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BREAKING : des journalistes découvrent que leurs patrons ne sont pas des anges (Reflets.info)

par Reflets.info 5 Novembre 2016, 06:13 Médias Journalisme I-Télé Bolloré Nouvel Obs Licenciement politique

magnatVous soutenez I-Télé ? Oui, vous savez, les gentils journalistes en lutte contre le méchant Bolloré qui tente d’imposer Jean-Marc Morandini à l’antenne… Il y a ces temps-ci une épidémie de journalistes qui découvrent que leurs patrons ne sont pas des anges et s’en offusquent publiquement. C’est du moins ce que le bruit médiatique nous laisse percevoir. Le premier gros « boum » s’est fait entendre avec le livre « Le monde libre » d’Aude Lancelin. Ancienne directrice adjointe de l’Obs, elle a été remerciée dans des conditions pour le moins désagréables et pour des raisons politiques. Elle en a tiré un livre (full disclosure : que nous n’avons pas encore lu) qui raconte avec une extrême précision c’est qu’est un journal comme l’Obs. Car si le portrait est celui de l’Obs, il s’applique dans les grandes lignes à sans doute à peu près toute la presse. Et puis il y a eu le malaise Morandini. L’animateur est mis en examen pour corruption de mineur aggravée par l’utilisation d’un moyen de communication électronique, et placé sous contrôle judiciaire. Et les journalistes d’I-Télé trouvent que cela fait désordre. Ils font donc grève. Mais le font-ils pour les bonnes raisons ?

La présence de Morandini, mis en examen ou pas, à l’antenne est en elle-même une insulte au journalisme. C’est là que devrait se trouver le point de rupture. Morandini incarne comme Cyril Hanouna ou bien d’autres, tout ce que la télévision peut produire de pire et de plus éloigné du journalisme.

On pourrait expliquer que ce n’est pas nouveau. L’irruption de patrons d’entreprises dans le secteur de la presse ne date pas d’hier. Ils sont marchands d’armes, bétonneurs, banquiers, maroquiniers. Bref tout sauf des patrons de presse. Ils appliquent leurs recettes à des entreprises qui ne peuvent pas fonctionner comme les autres. Et ça fait des journaux ou des télés de m…

Nous n’inventons rien. En 1987, le dessinateur Wiaz passait un dessin à l’antenne, sur TF1 récemment rachetée par Bouygues, représentant un Francis Bouygues s’écriant : « Une maison de maçon.. un pont de maçon.. une télé de m…! ». Dans la foulée, l’émission était arrêtée.

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Le problème dénoncé par les journalistes d’I-Télé ou la journaliste de l’Obs n’est donc pas nouveau. Les patrons de presse sont désormais pratiquement tous des gens qui ne sont plus issus du secteur. Cela pose trois soucis principaux qui ne viennent pas d’être découverts.

Le premier est économique. Quand on a une rentabilité de 30 % dans son secteur initial, on attend la même chose dans une entreprise que l’on rachète. Soit-elle une entreprise de presse. Or c’est impossible. La presse est un secteur complexe qui ne peut produire de la qualité qu’avec beaucoup de dépenses. Placer des M. Excel qui font des coupes magiques dans les dépenses, cela réduit obligatoirement la qualité de ce qui est produit. Moins de reportages, moins de correcteurs, moins de documentation, des journalistes qui font plusieurs métiers en plus du leur… Il n’y a que ces nouveaux patrons pour penser que l’on peut faire mieux avec moins.

Deuxième problème : les nouveaux patrons de presse s’achètent une danseuse. Ils pensent que la presse est toujours le 4ème pouvoir. Or leurs relations avec les différents pouvoirs (économique, politique, financier) sont légion. Ils ont donc une envie très puissante de ne pas laisser les journalistes qu’ils se sont achetés critiquer leurs amis. D’où les censures que l’on a pu observer. Dans l’autre sens, on peut observer des articles qui « favorisent » les amis des patrons de presse.

Enfin, il reste le problème de l’information du public. Qui découle du problème précédent.

Peut-on imaginer un article défavorable à LVMH dans Les Echos, un journal qui appartient à Bernanrd Arnault ? Un article critique sur Dassault dans Le Figaro, qui appartient à Dassault ? Un article sur IOL dans Libération qui appartient à Patrick Drahi (SFR), gros consommateur de sondes Qosmos) ou dans Le Monde, qui appartient à Xavier Niel (Free) ?

Le Monde Diplomatique a dressé récemment une carte de la presse que les journalistes des différentes rédactions pourraient utilement regarder. Ils sauraient ainsi quelles sont les limites imposées dans l’exercice de leur métier.

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Les journalistes qui font tant de bruit médiatique actuellement ne découvrent pas le problème. Il y a juste un élément déclencheur, un ras-le-bol. Mais il n’y a pas d’issue à leur problème. Il y a un choix unique : être dedans ou dehors. Si l’on accepte de travailler dans une rédaction, il faut prendre en compte les baronnies, le poids de la publicité, des investisseurs, des patrons de presse vendeurs d’armes ou de sacs-à-main. En échange, on bénéficie d’un salaire à peu près convenable. On tire un trait sur le journalisme mû par la passion, la vocation.

Si l’on préfère faire ce métier parce que l’on a une vocation, une passion, une envie d’informer le public sans biais, il faut désormais être dehors ou dedans et dehors. L’indignation soudaine ne suffit plus. Comme lors de leur dissolution, les Bérurier Noirs criaient « Formez des groupes de rock… LIBRES ! », il est temps de créer des journaux libres.

C’est ce que nous avons décidé de faire avec Bluetouff il y a maintenant à peu près six ans.

C’est une responsabilité. Nous avons payé le prix d’une parole libre.

Quant à vous, chers lecteurs, votre responsabilité est de donner à ce journal libre les moyens de sa survie. Car aujourd’hui, ce n’est toujours pas le cas. Et vous risquez de vous retrouver avec des I-Télé ou des l’Obs dont même les journalistes semblent dire qu’il s’agit de médias de m… maçon…

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