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Le destin de l’Algérie est chez les moins-de-trente ans (Mondialisation.ca)

par Cherif Aissat 13 Octobre 2016, 20:27 Algérie

 
Algérie jeunes

La révolution algérienne est un temps universel ; dans sa partie lutte pour la libération nationale (1954, 1962), sa genèse, son organisation, son management et sa dynamique sont devenus des modèles théoriques.

Quelques instants de ce temps  

Respectivement occupée et asservies depuis juin 1830, la terre et les populations qui allaient devenir l’Algérie et les Algériens, ont vécu en 1871 leur première insurrection, soit quarante (40) ans après le débarquement.

Enrôlés durant la Première guerre mondiale (1914, 1918) dans les forces ennemies pour les besoins de la libération de la France, les Algériens et l’Algérie ont vécu une crise démographique devenue une transition vers la disparition, l’extinction.

En 2016, dans une formulation pernicieuse, pour faire le lit des futures politiques publiques qui seront exécutées parce que dictées par la Banque mondiale et le Fond monétaire international, certains médias nationaux et étrangers insistent sur la limitation des naissances en Algérie.

Un peu plus d’une quarantaine d’années après 1871, vers le milieu des années 1920, c’est une conscience politique que construisaient des ouvriers qui, en s’installant dans la métropole après la Grande Guerre, ont appris ce que sont les luttes et combats, qui a commencé à voir le jour. Ce durant, c’est le fascisme qui prenait racine en France et celui de l’Italie revendiquait même une optimalité parétienne.

Toujours durant ces années 1920, sont nés les Algériens qui allaient devenir les révolutionnaires-modèles pour l’histoire universelle. Vers les années 1940, c’est cette jeunesse algérienne des moins de 30 ans, peu instruite et pauvre qui a rompu avec la classe amorphe faite des bourgeois et certains ulémas qui tergiversait sur le déclenchement du processus libératoire.

De 1920 à 1962, quarante (40) autres années ont été indispensables pour réussir probablement l’un des chefs-d’œuvre d’émancipation d’un peuple de toute l’histoire de l’humanité.

Ces repères permettent d’émettre l’hypothèse qu’une période de quarante ans est nécessaire pour une renaissance révolutionnaire algérienne et qui serait l’œuvre des moins-de-trente ans.

Cette piste confirmerait une sociogenèse et sociogénétique telles que développées par Norbert Elias, celles d’un peuple amazigh, en quête d’une nouvelle libération.

Pour expliquer le processus de la civilisation, il faut procéder […] à l’examen simultané du changement des structures psychiques et des structures sociales dans leur ensemble. Il faut procéder ensuite […] à un examen psychogénétique visant à appréhender le champ des conflits… Il faut enfin éclairer, par une étude sociogénétique la structure d’ensemble d’un champ social déterminé et de l’ordre historique dans le cadre duquel il se transforme.

Elias, Norbert. La dynamique de l’occident. Chap. Esquisse d’une théorie. pp 256-257.

Le développement-destruction post indépendance de l’Algérie

Comme toutes les révolutions qui disparaissent avec la disparition de l’objectif, l’Algérienne a transporté naturellement avec elle les germes de son autodestruction.

De 1962 aux débuts des années 2000 et plus précisément 2001 avec l’insurrection d’une nouvelle génération d’Algériens de Kabylie massacrés par peur de généralisation à toute la patrie, c’est une autre période de quarante ans qui a été nécessaire pour un sursaut pour la dignité.

Sur leur chemin, ces rebelles ont trouvé ceux qui ont tout raté dans le développement du pays sauf l’enrichissement personnel, le monopole de positions dominantes en contrepartie de soumission ou de silences ; lesquels sont visibles dans les milieux d’une bureaucratie orwellienne, de la prédation économique, de l’information manipulatrice et la sous-traitance du monopole de la violence en le privatisant pour des milices.

Comme dans le siècle précédent, ce sont les élites bourgeoises manipulant l’argument d’autorité incluant ceux du droit à la vie (assassinats impunis) et à la liberté (détentions arbitraires) qui s’opposent avec condescendance envers ceux qu’elles appellent, pour nanification, « la jeunesse », laquelle a démontré qu’elle est audacieuse. L’argument de ses élites sur la faiblesse du niveau de scolarité est d’une indigence théorique que s’ils se l’appliquaient, ils rougiraient de honte, eux qui ont appuyé sans aucun esprit critique toutes les politiques de développement précédentes qui ont mené le pays à sa déliquescence actuelle.

Une néo-colonisation politique et économique avec paupérisation

Conduite par le Cabinet du président de la République, les nouveaux responsables des services de renseignements, les relais de la bureaucratie politique nationale et des lobbies économiques prédateurs, une néo-colonisation politique et économique avec paupérisation des Algériens est officialisée avec une constitution bâtarde. Cette soumission ne fait que confirmer un nouveau cycle de partage des pays sous-développés au bénéfice de la France par sa détention de moyens de pression qui touchent aux aspects liés à la compromission et vie privée de dirigeants algériens, aux U.S.A et alliés en sa qualité de puissance militaire menacée par sa propre monnaie qui ne cherchent qu’à repousser encore plus loin la Russie et la Chine en les affaiblissant si tant cela est possible.

