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Campagne présidentielle : la question du conflit israélo-palestinien dans la politique étrangère française (LGS)

par Adel TAAMALLI 9 Novembre 2016, 19:38 France Israël Palestine Politique étrangère

Lors de l’émission On n’est pas couché du 5 novembre dernier, au cours de laquelle Dominique de Villepin était invité à l’occasion de la sortie de son dernier livre sur la paix et la guerre (Mémoires de paix pour temps de guerre, Grasset (2016)), il a été longuement question de la diplomatie internationale, plus particulièrement de nos liens avec le Qatar et l’Arabie Saoudite accusés par beaucoup d’être à l’origine du djihadisme international. Ce même sujet a été abordé lors du dernier débat réunissant les candidats à la Primaire de la droite.

Or, alors même qu’il se développe dans la même région, le conflit israélo-palestinien n’a jamais été évoqué au cours de ces deux séquences télévisuelles. C’est pourquoi j’aimerais montrer en quoi la fin du pourrissement de la situation qui perdure depuis plusieurs années entre Israéliens et Palestiniens est une des clés du règlement des conflits dans la région.

 

La diplomatie contre le djihadisme

Fait connu de tous, les organisations djihadistes utilisent, parmi d’autres, l’argument de l’injustice faite au peuple palestinien par l’occupation israélienne dans leurs tentatives de recrutement de nouveaux adeptes.

Bien que la situation sur le terrain soit beaucoup plus complexe que ne le laisse entendre le traitement médiatique habituel qui en est fait, les violations répétées, depuis plusieurs années, du droit international par le gouvernement israélien n’aident pas à contrecarrer la propagande djihadiste.

Sur ce sujet, la France ne peut bien sûr pas être décisive. Mais, en tant que membre permanent du Conseil de Sécurité de l’ONU, elle a son rôle à jouer, afin de déployer une stratégie cohérente contre la montée du djihadisme international qui l’a si durement frappée ces deux dernières années.

C’est pourquoi le gouvernement actuel, bien qu’il pâtisse de nombreux échecs dans d’autres domaines, a eu raison de prendre l’initiative d’organiser la Conférence de Paris du 3 juin dernier pour la paix au Proche-Orient. Certes, rien de concret n’en est ressorti, alors qu’Israéliens et Palestiniens n’y ont même pas été représentés.

Jean-Marc Ayrault, l’actuel chef du Quai d’Orsay, a toutefois fait remarquer à cette occasion qu’il voudrait qu’on se serve de l’Initiative de « La Terre contre la paix » proposée en 2002 par la Ligue arabe comme base de règlement du conflit, au même titre que des résolutions de l’ONU ou de la feuille de route du Quartet pour le Moyen-Orient qui appuient toutes la solution à deux Etats. Pour rappel, Il s’agissait alors, en échange d’une reconnaissance mutuelle et d’une garantie donnée à Israël à l’existence par tous ses voisins arabes, de donner l’indépendance aux Palestiniens sur la base des frontières de 1967 tout en trouvant une « solution viable » sur le sort des réfugiés. Initiative rejetée par Israël alors. Mais cette position de la diplomatie française rappelle que la paix globale dans la région ne peut passer sans reconnaissance entre les Etats arabes et Israël.

Ainsi, la question des relations avec le Qatar et l’Arabie saoudite, partie prenante de la Ligue arabe, ne peut ne pas être liée à celle du conflit du Proche-Orient et donc aux diplomaties adoptés vis-à-vis des acteurs de celui-ci.

Le Qatar et l’Arabie Saoudite, des acteurs incontournables ?

Certains candidats à la Primaire à droite sont pour remettre à plat nos relations diplomatiques avec le Qatar et l’Arabie Saoudite, tout en leur demandant des comptes sur le soutien supposé qu’ils apporteraient au terrorisme.

Nonobstant l’interrogation sur la pertinence de cette proposition, et étant donné l’initiative française prise cette année sur le conflit israélo-palestinien, il aurait été intéressant que les électeurs entendent la position de ces candidats sur les liens qui pourraient être faits entre règlement du conflit israélo-palestinien et celui de l’affrontement chiite/sunnite, lequel est une des raisons profondes de l’embrasement de la Syrie, mais aussi de l’Irak et du Yémen.

Il ne s’agit pas de dire que des liens opérationnels existent entre les deux théâtres. La situation en Israël/Palestine fonctionne en vase clos. La guerre civile syrienne, bien qu’ayant lieu dans un pays frontalier, n’interfère par exemple pas dans la poursuite de la colonisation ou dans la vague de violence actuelle.

Seulement, l’Iran ayant réintégré la scène internationale depuis l’accord historique de l’année dernière, les puissances occidentales, dont la France, auraient intérêt à assurer un jeu d’équilibre entre les pétromonarchies avides de gros contrats et la puissance chiite aux besoins imminents en équipements en vue de sa modernisation permise par l’ouverture récente. En plus de défendre leurs positions dans un contexte de reprise timide de l’économie mondiale, elles gagneraient en crédibilité.

S’il fallait qu’il y ait un changement dans notre politique étrangère, il serait urgent de convaincre les puissances chiites et sunnites de participer ensemble aux conversations internationales travaillant à la paix israélo-palestinienne. Dans le même temps, il faudrait impulser une réelle montée en pression sur Israël pour qu’il respecte le droit international, afin de les rendre plus réceptifs à l’invitation au dialogue, Arabie Saoudite et Iran en tête, lesquels viennent de rompre leurs relations diplomatiques.

Le cas contraire favoriserait le développement de l’épouvantail djihadiste malgré la défaite annoncée de Daesh. Tout simplement parce les affrontements entre chiites et sunnites, en se poursuivant et en s’intensifiant dans les zones où ils se côtoient (Yémen, Irak, Syrie, Liban, Est de l’Arabie Saoudite, Bahreïn) créeront ou permettront le développement de zones de radicalisation attirant à elles tous les djihadistes de l’Ancien monde.

Conclusion

Au vu des faits évoqués, la question du règlement du conflit israélo-palestinien doit être l’objet d’une impulsion nouvelle de la politique étrangère française.

La paix dans cette guerre vieille de près de sept décennies permettra d’enlever un argument de poids au recrutement de nouveaux djihadistes, tout en rendant crédible tout effort de paix visant à la réconciliation entre chiites et sunnites, et ce, pour ne pas laisser se développer d’autres endroits ressemblant à l’Etat islamique.

Encore faut-il en trouver le chemin. Un chemin de plus en plus tortueux à mesure qu’apparait, du fait de l’imbrication forcée de plus en plus poussée des peuples juif et arabe sur le terrain, qu’un Etat binational sera peut-être la solution la plus viable à l’avenir...

Campagne présidentielle : la question du conflit israélo-palestinien dans la politique étrangère française (LGS)

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