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Le bilan des meurtres policiers s’alourdit aux États-Unis (WSWS)

par Patrick Martin 13 Octobre 2016, 09:21 Police Assassinat Racisme Violences USA

 
Alfred Olango

Au moins 19 personnes sont mortes lors d’altercations avec la police aux États-Unis durant la dernière semaine de septembre. Les victimes sont toutes des hommes âgés de 18 à 53 ans. Dix-sept ont été tuées par balles, l’une a été électrocutée et l’autre électrocutée ainsi que battue et étranglée. Dans seulement deux des cas, les victimes ont été tuées pendant qu’elles s’en prenaient à d’autres personnes. Toutes les autres ont été abattues pendant qu’elles prenaient la fuite ou supposément en résistant à la police, ou durant des crises liées à la santé mentale ou émotionnelle.

Dans plusieurs des cas, les meurtres policiers ont provoqué des protestations. À El Cajon, en Californie, une banlieue de San Diego, il y a eu des manifestations contre le meurtre d’Alfred Olango (photo) le 27 septembre, un immigrant de l’Ouganda, qui n’était pas armé, qui a été électrocuté et abattu. Olango était en crise émotionnelle après avoir appris la mort d’un ami.

À Pasadena en Californie, une banlieue de Los Angeles, plus des cent personnes se sont rassemblées pour manifester contre le meurtre de Reginald Thomas, le père de huit enfants, après que la police a été appelée pour un conflit domestique le 30 septembre. L’homme noir de 36 ans, qui était apparemment bipolaire, aurait brandi un couteau et un extincteur quand la police est arrivée sur les lieux.

Malgré les affirmations des politiciens du Parti démocrate et des groupes de classe moyenne comme Black Lives Matter, selon lesquels la violence policière est une question exclusivement de couleur de peau, où des policiers blancs tuent des noirs, parmi ces 19 victimes se trouvaient au moins huit hommes blancs, un hispanique et un asiatique.

La race des policiers assassins n’a généralement pas été mentionnée, mais les meurtres ont eu lieu dans plusieurs villes dont les forces policières sont multiraciales, incluant Newark au New Jersey; Houston au Texas; ainsi que Los Angeles et San Diego en Californie.

La distribution géographique des meurtres incluait des centres urbains, des banlieues et zones rurales, et toutes les régions du pays, du nord-est à la côte pacifique. Par États, les meurtres sont survenus: en Arizona, en Arkansas, en Californie (3), en Géorgie, en Idaho, en Illinois, au Michigan (2), au Minnesota, au New Jersey (2), en Ohio, en Pennsylvanie, en Caroline du Sud, au Texas (2) et en Virginie occidentale.

Le bilan pour une seule journée, vendredi le 30 septembre, donne une idée du caractère barbare des relations sociales aux États-Unis et la brutalité sauvage de la police, qui sert de première ligne de défense pour la propriété capitaliste et l’autorité de l’État capitaliste. Il y a eu sept victimes.

Celles-ci incluaient, en plus de Reginald Thomas à Pasadena:

*Clayton Eugene Baker, un homme blanc de 24 ans tué par balles par un shérif adjoint de la police de Trinity County à Groveton au Texas, une petite ville au nord de Houston, après qu’un policier soit intervenu suite à un appel rapportant une querelle domestique.

*Douglas Marrickus Rainey, un homme noir de 32 ans, tué par une équipe SWAT dans la région de Gowensville, en Caroline du Sud, quelques heures après avoir reçu un appel concernant un vol à main armée chez Dollar General, ce qui a entraîné l’imposition de l’état d’urgence dans la région.

* Richard Parent, un homme blanc de 37 ans, tué par la police de l’État du Michigan dans le comté de Van Buren, dans les banlieues de l’ouest de Detroit, après une longue poursuite. Parent avait refusé de s’arrêter pour un contrôle routier, après avoir apparemment affirmé être un «citoyen souverain».

