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Qu’y a-t-il derrière la campagne anti-Russie aux États-Unis ? (WSWS)

par Andrew Damon 26 Octobre 2016, 15:53 USA Campagne anti-Russie Russe

Un thème majeur de la campagne présidentielle américaine de 2016 a été la campagne pour représenter la Russie comme résolue à manipuler l’élection au moyen de la cyberguerre.

La candidate démocrate Hillary Clinton a déclaré dans le débat final de la semaine dernière que « le gouvernement russe a pratiqué l’espionnage contre les Américains » et « a reçu ces informations de WikiLeaks dans le but de les publier sur l’Internet ». Elle a dit que l’opération « viens de […] Poutine lui-même, dans un effort […] pour influencer notre élection ». Elle a accusé le candidat républicain Donald Trump d’être une« marionnette » du président russe Vladimir Poutine.

Clinton a présenté ses accusations comme des faits incontestables, citant comme preuve supposée la déclaration du 7 octobre de James Clapper, directeur du renseignement national, qui a déclaré que la « communauté du renseignement américain » était « confiante » dans l’affirmation que le gouvernement russe était responsable du piratage du Parti démocratique et des ordinateurs de la campagne de Clinton, ainsi que d’avoir transmis ces informations pour publication par WikiLeaks.

Aucune preuve n’a été présentée au public par le gouvernement des États-Unis, ni aucune autre source pour étayer les allégations de piratage russe. Clapper n’a pas de parole. C’est un parjure, ayant menti sous serment devant la Commission judiciaire du Sénat américain en mars 2013 lorsqu’on lui a demandé de but en blanc si le gouvernement effectuait une surveillance à grande échelle des communications privées.

Clinton et ses larbins, y compris le New York Times, semblent penser que les Américains ont oublié les affirmations mensongères de la « communauté du renseignement » des États-Unis, promues sans réserve par les mêmes médias qui revendent le récit anti-russe d’aujourd’hui, à propos des armes de destruction massive irakiennes dans la période précédant l’invasion de l’Irak en 2003.

En fin de compte, c’est une question secondaire de savoir si oui ou non la Russie est impliquée dans la fuite de courriels exposant la corruption et la malhonnêteté de Clinton. Clinton, le Parti démocrate et les médias se sont emparés de cette histoire et l’ont mise au centre de la campagne électorale de 2016 parce qu’elle sert des fins politiques bien précises.

Tout d’abord, l’accusation d’espionnage russe a permis à la campagne de Clinton, ainsi qu’à la grande majorité des médias capitalistes, de minimiser le contenu très compromettant, sinon incriminant, des e-mails publiés par WikiLeaks. (Ses discours obséquieux à Wall Street, la connivence de sa campagne avec la direction du Parti démocrate afin de battre Bernie Sanders, son principal rival dans les primaires, les efforts visant à influencer les enquêtes officielles sur son utilisation illicite d’un compte de messagerie privée pour les affaires officielles du Département d’État, les relations corrompues entre la Fondation Clinton et divers organismes et gouvernements, etc.).

C’est un exemple classique d’une tentative de discréditer le message en attaquant le messager.

Mais il y a des questions plus fondamentales impliquées dans les provocations contre la Russie. Washington considère que la Russie est un obstacle à sa poussée pour l’hégémonie sur l’Eurasie. En outre, attiser des tensions avec Moscou sert à maintenir les alliés de l’Amérique en Europe occidentale alignés sur la perspective géostratégique et économique de l’impérialisme américain. Une fonction majeure de la guerre froide était de maintenir la suprématie politique américaine en Europe en cultivant une menace extérieure sur le flanc Est des puissances impérialistes européennes. Avec la dissolution de l’Union soviétique il y a 25 ans, ce rôle a été transféré à la Russie qui est toujours la deuxième plus grande puissance nucléaire du monde.

Il est à noter que le 22 octobre marque le 54e anniversaire du discours du président John F. Kennedy annonçant au peuple américain que l’Union soviétique avait stationné des missiles nucléaires à Cuba et que le gouvernement américain avait institué un embargo pour intercepter et perquisitionner tous les navires russes en route pour Cuba. La crise des missiles de Cuba a été l’événement où la civilisation humaine a frôle au plus près la destruction nucléaire.

Le programme de guerre irresponsable et incendiaire des États-Unis amène aujourd’hui le monde plus près de l’anéantissement nucléaire qu’à tout moment depuis ces 13 jours de 1962. La guerre par procuration des États-Unis pour un changement de régime en Syrie et d’autres interventions sanglantes au Moyen-Orient, et la militarisation américaine de l’Europe de l’Est, ont de nouveau dangereusement rapproché Washington et Moscou de la guerre. La diabolisation actuelle de Poutine par la favorite présidentielle Clinton ne fait qu’augmenter le danger.

