du parti localement. J’ai été élue conseillère municipale en 2010. Toute ma famille est venue de France pour l’occasion et m’a aidé pendant la campagne. J’ai été réélue en 2014 et le maire m’a demandé d’être son adjoint au logement. Aujourd’hui je m’occupe des questions liées aux communautés et à l’engagement social.

Vous avez récemment été citée dans un article du "New York Times" qui a fait couler beaucoup d’encre. Vous dites que vous n’auriez jamais pu réussir ce que vous avez réussi au Royaume-Uni si vous étiez restée en France. Qu’est-ce qui vous amène à penser cela ?

Je poserais cette question à tous les Français : regardez autour de vous, allez au supermarché, à l’école, à la mairie, à l’université, est-ce que vous voyez une femme voilée qui travaille ? Est-ce que vous voyez des femmes voilées qui sont institutrice, médecin ou même caissière ? Ma fille fait des études pour être ambulancière et elle porte le foulard. Est-ce que cela dérange quelqu’un ? Non. Et elle va sauver des vies ! Ma nièce, qui vit en France, est institutrice, mais avant d’arriver au travail, elle doit enlever le foulard. Pourquoi le fait de porter un foulard devrait être un problème, une barrière pour réussir ?

Avez-vous, vous-même, décidé de porter le foulard ?

Oui c’était mon choix. De même pour mes filles : je ne leur ai jamais rien demandé. Mais sans doute m’ont-elles toujours vu le porter et surtout, elles évoluent dans un entourage qui leur permet de se sentir libre de le faire.

Certains y voient le symbole d’une domination masculine. Que leur répondez-vous?

Je réponds que si je porte le foulard, c’est parce que dans le Coran, il nous est demandé d’être modeste. Mais c’est assez rare qu’on me demande ici pourquoi je porte le voile...

 

 

 

 

Lire la suite

Haut de page