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Débat Fillon-Juppé : la bourgeoisie française tourne vers l'extrême-droite (WSWS)

par Alexandre Lantier et Alice Laurençon 25 Novembre 2016, 13:18 Fillon Juppé Primaire Les Républicains Extrême droite

Débat Fillon-Juppé : la bourgeoisie française tourne vers l'extrême-droite (WSWS)

François Fillon et Alain Juppé, qui se présentent dimanche au second tour des primaires de droite pour les élections présidentielles de 2017, ont participé à un dernier débat, jeudi soir.

Sur fond de la victoire surprise de Donald Trump aux présidentielles américaines, la victoire soudaine de Fillon au premier tour souligne que la politique bourgeois traverse actuellement un tournant historique majeur, très loin vers la droite. Alain Juppé, l'ancien favori qui voulait cacher son programme d'austérité extrême, de guerre, et de mesures d'Etat policier en se disant « rassembleur », est devancé. A présent, Fillon recevrait 65 pour cent des voix au second tour des primaires, selon un sondage Odoxa.

Etant donné la profonde impopularité du PS, Fillon deviendrait le candidat qui se retrouvera le plus probablement face à Marine Le Pen du Front national aux second tour des présidentielles. Il reprend essentiellement le programme de Juppé, mais en poussant certaines des propositions bien plus loin. Surtout, il les justifie par de nombreuses prises de position qui flirtent avec l'extrême-droite, hostiles envers l'avortement, ou envers le mariage homosexuel, ou qui attisent les préjugés antimusulmans et antisémites.

La campagne laisse entrevoir une intensification des larges attaques contre les travailleurs et de l'escalade de la participation française aux diverses guerres menées par l'OTAN, et l'émergence de conflits de classe extrêmement aigus après l'élection l'année prochaine. Les projets de Fillon et de Juppé suscitent déjà l'opposition de 56 et de 52 pour cent des Français, respectivement.

Mardi, Juppé avait soulevé les critiques du reste des Républicains en traitant le programme de Fillon de « rétrograde » et « d'une grande brutalité sociale ». La décision de Juppé et de Fillon ensuite de mettre en sourdine leurs divergences et d'organiser un débat cordial, afin d'afficher l'unité de leur parti, a souligné les ressemblances très étroites entre les politiques proposées par les deux candidats.

Ni l'un ni l'autre n'a mentionné l'état d'urgence qui dure depuis maintenant plus d'un an en France, ou le danger d'une large guerre avec la Russie ou d'autres puissances majeures que posent les guerres impérialistes menées par l'OTAN en Syrie et à travers le Moyen-Orient. Le soutien à ces politiques fait l'unanimité parmi tous les candidats des partis de gouvernement.

Le débat s'est concentré sur les coupes budgétaires et les attaques sociales à préparer contre la population, ainsi que les positions réactionnaires de Fillon sur les question sociétales et la politique étrangère de la France.

Fillon et Juppé proposent tous deux des suppressions d'emplois dans la fonction publique (de 500.000 et de 200.000 respectivement), le passage de l'âge de la retraite à 65 ans, des réductions de l'impôt sur les profits du capital, l'élimination de l'impôt sur la fortune, et de profondes coupes budgétaires (€100 milliards et plus de €85 milliards, respectivement).

Fillon a notamment dénoncé une interrogation des journalistes sur son attitude envers des droits sociaux fondamentaux énoncés après la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Il a déclaré, « Ce modèle social français n’existe plus aujourd'hui. On n'est pas en 1945, on est dans un monde ouvert, on a besoin de changer profondément ce modèle pour qu’il soit plus juste ».

Fillon a aussi défendu sa proposition de transférer le remboursement de nombreux traitements de la Sécu aux assurances privées, préparant ainsi la privatisation des soins médicaux, soi-disant pour mener la « débureaucratisation » et le « redressement » de la France.

Peu après, Fillon et Juppé ont tous deux défendu le plan de sauvetage pour les banques organisé par la droite française, au pouvoir pendant le krach de 2008, qui prévoyait de payer €360 milliards aux banques. Tout en défendant cet octroi de sommes massives à l'aristocratie financière, ils proposaient sans vergogne des réductions massives d'emplois, des mesures d'austérité sans précédent et le sabordage de droits sociaux acquis de haute lutte par des générations de travailleurs au 20e siècle.

Juppé et Fillon se sont disputés à propos des commentaires de Fillon sur l'avortement, dont Fillon nie le caractère de « droit fondamental », ainsi que de sa déclaration que la France « n'a pas vocation à être multiculturelle ».

Les deux candidats ont réaffirmé leur préférence pour une politique prétendument indépendante vis-à-vis à la fois des Etats-Unis et de la Russie, ainsi que leur attachement à l'OTAN et à l'alliance atlantique. En un geste qu'il est impossible d'interpréter autrement que comme une déclaration d'hostilité envers l'Allemagne, puissance hégémonique au sein de l'Union européenne, Fillon a prédit que grâce à sa politique d'austérité, la France pourrait devenir la principale puissance européenne.

En fait, les positionnements réactionnaires de Fillon et aussi de Juppé démontrent que la classe dirigeante prépare une confrontation avec la classe ouvrière, sous des conditions explosives à l'extérieur et d'Etat policier à l'intérieur de la France.

Le phénomène de l'élection d'un gouvernement conservateur très marqué à droite après le Brexit au Royaume-Uni, comme de l'élection du démagogue milliardaire d'extrême-droite Donald Trump aux Etats-Unis, touche aussi la France.

Une profonde crise économique et géo-stratégique du capitalisme mondial traverse la classe politique et fait revivre les tendances les plus rétrogrades. La principale responsabilité en France incombe au Parti socialiste (PS) du Président François Hollande, et aux partis de pseudo gauche tels que le Nouveau parti anticapitaliste qui ont appelé à voter Hollande en 2012. L'état d'urgence, la guerre, et la politique d'austérité menée par Hollande ont abouti à une profonde déstabilisation des relations de classe et de la vie politique française.

Le virage du PS vers la droite et ses appels en direction l'extrême-droite, dont sa tentative de constitutionnaliser la déchéance de nationalité, ont pris la droite française en tenaille. Afin de se maintenir à droite du PS – alors qu'elle était en accord avec lui sur la guerre, l'austérité et les attaques contre les droits démocratiques – elle prend des positions ultra-réactionnaires sur les questions sociétales que le PS et la pseudo gauche avaient mis au centre de leur action.

Sur Europe1, Fillon a attaqué mercredi les communautés musulmane et juive : « Les intégristes musulmans sont en train de prendre en otage la communauté musulmane », a-t-il dit. « Il faut combattre cet intégrisme, il faut le combattre comme d'ailleurs dans le passé, je le rappelle, on a combattu une forme d'intégrisme catholique ou comme on a combattu la volonté des juifs de vivre dans une communauté qui ne respectait pas toutes les règles de la République française ».

Le grand rabbin de France Haïm Korsia a téléphoné à Fillon pour rappeler que la ghettoïsation des Juifs en France était le fait de l'antisémitisme français, non pas une décision prise librement. Il a « souligné que le communautarisme juif qui a pu exister jadis n'était en rien le fait ni le choix des citoyens de confession juive, mais la conséquence de la non-acceptation par la société française d'alors de leurs semblables », selon l'équipe de Korsia.

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