Le président élu Donald Trump s’est ingénié à se présenter comme un homme fort dans la lutte contre le terrorisme.

Il « bombarderait rapidement et décisivement » l’État islamique (EI), a-t-il affirmé, et il déploierait les troupes américaines en Irak – jusqu’à 20 000 – 30 000 soldats, pour « l’éliminer rapidement ».

Il a menacé d’interdire l’importation de pétrole d’Arabie saoudite et des autres alliés arabes si ces derniers refusaient de mettre à disposition des troupes pour combattre l’EI.

« Qui a fait exploser le World Trade Center ? Ce n’était pas les Irakiens mais les Saoudiens : regardez l’Arabie saoudite, ouvrez les documents », a-t-il déclaré à Fox News.

Cependant, la rhétorique de Trump ressemble beaucoup à son autobronzant orange : effrayante, inoubliable… et bien trop fausse.

 

Terrorisme d’État saoudien

Si Trump est persuadé que les attentats du 11 septembre ont été financés par l’Arabie saoudite, il est clair qu’il n’en est pas moins heureux de fricoter avec les ennemis de l’Amérique, tant qu’il peut se faire rapidement du fric.

Au cours de sa campagne l’année dernière, Trump a enregistré huit nouvelles sociétés en Arabie saoudite. La Commission électorale fédérale a révélé que quatre d’entre elles étaient encore en activité en mai 2016.

THC Jeddah Hotel Advisor et DT Jeddah Technical Services Advisor sont les sociétés dont il est désigné comme propriétaire ou président et elles seraient liées au développement potentiel d’un projet hôtelier.

Le même jour où il créait ces sociétés, Trump avait annoncé lors d’un rassemblement en Alabama : « Les Saoudiens, je m’entends avec tous. Ils m’achètent des appartements. Ils dépensent 40 millions de dollars, 50 millions de dollars. Suis-je censé les détester ? Je les aime beaucoup. »

Les relations lucratives de Trump avec les Saoudiens sont anciennes. Trois mois avant le 11 septembre, Trump aurait vendu le 45e étage de Trump World Tower au royaume d’Arabie saoudite pour 4,5 millions de dollars.

 

 

Donald et Melania Trump discutent avec le PDG de Qatar Airways, Akbar al-Baker (à droite) lors d’un gala de Qatar Airways pour célébrer leurs vols inauguraux vers la ville de New York, le 28 juin 2007 (Getty Images)

 

Groupe terroriste iranien

Cela n’a pas empêché Trump et ses représentants d’utiliser avec hypocrisie la question saoudienne pour discréditer leurs opposants politiques.

Rudy Giuliani, principal candidat de Trump pour le poste de secrétaire d’État selon des sources au sein de son équipe de transition, a appelé Hillary Clinton, alors rivale de Trump, à s’excuser publiquement pour avoir reçu des dons d’Arabie saoudite.

« Je voudrais la voir s’excuser pour tout l’argent que la Fondation Clinton a accepté, venant disons-le d’Arabie saoudite, où les femmes ne sont pas autorisées à conduire. On me dit qu’elle est féministe et elle accepte de l’argent d’un pays où les femmes ne sont pas autorisées à conduire ? » a souligné Giuliani.

Pourtant, Giuliani est un lobbyiste rémunéré pour le compte de l’Organisation des moudjahidines du peuple iranien (Moudjahidine e-Khalq, MeK), organisation pour laquelle il a fait campagne (avec succès) afin qu’elle soit retirée de la liste des organisations terroristes étrangères du Département d’État en 2012.

« Le MeK a beaucoup de sang américain sur les mains, ainsi que celui de milliers d’Iraniens tués alors que le groupe était une force de frappe au service de Saddam Hussein dans les années 1980 et 1990 », a écrit Daniel Benjamin, un ancien coordinateur de la lutte contre le terrorisme au sein du Département d’État.

Giuliani a également reçu des indemnités pour des conférences de la part du MeK pour s’être exprimé plusieurs fois au nom du groupe en 2011 et 2012. Il est intéressant de noter que Giuliani a profité de son plaidoyer pour le MeK alors que le groupe était encore répertorié comme une entité terroriste. Comme le remarque Benjamin, son lobbying pour le MeK pourrait bien avoir été illégal.

