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Gabon: la Françafrique face à ses contradictions et ses déboires (Eburnienews.net)

par Eburnienews.net 12 Octobre 2016, 22:28 Gabon France Françafrique Ali Bongo Jean Ping néocolonialisme Articles de Sam La Touch

Ali BONGO, porte drapeau de la Françafrique hier, dont l’accession au pouvoir en 2009 était certifiée par la signature de la Françafrique et validée par un certain Nicolas Sarkozy, oui encore lui, devient en 2016 l’adversaire de ses parrains. Qu’est ce qui n’a pas marché ?

 

 

« Est élu Bongo Ondimba Ali avec 49,80% des voix », a déclaré Pacôme Moubelet-Boubeya, lisant le procès-verbal général de la Cenap (Commission Électorale Nationale Autonome Permanente) du Gabon le mercredi 31 Août 2016 à 16h57.

À 19h03, après l’Union Européenne (UE) quelques heures plus tôt, c’était au tour de la France de demander la publication « des résultats de tous les bureaux de vote ». Monsieur Jean Ping va plus loin. Il demande le recomptage des voix bureau de vote par bureau de vote. Une demande introduite par le Président Gbagbo auprès de L’UA en 2011 et refusée par Jean Ping alors Président de la commission de l’Union Africaine (UA). Aujourd’hui la françafrique et monsieur Jean Ping se retrouvent devant leurs contradictions, victimes de leur propre jurisprudence.

Ces déclarations de l’UE et de la France venaient en appui à l’auto-proclamation comme Président, hors cadre et hors délai, de Jean Ping, jouant dans le scénario Gabonais, le rôle que jouait M. OUATTARA dans sa série ivoirienne. Dans ce scénario gabonais, M. OUATTARA, via son Conseiller Spécial (Mamadi DIANÉ), avait mis à la disposition de Jean Ping une machine de faussaires avec le même mode d’emploi et les moyens de propagande, de financement, de manifestations armées et de déclarations « diplomatiques » de la communauté internationale qui ont porté M. OUATTARA au pouvoir en Côte d’Ivoire en 2011.

La ressemblance entre les deux modes d’emploi et d’acteurs dans les crises post-électorales gabonaise et ivoirienne ne laisse aucun doute sur les manœuvres en cours au Gabon et dessine des perspectives sombres pour le peuple gabonais si les Africains et leurs institutions restent encore passifs et donc complices.

Pour masquer ce secret de polichinelle sur le complot françafricain en cours au Gabon, Mamadi DIANÉ est, par effet d’annonce, « limogé » sans être arrêté ni emprisonné comme M. OUATTARA sait si bien le faire contre ses opposants pour moins que ça.

Depuis sa création, la Françafrique a systématiquement reproduit, d’un pays africain à un autre, les solutions qu’elle a testées et réussies aux fins d’asseoir la priorité de la France sur les marchés publics et les matières premières de l’Afrique francophone selon l’esprit des accords de coopérations économiques et militaires entre la France et ses ex-colonies.

 

Le recul économique de La France au Gabon face aux Pays Émergents

 

En 2009, Ali BONGO ODIMBA, fils de son père, accède au pouvoir avec le soutien de la Françafrique en promettant « continuité et rupture ». Le terme rupture n’a pas retenu l’attention des parents et parrains, le considérant comme un terme de campagne tout juste valable pour le temps des élections.

Son programme de gouvernement « le Gabon émergent » s’appuie sur trois axes majeurs : Le Gabon vert, le Gabon industriel et le Gabon des services.

Pour joindre l’acte à la parole, en novembre 2009, le Conseil des Ministres vote l’interdiction de l’exportation des grumes et en mai 2010, les forestiers au Gabon ne peuvent officiellement plus exporter de grumes non transformées. Parmi ces forestiers se trouve la société française Rougier dont les usines de transformation à Niort en France se nourrissent du bois du Gabon depuis 1930.

Le secteur bois est le deuxième employeur du Gabon après la fonction publique et fournit 8% du marché mondial du bois.

Il est impossible de compter sur la France pour financer une politique industrielle du Gabon pour concurrencer les usines de Niort car, comme le disait Helmut Kohl, « il ne faut surtout pas que l’Afrique s’industrialise ». La Société Nationale du Bois du Gabon (SNBG) obtient un prêt de 8 milliards de FCFA de la BDEAC (Banque de Développement des États de l’Afrique Centrale) pour la création du complexe industriel de la transformation du Bois d’Owendo.

La zone économique spéciale de Nkok accueille plusieurs entreprises de transformation du bois.

