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L’AFP et le ploucgate de Sarkozy (Libération)

par Daniel Schneidermann 3 Novembre 2016, 14:34 Sarkozy Ploucgate AFP Médias France

L’AFP et le ploucgate de Sarkozy
Par Daniel Schneidermann
Libération


Etrange silence que celui de l’agence de presse suite à son déjeuner avec l’ancien président où celui-ci assimilait son électorat à des « ploucs ».

C’est un déjeuner au siège de l’AFP. L’hôte du jour s’appelle Nicolas Sarkozy. Autour de lui, « la direction, et une partie de la rédaction de l’AFP », selon Paris Match. Pourquoi Paris Match ? Pas d’impatience, vous allez comprendre. Ce déjeuner aurait dû rester secret. C’était un déjeuner « off ». Les journalistes présents n’ont pas le droit d’écrire ce qui s’y dit. On demandera : à quoi bon, alors, déjeuner avec Sarkozy ? Les participants répondront : « Pour recueillir des éléments de contexte. » Pour éclairer notre réflexion. Pour connaître les arrière-pensées des déclarations publiques de Sarkozy, si elles existent. Pour rédiger des dépêches éclairées. Admettons.

Seulement voilà : deux jours plus tard, le site de l’Obs se barre d’un gros titre : « INFO OBS. Sarkozy : "Mon électorat est populaire, ce sont des ploucs". » Avec ce sous-titre : « Selon nos informations, l’ancien président de la République a tenu ces propos lors d’un déjeuner organisé à l’AFP ». Arrêtez les rotatives, une énormité a fuité ! Toute la presse reprend l’incroyable citation. Que se passe-t-il ? Après le livre-catastrophe de Gérard Davet et Fabrice Lhomme (1), Nicolas Sarkozy, dans un accès de hollandite aiguë, s’est-il lui aussi tiré une balle dans le pied ? Le mal est donc contagieux ? Furibard, le camp Sarkozy rectifie : ce qu’a voulu dire le candidat, c’est qu’aux yeux de ses hôtes du jour - les journalistes de l’AFP - ses électeurs, à lui Sarkozy, sont considérés comme des ploucs. Traduction libre : « Vous autres, bobos de l’AFP, prenez mes électeurs pour des ploucs ».

On reconnaît mieux là, en effet, la dialectique sarkozienne, pour laquelle tout journaliste est présumé bobo, vivant dans le XIe arrondissement de Paris, achetant des œufs frais dans un panier d’osier, et sirotant des tequilas en terrasse. Mais aucun commentaire de l’AFP après la fuite de l’Obs. Jusqu’à un article de Match, huit jours après le déjeuner (nous y voilà). On y apprend que le PDG de l’agence, Emmanuel Hoog, a adressé à Nicolas Sarkozy ses « excuses personnelles et professionnelles ». Sa citation aurait été sortie du contexte. Pour sa part, l’Obs maintient crânement.

Ce « ploucgate » s’inscrit dans un contexte. On a appris, dans les jours précédents, de la source totalement fiable, bien entendu, de son ancienne compagne Valérie Trierweiler, que François Hollande, pour sa part, traitait vraiment les pauvres de « sans-dents ». De la source tout aussi fiable d’une journaliste du JDD, Anna Cabana, on a aussi appris qu’Alain Juppé lui avait confié (en 2011) : « Je n’aime pas les flics et je déteste les juges. » Sur les méfaits de ce journalisme low-cost, qui envahit des médias traditionnels naguère plus scrupuleux, tout a été dit ici par notre confrère Alain Auffray. Mais l’épisode du ploucgate de Sarkozy mérite un sort particulier. Le plus baroque de l’histoire, ce sont les huit jours pendant lesquels les participants au déjeuner (tous journalistes professionnels, si l’on comprend bien) savaient exactement ce qu’il en était. Soit la citation a été déformée par l’Obs, soit non. Mais aucun d’entre eux ne l’a exprimé publiquement, d’aucune façon. Evidemment, aucune dépêche de l’AFP à ce propos : l’AFP aura été le seul média français à ne pas traiter cette affaire, qui s’est déroulée dans les murs de l’AFP...

 

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L’AFP et le ploucgate de Sarkozy (Libération)

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