Algérie : un conglomérat de voix sans voies  

Depuis les Printemps les plus visibles, ceux de Tunisie (2010) et Égypte (2011), malgré quelques tentatives de manipulations, les Algériens ont opté pour la paix. Les conflits de Syrie et Libye leur ont confirmé l’efficacité de leur stratégie, celle d’éviter une autre fois la fatalité d’un nouveau conflit fratricide qui sera attisé par des mercenaires.

Au niveau politique, un conglomérat de voix se proclamant opposition n’a réussi ni à identifier les vraies menaces et objectifs du FMI et de la Banque mondiale, ni pu s’opposer à une nouvelle constitution et delà être capable de proposer une voie ou plusieurs pour éviter à la patrie l’explosion. En pire, ce conglomérat de voix se prépare à supporter les résultats des élections législatives prochaines alors qu’une participation massive pour revendiquer une assemblée constituante qui suspendrait de facto l’actuelle serait une solution pour renverser le processus en cours.

Des militaires, des politiques silencieux et des islamo-populistes bruyants au service de l’ultralibéralisme

Avec un Sud de plus en plus abandonné aux terroristes et mafias, abandonné par les politiques qui se réunissent dans les salons officiels de l’État, abandonné par les chanteurs qui adorent se produire à Paris, Montréal, Ottawa, Londres ou Fès, un Sud qui revendique de plus en plus fort son amazighité, ni la Présidence, encore moins son Cabinet n’ont répondu à l’initiative de doter le pays d’un hymne national bilingue à même de le ressouder autour d’un destin commun.

L’absence de réaction à cette initiative adressée même à des officiers-généraux et vedettes médiatiques, pourtant revendication quasi-unanime, qui ne constitue au fait la rectification d’une décision conjoncturelle de la révolution montre à elle seule l’état de blocage du niveau de réflexion atteint par le pays et ses dirigeants qui ont peur des chantiers de prestige dans lesquels leurs gains personnels ne sont pas garantis.

C’est le même sort qui a été réservé à un plaidoyer pour une nouvelle monnaie nationale, négociée avec les pays voisins et surévaluée par rapport aux cours des monnaies actuelles ; aucun effet ni réaction n’ont été enregistrés.

Les islamistes-populistes, dans leurs comportements crétinistes n’ont pas encore réalisé qu’ils sont le moyen pour un massacre socio-économique de leurs compatriotes par l’ultralibéralisme ; ils comptent toujours sur la récupération des laissés-pour-compte pour en faire de la chair à canons dans leur négociation du monopole de la puissance avec ses actuels détenteurs.

Hocine Ait Ahmed, de la grandeur à la rente

Dans un autre versant, celui du purement politique et social, héritage de Hocine Ait Ahmed, c’est la fixation sur un consensus national qui n’a jamais été réalisé depuis l’indépendance, qui conduit vers un statu quo mortel pour l’Algérie.  Son chantre est un expert onusien qui fait montre d’un archaïsme intellectuel sidérant. À des fins de sauvegarde d’intérêts égoïstes et ne pas froisser les ambitions de ceux qui veulent être des députés en écrasant le projet de la constituante personnels, Hocine Ait Ahmed et sa grandeur se transforment en une rente politicienne.

Le seul consensus national postindépendance obtenu a été justement l’œuvre de Hocine Ait Ahmed avec la rencontre de Sant’Égidio qui malgré toutes les perfidies subies a vu toutes résolutions exécutées par le pouvoir d’Alger sauf son module de justice.

L’avenir de la patrie est chez les moins-de-trente ans

L’avenir de la patrie est entre les moins-de-trente qui sont propres et non marqués par les aspects négatifs de la guerre de libération ni par leurs responsabilités dans les tragédies vécus par le pays. Seuls eux sont capables d’une pacifique révolution anti-libérale qui sauvegardera l’intégrité de la patrie et qui relancera un processus révolutionnaire pour toute l’Afrique. Un processus qui sera long mais noble.

Les Algériens doivent se rappeler que l’indépendance et la souveraineté sont des acquis réversibles si elles ne sont pas protégées et qu’ils ne sont pas dispensés de conduire une nouvelle d’autant plus que les conditions nécessaires sont réunies. À l’image de Hocine Ait Ahmed et de ses camarades.

Cherif Aissat

 

Notes

Dans une série d’articles aussi pernicieux les uns que les autres, il est dit que « l’explosion démographique en Algérie est une menace sérieuse ». Sans recensement général et sérieux de la population et isolement de certaines variables et des analyses longitudinales, avancer une telle affirmation est purement politico-idéologique. Construire un raisonnement sur l’indice synthétique de fécondité (indice du moment) est une stupidité.

Dans un immense lapsus-linguae révélateur du niveau de privatisation de l’État, Le directeur du cabinet du président de la République Ahmed Ouyahia a déclaré au ministre de l’Industrie, Abdeslam Bouchouareb : « Tu as vendu le pays » et mises à part quelques réactions de citoyens sur Facebook, aucune indignation de l’opposition. https://www.youtube.com/watch?v=sRv49uLLF90


Le destin de l’Algérie est chez les moins-de-trente ans (Mondialisation.ca)

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