Le résultat ne se fait pas attendre. De 81 usines de bois en 2009, le pays en possède 114 en 2012, faisant passer les emplois du secteur de 4 000 à 7 000 dans la même période. La part du bois dans le produit intérieur brut (PIB) est passée de 4,5% à 8% de 2009 à 2011.

La création d’industries au Gabon est une désindustrialisation de la France dans certains secteurs de l’économie française confirmant la célèbre phrase d’Helmut Kohl:

“Il ne faut surtout pas que l’Afrique s’industrialise”

Dans le secteur de l’habitat, des projets de grande envergure sont initiés sans la France. C’est le cas des 10 000 logements que doit livrer l’indienne RPP infra-projects, pour un montant de 163 milliards FCFA et des 5 000 logements sociaux attendus de M3M, autre entreprise indienne, pour un montant d’environ 46 milliards FCFA. En septembre 2011, c’est International Development Corporation qui a signé un contrat de 600 milliards FCFA avec le gouvernement pour la construction de 5 000 logements.

Dans le secteur minier, le premier producteur mondial de dérivés chimiques de manganèse et le deuxième producteur mondial de manganèse à haute teneur, le groupe français Euramet dont la branche manganèse fait 45% de son chiffre d’affaires, tire son manganèse de la mine de Moanda au Gabon. Ce manganèse gabonais permet d’alimenter 47 sites industriels dont 22 en Europe (13 en France), 12 en Asie, 7 en Amérique du Nord et seulement 4 en Afrique dont la société mixte franco-gabonaise COMILOG qui exploite le site de Moanda depuis 1962. La répartition du Capital de COMILOG, deuxième fournisseur mondial de manganèse, est disproportionnée : 63,7% pour celui qui apporte les machines (Euramet) et 28,9% pour l’État Gabonais qui détient la poule aux œufs d’or alimentant les sites industriels de transformation du manganèse de la France dans le monde.

En 2015, Ali BONGO oblige Euramet à faire passer la part de l’État Gabonais de 28,9% à 35% et réussit à obtenir du groupe la première unité de transformation sur place par la création et la mise en service du Complexe Métallurgique de Moanda. La ligne rouge du Chancelier Allemand Kohl est franchie : « il ne faut surtout pas que l’Afrique s’industrialise ».

 

Le franchissement de la ligne rouge de la françafrique

 

Les nombreux scandales ont fini par tuer la compagnie pétrolière française ELF dont ELF Gabon était la vache à lait. TOTAL, la remplaçante de ELF, fait face aujourd’hui à un redressement fiscal dans son principal réservoir : TOTAL GABON

Le « crime » économique majeur d’Ali BONGO est certainement ce redressement fiscal de TOTAL GABON d’une valeur de 805 milliards de FCFA au moment où le cours du pétrole est en chute libre. Autre pomme de discorde : l’État du Gabon ne détient que 25% du capital contre 58,28% pour le groupe TOTAL. Ali BONGO entend augmenter la part de l’État gabonais comme il l’a fait dans le secteur du manganèse.

Le 22 février 2014, un journaliste de RFI dont les propos ont été rapportés sur le site de Mediapart annonce :

« Que le Gabon pourrait s’attendre à des représailles de la France sous la forme d’un «coup d’État si le redressement fiscal, en cours, de Total Gabon (plus 800 milliards de FCFA), allait à son terme.

Alors que, comme l’a rappelé Alain Claude Bilie-By-Nzé, le redressement fiscal s’inscrit dans la dynamique de faire la lumière sur les entreprises de droit gabonais dans le cadre des engagements de bonne gouvernance du régime en place ;

Alors que la France prône la bonne gouvernance dans les pays africains, on s’étonne alors que celle-ci exige des avantages extraordinaires, comme le pétrole à un prix dix fois en dessous du cours normal. »

Mediapart précise que :

« Les interrogations quant à la sortie du journaliste français ont trouvé un écho particulier dans un contexte de démission de Jean Ping, poids lourd du parti au pouvoir, qui fait depuis la une de la presse gabonaise.

Rappelons que Jean Ping, ex époux de Pascaline Bongo (cadre de Total Gabon) serait concerné de très près par l’audit pétrolier.

Au moment de l’annonce de sa démission, il était fait allusion par certaines sources de menaces liées à des informations en rapport avec sa personne dans l’audit.

