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Hécatombe d'Éséka: L'Organisation Jeunesse Africaine rejette les condoléances de la France

par OJA 29 Octobre 2016, 08:01 Eseka Cameroun Catastrophe France Ayrault Françafrique Articles de Sam La Touch

À Monsieur le ministre des affaires étrangères de la France.

 

Monsieur le ministre,

 

À la suite de l'hécatombe qui s'est produite le 21 octobre 2016 à Éséka au Cameroun, vous avez envoyé des condoléances officielles aux victimes, au nom de la France.  La Jeunesse africaine a pris acte de ce message, mais a émis des réserves sur le ton et le sens.

Tout d'abord, nous considérons que votre message rentre dans l'ordre des réactions normales et mécaniques de la diplomatie et ne traduit pas la compassion réelle de la France et de son gouvernement face aux souffrances du peuple camerounais.

En effet, ce train, auquel étaient rattachés huit wagons supplémentaires et qui roulait sans système de freinage adéquat sur une pente descendante et à tombeau ouvert avec à son bord plus de 1500 passagers, avait été affrété par les soins de votre compatriote Bolloré sous la coordination du ministre des transports, Edgar Membe Ngo. Les témoins parlent de près de 400 morts et 600 blessés, ce qui est dans l'ordre du raisonnable, si l'on tient compte du contexte ci-dessus présenté. Les 57 victimes évoquées par le gouvernement ne représentent que de la poudre aux yeux. Ce sont des centaines de familles brisées, et aucun réconfort moral ne pourra les soulager si l'on n'engage pas un véritable débat sur la responsabilité immédiate et lointaine de France sur ce drame.

En ce qui concerne la responsabilité lointaine, la jeunesse camerounaise, qui a payé le plus lourd tribut dans cette hécatombe, voudrait  rappeler que la France a pris possession du Cameroun en 1918, et que dans moins de deux ans, en 2018, cela fera cent ans. Cent ans que les Camerounais souffrent. Cent ans qu'ils veulent que ça cesse. 

Il y a aussi à rappeler que de 1960, date de la prétendue indépendance, à 2016, ce pays croule sous le poids de la dictature que la France a installée, entretenue et soutenue contre tous les efforts de la jeunesse camerounaise à jouir de la liberté, de la justice, de la démocratie et d'un développement structurel et infrastructurel décent. Au total, soixante-six ans de tyrannie, une tyrannie qui a ceci d'exceptionnel qu'elle déteste toute forme de développement qui libère les consciences. Et chaque année, pour ne parler que du réseau routier, plus de 4000 morts sont recensés sur les routes camerounaises sans que cela n'émeuve les autorités gouvernementales et diplomatiques. C'est parce que le réseau routier ne donne aucune autre alternative que les Camerounais sont encouragés à emprunter des voies plus risquées encore. Comme vous le voyez, monsieur le ministre, ce contexte historique catastrophique et effroyable ne nous autorise pas à aller dans le sens que vous voulez.

Les populations d'Éséka sont celles-là qui ont le plus souffert de la construction du chemin de fer en question. L'histoire nous apprend qu'elles ont subi les humiliations, le fouet et les massacres pendant la construction de ces rails; que les colons dynamitaient les montagnes sans les aviser et les punissaient en plantant les clous sur leurs têtes quand ils marquaient des signes de fatigue aux travaux forcés.  La jeunesse camerounaise s'attendait à ce que ce chemin de fer, construit juste avant le passage du Cameroun sous tutelle française, revienne à l'État du Cameroun après l'indépendance et serve les intérêts des descendants de tous ceux-là qui ont souffert le martyr colonial. Que non. Votre compatriote Bolloré l'a récupéré à son compte, donc au compte de la France. Pire encore, non seulement le tracé ferroviaire n'a jamais été modernisé, les surcharges à rendre pantois y sont permises dans les wagons -  les êtres humains entassés tels des animaux, toute chose qui n'est pas possible dans votre pays, la France.

Pour toutes ces raisons, nous rejetons, monsieur le ministre des affaires étrangères, vos condoléances, car loin de nous apaiser, elles révèlent le manque de vérité existant dans les relations entre la France et le Cameroun. Si vos condoléances se veulent sincères, démontez cette tyrannie qui, depuis 66 ans, fait souffrir ce peuple. Ce sera la meilleure façon de rendre hommage aux victimes.

La Jeunesse africaine vous le demande. Elle vous demande de changer la nature des relations entre la France et le Cameroun, et, partant, de tourner la page de la Françafrique à cause de laquelle les pays francophones d'Afrique sont devenus les derniers de la planète en matière développement. Dans le cas contraire, nous vous demandons de regarder nos pays sombrer,  de nous laisser pleurer nos morts et de rester davantage indifférents à nos appels.

Recevez, Monsieur le ministre, l'expression de nos sincères propos.

 

 

Maurice NGUEPÉ
Secrétaire général de l'OJA

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