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Forte augmentation des décès de réfugiés dans la Méditerranée (WSWS)

par Martin Kreickenbaum 31 Octobre 2016, 16:35 Migrants Réfugiés Décès Méditerranée

Forte augmentation des décès de réfugiés dans la Méditerranée (WSWS)

L’année 2016 est la plus mortelle pour les réfugiés en détresse qui traversent la Méditerranée vers l’Europe pour échapper aux guerres au Moyen-Orient et en Afrique.

«Nous pouvons confirmer qu’au moins 3800 personnes sont décédées, ce qui fait de 2016 l’année avec le plus haut taux de mortalité», a déclaré William Spindler, un porte-parole du Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) mercredi. Le nombre record précédent de victimes, 3771, a été enregistré en 2015. Les décès augmentent considérablement malgré un déclin important dans le nombre de réfugiés qui fuient par la mer Méditerranée, de 1,01 million l’année dernière à 327.800 d’après les dernières données.

«Pour une mort par 269 arrivées l’année dernière, en 2016 la probabilité de mourir a augmenté à 1 pour 88», a déclaré Spindler lors d’une conférence de presse à Genève mardi dernier.

«Sur le trajet central méditerranéen entre la Libye et l’Italie, les chances de mourir sont encore plus élevées, soit une mort pour 47 arrivées», a dit Spindler. «C’est le pire que nous ayons vu jusqu’à présent», a-t-il ajouté.

L’Union européenne (UE) est la principale responsable politique de ces morts. Après son appui virulent pour la guerre au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, notamment lors de la guerre de l’OTAN en Libye en 2011, elle a ensuite fermé ses frontières face à des centaines de milliers de personnes fuyant les conséquences catastrophiques de ces guerres.

L’UE a détruit des navires en état partiel de naviguer sous prétexte cynique que ceci avancerait la «lutte contre les trafiquants» et a engagé des mercenaires pour repousser les réfugiés, les mettant encore plus en danger et les forçant à trouver des trajets de moins en moins sûrs dans des embarcations inadéquates.

«Les trafiquants d’êtres humains utilisent aujourd’hui des navires de moindre qualité, de piètres pneumatiques qui souvent ne réussissent pas à faire le voyage. Plusieurs incidents semblent être associés à des tempêtes», a dit Spindler. Il a souligné que les réfugiés étaient forcés d'utiliser «des embarcations de milliers de personnes», ajoutant, «Ceci est probablement lié à des modifications aux pratiques des trafiquants ou viserait à réduire le risque de détection, ce qui rend le travail des sauveteurs plus difficile.»

Les flottes et forces armées des pays de l’OTAN interviennent, mais dans le but de détruire des bateaux de réfugiés ainsi que pour perpétrer et dissimuler des attaques contre les navires de réfugiés sans défense.

Un incident documenté à l’aide de photos et journal de bord par l’organisation d’assistance «Sea-Watch» mardi est représentatif. La nuit du 21 octobre, la garde côtière libyenne a attaqué un bateau de réfugiés, a frappé les occupants avec des matraques et a détruit leur canot pneumatique. Dans la panique, 30 personnes se sont noyées.

L’incident a eu lieu à environ 26 kilomètres de la côte libyenne sous les yeux de l’équipage du navire de sauvetage «Sea-Watch 2», qui avait été appelé par le centre de sauvetage italien pour venir en aide à un canot pneumatique en piètre état. La garde libyenne a forcé un bateau qui accompagnait «Sea-Wach 2» et distribuait des vestes de sauvetage aux réfugiés à s'écarter; elle a ensuite attaqué le canot. Après l’incident, «Sea-Watch 2» a sauvé 124 réfugiés et récupéré quatre corps. Il n’y avait plus de trace de 25 autres réfugiés.

L’Union européenne et la garde côtière libyenne – une force mise sur pied par l'OTAN sous son commandement militaire, qui continue à lancer des frappes aériennes en Libye contre les membres de l’État islamique (EI) – ont toutes deux minimisé l’incident.

Un porte-parole libyen a dit qu’une patrouille était embarquée sur le navire de sauvetage pour vérifier s’il était dans des eaux territoriales libyennes.

Les flottes italiennes et allemandes, qui sont sur place à cause de l’opération de l'UE Sophia, ont prétendu n’avoir eu aucune connaissance de l’incident.

Ce n’est pas la première fois qu’une garde côtière libyenne use de force brutale contre des réfugiés et des navires de sauvetage.

En août, le bateau «Bourbon Argos» de Médecins sans Frontières a été mitraillé par un navire de patrouille libyen. La flotte libyenne a déclaré alors qu’il s’agissait seulement de «tirs d’avertissement», sous la présomption que le «Bourbon Argos» était impliqué dans le trafic de réfugiés.

La garde côtière libyenne a également intercepté à plusieurs reprises des bateaux de réfugiés en dehors de ses eaux territoriales et les a forcés à amarrer en Libye, même s’il s’agit d’une pratique illégale selon la loi maritime internationale.

L’UE et l’OTAN prévoient néanmoins développer la garde côtière libyenne pour l’utiliser en tant que force mercenaire contre les réfugiés. Autour de 1,000 membres de la garde côtière doivent être entraînés et équipés en Libye dans le cadre de l’opération Sophia.

«Le but était de commencer l’entraînement cette semaine, et ça commencera cette semaine», a dit Antonello De Renzis Sonnino, le porte-parole de l'opération Sophia, à Reuters. D’après le gouvernement allemand, l’entraînement commencera sur deux navires, l’un italien, et l’autre hollandais. La formation et les armes seront fournies par l’Italie, l’Allemagne, la Grèce, la Belgique et la Grande-Bretagne.

D’après les forces armées allemandes, l’entraînement de la garde côtière libyenne concerne peu le sauvetage en mer, et sera concentré sur des questions de navigation et militaires. Un porte-parole de Sea Watch Ruben Neugebauer a dit à la radio publique allemande Deutschlandfunk: «Les responsables disent toujours qu’il s’agit de maintenir le contrôle de cette région de la mer afin de réduire le nombre de réfugiés. S’il s’agissait réellement d’une question d’entraîner une force de recherche et de sauvetage, alors on pourrait également entraîner des sauveteurs civils. Il serait inutile d’entraîner des forces militaires.»

Une énorme flotte de bateaux de guerre navigue depuis des mois le long du trajet méditerranéen entre la Libye et l’Italie. Au lieu d’augmenter la sécurité pour le passage maritime des réfugiés, la flotte n'a fait qu'augmenter les risques de noyades.

Depuis le mois de mai de cette année, l’opération Sophia de l’UE vise principalement des trafiquants qui fournissent des bateaux aux réfugiés. De plus, des avions et des navires de l’OTAN patrouillent dans la Méditerranée dans le cadre de l’opération Sea Guardian.

Les navires de patrouille d’opération Sophia ont détruit un grand nombre de bateaux de pêche, dont au moins une partie pouvait naviguer en haute mer. Conséquemment, les réfugiés tentent à présent la traversée sur des canots pneumatiques tout à fait inadéquats pour la navigation en mer. Ceux-ci sont beaucoup plus difficiles à détecter et ont souvent seulement assez de carburant pour se rendre dans les eaux internationales, sans atteindre la côte européenne. Les réfugiés doivent ensuite compter sur le sauvetage en haute mer.

(Article paru d'abord en anglais le 27 octobre 2016)

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