Selon toute vraisemblance, Jean Ping serait le candidat idéal de la France pour maintenir ses intérêts coloniaux au Gabon. »

De toute évidence, la démission de Jean Ping, suite à l’annonce du redressement fiscal, faisait partie d’un agenda non caché de remettre les intérêts de TOTAL en place au Gabon. La ligne rouge de la Françafrique a été visiblement franchie par l’un des fils de la Françafrique. Le rouleau compresseur de la diabolisation ne pouvait que se mettre en marche avec, comme objectif stratégique, la liquidation politique d’Ali BONGO Ondimba.

 

Le rouleau compresseur de la délégitimation et de la diabolisation

 

Chaque pion de la France est tenu en laisse par ses points faibles, soigneusement archivés, pouvant devenir des armes contre lui en cas de désobéissance. Lorsque la feuille de route de la Françafrique est parfaitement exécutée, une omerta entoure ces points faibles. Cela se constate aujourd’hui en Côte d’Ivoire où le génocide à l’ouest du pays est répertorié et archivé, attendant le moment opportun, ainsi que l’ensemble des crimes de la rébellion armée de 2002 à 2011. Il en est de même de la violation permanente des droits de l’homme caractéristique du gouvernement Ouattara (225 prisonniers politiques torturés quotidiennement en 2016). Face à ces crimes, la Françafrique est pour le moment sourde, muette et aveugle tant que la feuille de route est rigoureusement respectée par son obligé.

En 2009, lorsqu’Ali BONGO Ondimba était le candidat idéal de la Françafrique, il était le fils de son père et un exemple de réussite. Il est élu avec 41.79% devançant Pierre Mamboundou (25.64%)et André Mba Obame (25.33%). Robert BOURGI, conseiller de Nicolas Sarkozy pour les relations avec les pays africains, l’a soutenu lors de la présidentielle de 2009: « Au Gabon, la France n’a pas de candidat, mais le candidat de Robert BOURGI, c’est Ali Bongo. Or je suis un ami très écouté de Nicolas Sarkozy. De façon subliminale, l’électeur le comprendra.».

La Françafrique avait choisi de ne rien voir et de ne rien entendre des fraudes dénoncées par l’opposition d’alors. Elle certifia l’élection d’Ali BONGO. Elle lui déroula le tapis rouge dans toutes les capitales occidentales.

Le 1er Janvier 2010, le Gabon intègre le Conseil de Sécurité de l’ONU pour une durée de deux ans. Dans le cadre de ce mandat, Ali Bongo s’est rendu à New York en mars 2010 afin de lancer la présidence gabonaise du Conseil de Sécurité. À cette occasion, Ali Bongo a été reçu par Ban Kimoon et Hillary Clinton.

Le 24 Février 2010, Nicolas Sarkozy décore Ali BONGO, grand officier de la Légion d’honneur, en même temps que Rose Rogombé,  ancienne présidente de la République gabonaise par intérim (grade de commandeur).

Après l’annonce du redressement fiscal, Ali BONGO apparaît dans la presse française comme un enfant de père biafrais donc ayant la nationalité nigériane. Ali n’est plus le fils de son père.Le comble a été atteint lorsque Robert BOURGI, le même qui avait déclaré la victoire d’Ali BONGO en 2009, annonce qu’Ali BONGO avait perdu les élections de 2009 et que les résultats avaient été inversés.

En Janvier 2016,le parquet de Nantes reçoit une plainte pour “faux” dans l’acte de naissance du président du Gabon Ali Bongo Ondimba, déposée par sa demi-sœur et l’une des héritières.  La plainte a été déposée en janvier contre X pour “faux et usage de faux” par Onaida Maisha Bongo Ondimba, 25 ans, fille du défunt président et faisant partie de ses 54 héritiers.

Une intense campagne est orchestrée contre des « biens mal acquis » dont un appartement avenue Foch à Paris, deux ferrari et l’hôtel de Soyecourt. Celui qui était un exemple de réussite bien connu et reconnu par la Françafrique devient un criminel, un apatride et un fraudeur après l’annonce du redressement fiscal de TOTAL.

Avec l’annonce de cette défaite non officielle d’Ali BONGO lors des élections de 2009 par la Françafrique et la « révélation » de l’origine de son « vrai » père, André Mba Obame était en droit de revendiquer le pouvoir devant un « usurpateur ». En effet, venu en troisième position selon les chiffres officiels, si les résultats sont supposés avoir été inversés, il est donc le vainqueur des élections de 2009.