La guerre froide a été accompagnée d’une idéologie anticommuniste fanatique qui a touché tous les aspects de la politique et de la société américaine. L’obsession des États-Unis avec l’URSS a été motivée par la haine et la peur de la classe dirigeante américaine pour l’héritage du socialisme révolutionnaire, même sous une forme déformée, exprimé par l’existence de l’Union soviétique. Mais la guerre froide était aussi liée la sécurisation de la position dominante dans l’ordre géopolitique mondial des États-Unis, par l’intermédiaire de l’OTAN et d’autres institutions, vis-à vis des alliés impérialistes de Washington.

Suite à la dissolution de l’URSS, les États-Unis s’autoproclamèrent la seule super-puissance et annoncèrent qu’ils ne toléreraient aucun défi régional, et encore moins mondial, à son hégémonie. Les 25 années écoulées depuis la dissolution de l’URSS, cependant, ont vu une série de catastrophes stratégiques pour les États-Unis, sapant les fondements de sa position mondiale prééminente. Sa poursuite de la réorganisation du Moyen-Orient sous sa propre domination, en commençant par la première guerre du Golfe en 1991, n’est pas parvenue, malgré le chamboulement des structures étatiques du Moyen-Orient et la transformation de la région en un abattoir, à produire un avantage stratégique clair pour les États-Unis.

Entre-temps, la montée de la Chine et d’autres économies asiatiques, ainsi que la transformation d’une Allemagne unifiée en le plus grand exportateur de capitaux du monde, a encore affaibli la suprématie des États-Unis dans l’économie mondiale, alors même que la vie économique du pays est de plus en plus dominée par diverses formes de parasitisme et de spéculation.

Dans ces conditions, les États-Unis ont eu à faire face à des tensions croissantes avec leurs plus proches alliés de l’OTAN. Celles-ci ont éclaté dans une série de différends sur le commerce, la fiscalité et la politique militaire, y compris l’échec des négociations sur le Partenariat transatlantique de commerce et d’investissement et la demande de l’Union européenne qu’Apple, la plus grande société américaine, paye 13 milliards de dollars d’arriérés d’impôts.

Les États-Unis ont riposté en exigeant que la Deutsche Bank, mal en point, paye une amende de 14 milliards de dollars pour son rôle dans la crise financière de 2008, un geste qu’un haut responsable allemand a décrit comme « ayant les caractéristiques d’une guerre économique ». Ces tensions économiques ont été associées à des initiatives pour transformer l’Union européenne en une alliance militaire pour compléter, voire remplacer, l’OTAN dominée par les États-Unis.

Les provocations militaires constantes des États-Unis contre la Russie, y compris le coup d’État de 2014 en Ukraine, la pression pour un changement de régime en Syrie, et le renforcement de l’OTAN à la frontière russe, visent à créer une atmosphère de crise au sein de laquelle les pays d’Europe occidentale, face à la perspective de représailles militaires par la Russie, restent soudés à l’alliance militaire et économique avec les États-Unis.

Tout laisse à croire que l’escalade militaire contre la Russie va s’intensifier au cours du prochain gouvernement. S’exprimant avec une candeur inhabituelle, le Washington Post a rapporté jeudi que, « Les républicains et les démocrates qui fournissent l’élite de la politique étrangère préparent le terrain d’une politique étrangère américaine plus affirmée, à travers une série de rapports formulés par des responsables qui sont susceptibles de jouer des rôles principaux dans une possible Maison Blanche de Clinton ».

Le Post a noté que « la nature bipartisane des recommandations récentes, survenant à un moment où le pays n’a jamais été aussi polarisé, reflète un consensus remarquable parmi l’élite de la politique étrangère » pour l’escalade des États-Unis contre la Russie et la Syrie.

Ces développements représentent le plus grand danger pour la civilisation humaine depuis la fin de la guerre froide. Au cours du dernier mois, la Russie a réagi à l’escalade des États-Unis non seulement en menaçant directement d’abattre des avions de guerre américains, mais aussi par le transfert des missiles à capacité nucléaire à Kaliningrad, son enclave occidentale, menaçant directement les pays d’Europe de l’Est.

Alors que tout indique que le futur gouvernement de Hillary Clinton poursuivrait une escalade importante de la confrontation de Washington avec la Russie, il y a une possibilité très réelle que la stratégie de la corde raide de Washington n’aboutisse (comme c’était prévu par un certain nombre d’études politiques récentes) en une guerre conventionnelle ou nucléaire totale avec la Russie.

Malgré cela, les médias et l’ensemble de l’establishment politique sont restés entièrement silencieux sur la menace de guerre. Seuls le World Socialist Web Site et le Socialist Equality Party (Parti de l’égalité socialiste) tirent la sonnette d’alarme sur le danger de guerre. Nous appelons tous les lecteurs du World Socialist Web Site à se rendre à la conférence du 5 novembre, « le Socialisme contre le Capitalisme et la guerre » et à aider dans la construction d’ un mouvement de la classe ouvrière contre la guerre et le système capitaliste qui l’engendre.

(Article paru en anglais le 22 octobre 2016)

Qu’y a-t-il derrière la campagne anti-Russie aux États-Unis ? (WSWS)

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