*Najier Salaam et George Richards-Meyers, tous deux âgés de 18 ans, tués par balles par six policiers de Newark, New Jersey, qui ont affirmé qu’ils confrontaient un gang de trois hommes responsables d’une série de vols de voitures. Aucun de ces officiers n’a été blessé malgré les affirmations selon lesquelles il y aurait eu une fusillade intense.

*Jacquarius M. Robinson, un homme noir de 20 ans, tué par une équipe SWAT à Colombus en Ohio, 10 heures après que la police soit intervenue sur la scène d’une fusillade entraînant un mort dans l’est de la ville. Robinson a tenté de fuir et la police l’a abattu. On ne sait pas s’il était d’une quelconque façon lié au meurtre précédent.

L’attention publique a été concentrée sur les morts dans le sud de la Californie parce qu’ils ont provoqué des manifestations de colère, bien que sur une échelle limitée et sans autres affrontements avec la police. Les tensions ont remonté pendant la fin de semaine après qu’un jeune noir de 18 ans, Carnell Snell Jr., a été tué par la police vers 13 heures samedi dans le sud de Los Angeles, après que la police ait arrêté une voiture qu’elle soupçonnait avoir été volée.

Les deux personnes se sont enfuies de la voiture et l’une d’entre elles, qui plus tard a été identifiée comme étant Snell, a été abattue. La police a prétendu avoir trouvé un pistolet sur les lieux, mais il n’y a aucune indiction que le jeune avait l’arme en sa possession ou qu’il l’ait utilisée. La police place fréquemment des armes sur le site de telles fusillades, ce qui peut ensuite servir de justification pour ses actes.

Il y a eu des protestations de la part de membres de la famille et d’autres citoyens de la ville, incluant une jeune femme qui a rapporté au Los Angeles Times, «Un policier ne devrait pas être le juge, le juré et le bourreau.» La mère de Snell, Monique Morgan, a dit qu’elle avait appris que son fils avait été troué de cinq balles dans le dos. Des témoins ont dit à la chaîne de télévision locale CBS KCAL que Snell avait ses mains dans les airs et disait à la police de ne pas tirer quand ils ont ouvert le feu.

D’après le bilan macabre maintenu par le site web killedbypolice.net, ces 19 meurtres, incluant le meurtre policier du dimanche suivant d’un homme non identifié à Markham en Illinois, une banlieue de Chicago, a fait passer le total annuel à 868 personnes. Un bilan séparé maintenu par le Washington Postestime que 46 pour cent des victimes sont des blancs, 24 pour cent sont des noirs, 16 pour cent sont hispaniques, et les autres races et les cas qui demeurent indéterminés représentent les 14 pour cent restants.

Les noirs sont tués dans une part beaucoup plus grande que la proportion qu’ils représentent dans la population, une indication que le racisme joue un rôle important. Mais le nombre de victimes blanches démontre que la classe, et non la race, est la question la plus fondamentale. Presque toutes les victimes de violence policière proviennent de la classe ouvrière, et généralement des sections les plus pauvres. Les meurtres policiers ne prennent pas place à Beverly Hills, Grosse Pointe ou dans l’Upper East Side de Manhattan, mais dans des régions à bas revenu, qu’elles soient urbaines, rurales ou en banlieue.

Cela n’empêche pas les politiciens du Parti démocrate de tenter de voiler le caractère de classe de la violence policière avec de la rhétorique sur le «racisme systémique». Hillary Clinton a parlé ainsi pendant son premier débat avec le républicain Donald Trump et à nouveau pendant une visite dans une église méthodiste épiscopale noire à Charlotte, en Caroline du Nord, où Keith Scott, âgé de 36 ans a été tué par la police le 20 septembre.

Scott; le policier qui l’a tué, Brentley Vinson; et le chef de la police de Charlotte responsable de justifier sa mort, Kerr Putney; sont tous noirs. Ce seul fait démontre que la lutte contre la violence policière requiert l’unification des travailleurs de toutes les races dans la construction d’un mouvement politique dirigé contre la classe capitaliste, et la police et les politiciens qui sont à son service.

Patrick Martin

Article paru d’abord en anglais, WSWS,  le 3 octobre 2016

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