Pour la Françafrique, le vainqueur d’une élection en Afrique est toujours son pion. Il est déclaré démocrate et gagnant quels que soient les résultats des urnes et les massacres qu’il commet. Il devient par miracle un dictateur massacrant son propre peuple et mauvais perdant dès que le pion échappe à son contrôle. Et s’ouvre alors une campagne de dé-légitimation sans état d’âme. La Françafrique est capable de croire en une chose aujourd’hui lorsque ses intérêts sont préservés et croire en son contraire demain dès lors que ses intérêts sont remis en cause, confirmant la règle bien connue de DEGAULLE : « les pays n’ont pas d’amis mais des intérêts ». Avec de tels comportements, les déclarations sur la démocratie et les droits de l’homme de la Françafrique ont fini par être suspects aux yeux des combattants de la souveraineté en Afrique. Par un tour de passe passe, la Françafrique a réussi à réaliser la fusion de ses intérêts avec la démocratie et les droits de l’homme. Ainsi, lorsque la Françafrique parle de violation des droits de l’homme et des valeurs démocratiques, cela s’entend « violation des intérêts et des valeurs boursières de la Françafrique ».

Le respect des droits de l’homme et des valeurs démocratiques a fini par être synonyme de respect des intérêts et des valeurs boursières de la Françafrique dans le dictionnaire françafricain.

 

Le plan de liquidation politique

 

« Le chien ne change jamais sa façon de s’asseoir ». Depuis l’esclavage, la colonisation et la néo colonisation, les méthodes de la Françafrique ne changent pas. Ce qui marche dans un pays, est reproduit dans un autre pays jusqu’à ce que ça ne marche plus, alors un réajustement de politique est opéré pour surmonter l’échec en changeant de discours et/ou de méthodes pour préserver l’essentiel des intérêts économiques.

La réussite de la méthode françafricaine en Côte d’Ivoire a été exportée au Gabon avec les mêmes acteurs. Le Dr Alassane OUATTARA dit ADO, en remplacement de Blaise Compaoré dans le pré-carré français, a été actionné pour assurer la mainmise par l’intermédiaire de ses experts en fraude et en financement d’élections frauduleuses.

La diabolisation d’Ali BONGO est à rapprocher de toute la campagne de diabolisation de Laurent GBAGBO avant l’attaque des rebelles de la Françafrique le 19 Septembre 2002.

Malgré la machine de fraudes, le bénéficiaire de la fraude, Jean Ping a été contrecarré sur ce terrain par Ali BONGO. La tentative de faire proclamer un résultat parallèle par des membres de la CENAP comme en Côte d’Ivoire (lorsque YOUSSOUF BAKAYOKO, le Président de la Commission Électorale Indépendante a proclamé un résultat unilatéral) a été un échec lamentable au Gabon.

Comme par miracle, ceux qui fermaient les yeux sur la fraude lors des élections de 2009 au Gabon et de 2010 en Côte d’Ivoire se sont mis à voir la fraude. Ayant recouvré la vue, ils voient Ali BONGO frauder et tirer sur son propre peuple. Ces nouveaux miraculés de la vue découvrent les vertus du recomptage des voix comme moyen de sortir de la crise, ce qui était considéré comme une « injustice » lorsque Laurent GBAGBO le réclamait en 2010. Ils sont capables de croire sans honte en une chose et son contraire au gré de leurs intérêts.

Ces nouveaux voyants trouvent irréaliste et « soviétique » un taux de participation de 99.93% alors qu’ils étaient aveugles face à des taux participation de plus de 100% dans les bureaux de vote du Nord de la Côte d’Ivoire, fief du Dr ADO, à la disparition de 1032 procès-verbaux dans les zones favorables à Laurent GBAGBO, à la fabrication de 2090 procès-verbaux fictifs en faveur du Dr ADO, aux 66 procès-verbaux dans lesquels le nombre de votants était supérieur au nombre des inscrits.

Ils entendent le silence de 50 morts et disparus au Gabon alors qu’ils étaient sourds et aveugles face aux milliers de morts, de femmes violées et éventrées et d’enfants décapités lors de la rébellion en Côte d’Ivoire.

Ils voient et demandent la libération des prisonniers de la crise post-électorale au Gabon alors qu’en Côte d’Ivoire Laurent GBAGBO, sa femme et plus de 225 prisonniers de la crise post-électorale sont devenus complètement transparents. Les tortures qu’ils subissent chaque jour sont inaudibles. La souffrance et la mort de plusieurs prisonniers et exilés de la crise post-électorale en Côte d’ Ivoire sont invisibles et leurs cris inaudibles.

Les nouveaux voyants en réalité ne voient et n’entendent que lorsque cela sert les intérêts de la Françafrique.

En recouvrant la vue par miracle en 2016 au Gabon, la Françafrique entend vendre au monde entier son invention en Côte d’Ivoire pour justifier une intervention militaire française sous un mandat onusien.