 

 

Autoritarisme turc

Pourtant, le lobbying pour les terroristes semble être un passe-temps régulier pour les personnes nommées par Trump.

Il a été révélé que son conseiller à la sécurité nationale, le lieutenant-général Michael Flynn, ancien chef de la Defense Intelligence Agency (DIA) du Pentagone, avait signé un contrat avec une entreprise néerlandaise servant de façade à un entrepreneur turc étroitement lié au régime d’Erdoğan.

En septembre 2015, la société de Flynn, Flynn Intel Group, a signé un accord de lobbying avec Inovo BV, une façade pour Inovo Turkije. Les deux entités ont été fondées par Ekim Alptekin, un représentant d’Erdoğan qui préside le Conseil d’affaires turco-américain, lui-même division de la Commission des relations économiques étrangères de la Turquie, dont les membres sont désignés par le ministre de l’Économie et la Grande Assemblée nationale de Turquie.

Pendant ce contrat, Flynn a écrit une tribune regorgeant d’éloges exubérantes pour la répression post-coup d’État menée par Erdoğan. Il a même repris la propagande de l’État turc en affirmant que le coup d’État avait été orchestré par le religieux exilé Fethullah Gülen – qu’il qualifiait de terroriste.

Pourtant, selon le Comité pour la protection des journalistes, la Turquie emprisonne désormais plus de journalistes que n’importe quel pays, notamment la Chine, alors que les opposants politiques d’Erdoğan sont arrêtés par milliers – tous sur des accusations de « terrorisme ».

Ce mois-ci, l’indice d’État de droit du World Justice Project a placé la Turquie à la 99e place sur 113 pays, juste derrière l’Iran et le Myanmar.

« Si Flynn connaissait les liens d’Alptekin avec le gouvernement turc, il a violé la loi américaine en ne s’inscrivant pas en vertu de la Foreign Registration Act (FARA) et en ne se déclarant pas comme agent étranger », fait remarquer David Phillips, ancien conseiller du Département d’État sous les administrations Clinton, Bush et Obama.

 

 

Djihadistes syriens

Cependant, Flynn en sait beaucoup plus sur la duplicité de la Turquie que d’autres. En août 2012, alors qu’il était chef de la DIA, cet organisme a obtenu des informations alarmantes prouvant que les « États du Golfe et la Turquie » appuyaient « l’insurrection en Syrie » en soutenant al-Qaïda en Irak.

La DIA a averti que la poursuite d’un tel soutien aux rebelles islamistes conduirait à la création d’une « principauté salafiste » dans l’est de la Syrie et, éventuellement, à la déclaration d’un « État islamique… en Irak et en Syrie ».

Dans les interviews concernant le rapport, Flynn a confirmé que l’exactitude de cette information.

Malgré les allégations de financement de djihadistes syriens par l’État turc, Flynn est heureux de s’accorder avec Erdoğan.

 

 

Interdire le territoire aux musulmans, mais prendre leur argent

Trump lui-même n’a aucun scrupule à investir dans ces régions.

À ce jour, Trump a reçu des redevances pour plus de 10 millions de dollars pour la licence de son nom sur l’immeuble Trump Towers à Şişli, une tour résidentielle de 40 étages à Istanbul.

Trump aime aussi prendre l’argent des pays du Golfe, même si son propre chef de la sécurité nationale a connaissance de leur financement direct des djihadistes syriens.

L’entreprise publique Qatar Airways, par exemple, loue de l’espace dans une tour Trump pour son quartier général de New York. Et Trump a un grand projet immobilier aux Émirats arabes unis. En 2015, The Trump Organization a indiqué à Hotelier Middle East que sa ligne d’hôtels de luxe, Trump Hotel Collection, prévoit de construire d’autres hôtels importants à Dubaï, à Abu Dhabi, au Qatar et en Arabie saoudite.

L’argent est roi. Trump sait cela mieux que la plupart des gens. Et ses alliés qui financent le terrorisme également.

Nafeez Ahmed | 25 novembre 2016