Ainsi, il ne sera pas surprenant que le Gabon soit rendu ingouvernable par la Françafrique en instrumentalisant Jean Ping et ses partisans dans la crise post-électorale comme la Côte d’Ivoire l’a été de 2002 à 2011.

L’organisation de l’insécurité par des « Dozos gabonais » qui seront recrutés dans la sous-région, et certainement en Côte d’Ivoire pour l’assistance technique, permettra de justifier toutes les résolutions contre Ali BONGO et ses partisans : gel des avoirs, interdictions de voyager en Europe et aux USA, fermeture de banques françaises, embargo sur les armes, blocus du port et de l’aéroport etc.

La recette est connue, seules les prétextes sont à l’étude pour donner un semblant d’humanisme à l’intervention française afin de mieux camoufler le vol à mains armées du pétrole gabonais comme c’est le cas en Libye.

 

Faiblesses et forces du régime Bongo

Après sept (7) ans de pouvoir, Ali BONGO n’a pas pu régler le problème des bidonvilles de Libreville. Malgré la promesse de 35 000 logements, seuls 3 000 logements ont été livrés. Son voisin immédiat, la Guinée Équatoriale a accompli un véritable miracle en 6 ans (de 2004 à 2010) en modernisant toute la Guinée Équatoriale avec moins de richesses.

Cette contre-performance de la gouvernance Ali BONGO alimente le mécontentement de la population et constitue un levier pour la Françafrique d’arracher l’adhésion populaire pour mettre fin au régime Ali BONGO.

De plus, le caractère héréditaire de la transmission du pouvoir est une autre menace sur le régime Ali BONGO. Beaucoup de Gabonais veulent tourner la page de la dynastie Bongo.

La vie princière menée par Ali BONGO comme fils de son père, alimente la guerre contre son régime.

Malgré les faiblesses, le régime BONGO ne manque pas d’atouts. Ses décisions audacieuses d’industrialiser le Gabon et de s’attribuer une part importante de l’exploitation des matières premières ont permis de corriger ses handicaps.

L’ingérence française dans les élections au Gabon rappelle l’ingérence en Libye et en Côte d’Ivoire. Plusieurs Chefs d’État pensent à leur tour et ne sont pas prêts de cautionner cette nouvelle ingérence pour éviter la propagation.

Le rapport des parlementaires anglais sur la guerre en Libye a mis en évidence les raisons économiques inavouables de l’intervention anglaise et française qui ont été masquées par des montages sur les violations massives des droits de l’homme par Kadhafi.

Ce rapport démontre que les interventions ne sont pas guidées par le souci de démocratie ou de protection de la population mais par le souci de protéger ou d’accroître des intérêts économiques. Le soutien à Jean Ping contre Ali BONGO ne peut donc échapper à cette logique. En langage Nouchi (créole ivoirien), on dira que le peuple gabonais a le choix entre « ça peut aller et ça n’ira pas du tout ».

 

Le Gabon face a son destin

 

Le GABON a besoin de s’industrialiser, comme l’a promis Ali BONGO en 2009, pour absorber la masse d’intelligence qui sort chaque année des écoles et des universités et pour éviter que certains se retrouvent dans des rebellions, des mouvements djihadistes ou sur la Méditerranée en tentant de rejoindre les pays industrialisés.

Or le Gabon est un hypermarché à ciel ouvert pour l’industrie occidentale et l’un des principaux pourvoyeurs de matières premières. Chaque petit commerçant propose des marchandises venant de l’Occident et fabriquées à partir des matières premières africaines. Le développement industriel du Gabon est donc une question de vie et de mort pour certaines multinationales occidentales qui n’ont d’autre choix que de s’impliquer dans la cooptation de dirigeants et d’hommes politiques du GABON qui peuvent garantir les ressources en matières premières et les marchés au profit des industries occidentales.

Faire échec à cette ingérence est donc la condition du décollage économique et social du Gabon.

Les méthodes françafricaines consistent d’abord à calomnier les institutions nationales devant intervenir dans le processus des élections et à les taxer de partialité envers le gouvernement en place. N’oublions pas qu’en France le Président du Conseil Constitutionnel est nommé par le Président de la République. Ensuite, le poulain de la Françafrique s’autoproclame vainqueur avant l’annonce légale et obtient le soutien de la fameuse « Communauté internationale ». Ainsi, les graines sont semées pour une ‘bonne’ crise post-électorale. La Françafrique a jugé “partisan” le Conseil Constitutionnel de Côte d’Ivoire pour cause de proximité avec le Président de la République. Le même scénario est en train de s’appliquer au Gabon.

Le recours à des solutions non légales par des commissions supranationales pose la question de la légalité de ces solutions dans un pays dont les institutions ne sont pas sous tutelle. En toute logique, cela demanderait au moins l’accord des parties en conflit. Or l’État de droit et la démocratie ne peuvent se construire en dehors du droit. Dans l’apprentissage de la démocratie en Afrique, le respect des Institutions est une des valeurs-clés de la réussite. En Côte d’Ivoire, le Conseil Constitutionnel, traité de partisan et d’illégal, a proclamé Laurent GBAGBO vainqueur des élections de 2010. Cela a coûté une guerre à ce pays. Le Président de ce même Conseil Constitutionnel a été prié de venir investir M. OUATTARA Président de la République. Bien que cela ne soit pas la voie légale, mais pour éviter des pertes de vies humaines, le Président Laurent GBAGBO, Président en exercice, a proposé le recomptage des voix par une commission supranationale. Cette solution a été rejetée par la communauté internationale qui a préféré les bombes au recomptage.

Dans la crise Gabonaise, cette même communauté internationale reconnaît la pertinence de cette solution de recomptage des voix, mais aucune disposition légale n’a été prise pour assurer la légalité de cette proposition pertinente. La communauté internationale se trouve devant un vide institutionnel et ses contradictions.

Ainsi les 9 juges de la Cour Constitutionnelle ont eu entre leurs mains la lourde responsabilité de procéder à un recomptage crédible des votes.

Dans la nuit du 23 au 24 Septembre 2016, les 9 juges tranchaient après une longue période de recomptage suivie d’invalidations de certains procès-verbaux sur l’ensemble du territoire et non uniquement dans le fief de BONGO Ali comme le réclamait Jean Ping, oubliant qu’il a recruté des spécialistes de la fraude contre rémunération en Côte d’Ivoire pour fabriquer des faux résultats dans les zones qui lui sont favorables.

Le résultat du Conseil Constitutionnel est sans appel :

Ali BONGO ODIMBA : 50,66%

Jean PING : 47,24%

Si le 2 Septembre 2016 la communauté internationale et Jean Ping étaient convaincus que ce dernier était Président, le 24 Septembre 2016, les institutions nationales reconnaissent Ali BONGO.

La réaction de la France, s’érigeant en procureur des institutions gabonaises, ne s’est pas fait attendre :

« L’examen des recours n’a pas permis de lever tous les doutes »

La réaction de la France donnait de la voix à Jean Ping. Alors, il ne s’en prive pas :

« Je ne reculerai pas »

Le désaveu de la communauté internationale est sans appel. La CENAP et la Cour constitutionnelle sont sur la même longueur d’onde à la différence de la Côte d’Ivoire où le le Président de la Commission Électorale Indépendante (CEI) M. Youssouf BAKAYOKO, après avoir proclamé M. OUATTARA vainqueur dans le Quartier Général (QG) de campagne de ce dernier, a été exfiltré en France.

Au Gabon, l’arme de la division n’a pas marché malgré les démissions, le ballet diplomatique et le Vuvuzela médiatique de la presse française qui a pris fait et cause pour l’auto-proclamé.

Ali a gagné la bataille électorale mais pas la guerre contre la Françafrique. Quand elle est prise la main dans le sac, la Françafrique recule toujours pour mieux sauter.La Françafrique a un pion : Jean PING et trois armes : l’arme de la base militaire française, l’arme du contrôle des secteurs économiques stratégiques et l’arme des devises à travers les accords monétaires. Les grandes manœuvres sous-marines vont donc commencer.

En 2009, Ali BONGO promettait la continuité et la rupture. Il a vu de ses propres yeux les conséquences du début de la rupture dans la continuité. S’il ne veut pas être surpris par une rébellion, une campagne médiatique sur des violations des droits de l’homme et des biens mal acquis ou le gel des avoirs de l’État gabonais et des dignitaires du régime, il doit sonner l’heure de la rupture pour arracher les trois armes des mains de la Françafrique afin d’éviter d’avoir un pays ingouvernable sur les plans sécuritaires, socio-économiques et politiques, comme en Côte d’Ivoire de 2002 à 2010. Comme au Rwanda, en Guinée Equatoriale, en Angola, où la rupture a été claire et nette avec l’ancienne puissance coloniale, c’est la seule condition pour régler les problèmes restés en suspens : logements et chômage afin de défaire le lit de la Françafrique qui recrute sa rébellion parmi les intellectuels et semi-intellectuels au chômage et finance cette rébellion par des ressources tirées des revenus des matières premières et du gel des avoirs. À l’heure où la vente des engins de destruction massive comme des frégates et autres Rafales fait recette et régule l’économie française, imposer un obligé de la Françafrique à la tête d’un pays comme le Gabon qui a les moyens de se les offrir, constitue un enjeu de taille pour la Françafrique.

 

L’Afrique face à son destin

 

Comme le GABON, l’Afrique a besoin de s’industrialiser pour absorber la masse d’intelligence qui sort chaque année des écoles et universités et éviter des solutions sans issue.

Or comme le Gabon, l’Afrique est un hypermarché à ciel ouvert pour l’industrie occidentale et un des principaux pourvoyeurs de matières premières. Le développement industriel de l’Afrique est donc une question de vie et de mort pour certaines multinationales occidentales, voire pour l’économie de certains pays occidentaux. L’exemple du Portugal est éloquent. L’ingérence devient alors une réaction de survie. Tout dirigeant africain qui veut rompre ce statu quo commet un crime inavoué et donc frappé par des défaites électorales organisées par des fraudeurs professionnels. Et comme cela ne suffisait pas, il est traduit devant la Cour Pénale Internationale (CPI) pour des supposés crimes contre l’humanité mis en scène par l’occident et ses alliés africains sur une campagne de diabolisation. Au bout du bout, c’est la rédaction et le vote dans la foulée d’une résolution de l’ONU contre lui pour l’écarter de la scène politique par la force.

Fraude électorale, campagne médiatique de diabolisation, résolution fondée sur des faux, l’usage de la force et l’assassinat ou comparution devant la CPI, voilà le mode actuel de réajustement de la politique coloniale de la Françafrique pour briser l’élan de l’industrialisation de l’Afrique. Laurent GBAGBO est à la CPI, Mouammar Kadhafi au cimetière, leur trait commun est leur volonté de souveraineté économique.

Tant que le continent africain ne s’organisera pas pour mettre fin à cette nouvelle politique françafricaine, quiconque empruntera le chemin de la souveraineté économique subira le même sort. Tant que la Françafrique ne rencontrera pas d’opposition, il lui sera aisé de continuer ses manipulations.

Faire échec à cette nouvelle politique de réajustement colonial est donc la condition du décollage économique et social de l’Afrique.

Les crises électorales suscitées par des méthodes frauduleuses constituent le point de départ des agissements françafricains. Ces crises partent des divisions institutionnelles. Le Gabon a échappé à cette première phase. Mais il doit prendre les dispositions nécessaires au cas où la situation ivoirienne se reproduirait et où les institutions nationales seraient en crise ouverte comme en Côte d’Ivoire. Dans ce pays en effet, la Commission Électorale a été privée de ses droits mais son Président, pris en otage par la Françafrique, a publié hors délai et hors cadre légal un résultat de la communauté internationale en plus distinct de celui du Conseil Constitutionnel.

L’exemple d’HAÏTI est instructif. Au premier tour des élections présidentielles tenues le 28 novembre 2011, jour du deuxième tour en Côte d’Ivoire, le Conseil électoral Provisoire (CEP) haïtien a proclamé des résultats validés par le représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU éliminant le chanteur Michel MARTELY du second tour et plaçant en tête le candidat du pouvoir Jude Célestin. La protestation à l’encontre de ces résultats a entraîné une médiation internationale. Une mission d’enquête de l’Organisation des États Américains (OEA) a conclu que des fraudes avaient faussé les résultats et a procédé à un recomptage des voix qui a exclu Monsieur Jude Célestin du deuxième tour. Le représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU s’en est excusé auprès du peuple haïtien.

Monsieur Michel MARTELY a été élu Président de la République de Haïti. Pourtant, au même moment, la contestation des résultats médiatiques et la demande de recomptage des voix en Côte d’Ivoire furent balayés d’un revers de main par le Président de la Commission Africaine Jean PING. Le secrétaire général de l’ONU et son représentant spécial ont considéré injuste ce recomptage des voix. De même que la république d’HAÏTI a pu éviter une guerre en empruntant la voie du recomptage imposé par l’Organisation des États Américains lors du premier tour des élections, de même la Côte d’Ivoire pouvait faire l’économie d’une guerre en utilisant la même solution avec l’Union Africaine pour des crises identiques. À cette période, M. Jean Ping ne pensait écrire que le destin politique du Président GBAGBO mais voilà que les aléas du destin font qu’aujourd’hui il est victime de son manque de courage politique. À méditer : Quand on crache en l’airça vous retombe souvent sur le nez

Pour rendre légale la solution supranationale proposée par Laurent GBAGBO, expérimentée par HAÏTI et maladroitement reprise par Jean PING sans attendre d’épuiser la voie nationale, chaque État africain doit accepter de partager sa souveraineté électorale avec l’Union Africaine qui peut se doter d’une Commission Électorale d’Arbitrage (CEA) servant de dernier recours en cas de désaccord national. Tous les pays membres de l’UA, comme certains l’ont fait pour le Statut de Rome, devraient adhérer au statut de cette commission afin qu’elle puisse participer au recomptage au premier comme au second tour si cela s’avère nécessaire. Il est temps que l’Union Africaine s’organise pour reprendre les responsabilités assumées actuellement par l’Occident.

Pour contrer l’arme de la diabolisation médiatique des comparutions extra continentales, une Cour Pénale Africaine supranationale doit être instituée pour diligenter des enquêtes sur les crimes allégués et sur l’ingérence des États extra continentaux dans les élections en Afrique ainsi que sur les violations de souveraineté des États africains par des personnes physiques ou morales.

Pour contrer les résolutions des anciennes puissances coloniales, l’Afrique doit refuser toute résolution prise en son nom sans son aval. Les résolutions contre Kadhafi et Laurent GBAGBO, largement violées lors de leur mise en œuvre, ont été le déclencheur des bombardements de la Libye et de la Côte d’Ivoire.

Pour assurer la sécurisation des élections et des crises post-électorales, les armées occidentales ne sont pas les bienvenues, elles ont un parti-pris inacceptable et sont souvent un cheval de Troie , générant par conséquent des rebellions. Les bases militaires occidentales en Afrique doivent être rétrocédées à l’Union Africaine qui peut centraliser toutes les contributions extérieures. L’Afrique a contribué significativement à libérer l’Europe occupée par la puissante armée nazie, elle peut bien prendre en charge sa propre sécurité avec des moyens logistiques conséquents.

Pour financer la supranationalité et le développement industriel, la remise en cause des contrats de partage des matières premières par une directive africaine s’impose. La règle 20-80 (20% pour l’Afrique et 80% pour l’Occident) qui sous-tend les contrats de partage doit être inversée comme dans les pays du Moyen-Orient et d’Amérique latine qui l’ont fait pour financer leur souveraineté et leur développement. Cette exploitation honteuse des matières premières, survivance des accords de coopérations néocoloniaux qui destinent les matières premières aux anciennes puissances coloniales doit prendre fin pour permettre à l’Afrique de se libérer de l’aide et de la gestion externe de ses devises. Deuxième continent détenteur des réserves en devises après l’Asie, l’Afrique les conserve sous la décision des institutions monétaires et financières non africaines.

Emprunter la voie de la supranationalité pour bâtir une Afrique fédérée reste l’unique voie pour éviter la division qui constitue la porte d’entrée des puissances occidentales dans leur politique de réajustement de leur politique coloniale. Le chemin de la stabilité et de la souveraineté passe par une Afrique fédérée. Construire cette Afrique reste la tâche fondamentale pour tout Africain qui veut sortir des pièges de l’ingérence et assurer l’industrialisation de l’Afrique, seule condition pour retenir les fils et filles du continent sur leur sol et éviter de tomber entre les mains des entreprises criminelles et de périr dans les eaux de la méditerranée.

À l’heure de l’économie numérique et des imprimantes 3D, la technique est à la portée de tous les enfants du monde.

L’obstacle majeur à l’industrialisation reste la stabilité, la sécurité, la justice économique et la bonne gouvernance. Chaque période électorale est une période à hauts risques qui dissuade toute forme d’investissement puisque le risque politique menace la sécurité et le pouvoir. Elle constitue donc une arme de destruction massive du développement.

Bâtir des institutions fédérales supranationales et des infrastructures fédérales reste la voie royale pour créer les conditions du marché commun et du développement industriel.

La conquête de la souveraineté des États africains ne peut se réaliser pleinement dans les périmètres des territoires nationaux. Le partage continental de la souveraineté reste la condition du renforcement des souverainetés nationales. La construction de l’Afrique ne peut être que l’œuvre des Africains eux-mêmes en dehors de toute forme d’ingérence.

« L’Africain fera l’Afrique, elle trouvera en son sein des hommes et des femmes capables de libérer leur vertu de héros collectifs pour redresser le destin tordu de la mère Afrique et recoudre son beau pagne déchiré » (J. KI-ZERBO in Histoire générale de l’Afrique).

 

Source : eburnienews.net

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