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Libye / Sarkozy : Le Monde évoque de discrètes pressions sur les medias (Arrêt sur images)

par Arrêt sur images 3 Novembre 2016, 18:26 Sarkozy Libye Kadhafi Médias Pression Argent Campagne électorale Corruption Françafrique

"Argent libyen : l’enquête impossible." Il n’y a pas que Mediapart qui enquête sur le dossier du potentiel financement libyen de la campagne de Sarkozy en 2007. Lancé en mars 2012 par le pure player (@si retraçait toute l’histoire ici), le dossier rebondit aujourd’hui dans Le Monde, qui publie le premier volet d’une enquête sur "Les liaisons dangereuses de la Sarkozie".

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"Les indices s’accumulent sur un possible versement de fonds par Mouammar Kadhafi lors de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007", avance le quotidien, qui estime toutefois en Une que "les preuves manquent". Un constat que Le Monde faisait déjà en 2014, quand Mediapart a toujours présenté plusieurs documents comme des preuves.

Les journalistes du Monde Simon Piel et Joan Tilouine ont eu accès à l’enquête des juges du pôle financier Aude Buresi et Serge Tournaire, qui "disposent désormais de centaines de documents : notes des services déclassifiées, interceptions téléphoniques, témoignages sous X" sur ce dossier libyen. Bref, "tous les ingrédients d’une sorte d’enquête impossible", estiment les deux journalistes.

"Une impression troublante"

De cette enquête, il ressort en tout cas "une impression troublante", expliquent-ils. "Ainsi, les enquêteurs ont obtenu pas moins de sept témoignages qui accréditent l’hypothèse du versement de fonds par Mouammar Kadhafi à l’équipe de Nicolas Sarkozy, appuyés par le carnet accusateur d’un ancien ministre libyen du pétrole. Beaucoup de fausses pistes et de témoignages invérifiables. Les magistrats doivent en outre compter avec une forte adversité, appuyée sur des réseaux tant politiques que médiatiques." Exemple ? "Cette confidence, qui les concerne directement, interceptée en mars 2015. «Oui, ils cherchent le lien avec Kadhafi mais ils ne cherchent pas au bon endroit.» Ces propos tenus au téléphone par l’avocat franco-djiboutien Mohamed Aref sur un possible financement par la Libye de la campagne de 2007 de Nicolas Sarkozy ont fait sursauter les policiers qui écoutaient discrètement la conversation." Et cette confidence, Aref ne la faisait pas à n’importe qui : son interlocuteur n’est autre que l’avocat Siva Rajendram, qui a versé 500 000 euros à Claude Guéant, directeur de campagne de Sarkozy en 2007, contre deux tableaux flamands (affaire pour laquelle il a été mis en examen comme @si le rappelait ici).

Au cœur du "système" Sarkozy, Le Monde a identifié un personnage clé : Alexandre Djouhri. Ce "proche du patron des services de renseignement intérieur (DCRI) de l’époque, Bernard Squarcini" a par exemple organisé l’exfiltration du directeur de cabinet de Kadhafi, Bachir Saleh, "de Paris vers l’Afrique du Sud, en passant par le Niger, entre les deux tours de l’élection présidentielle française de 2012 et alors qu’il était visé par une notice rouge, un mandat d’arrêt d’Interpol". Et "qui a réglé, à travers la société Datco, la facture du jet privé dans lequel s’est envolé Bechir Saleh" ? Mohamed Aref, l’avocat qui assurait au téléphone que la justice ne cherchait pas "au bon endroit" les liens entre Kadhafi et Sarkozy.

Largadère et Dassaut, au coeur de la Sarkozie médiatique

Désormais, avec ce nouvel article du Monde, le dossier libyen dispose par ailleurs d’un volet médiatique. "Les révélations médiatiques sont surveillées de près par l’entourage de l’ancien président, voire par Nicolas Sarkozy lui-même. Le 12 février 2014, alors que L’Express publiait un nouvel épisode du dossier, Nicolas Sarkozy demandait à son directeur de cabinet Michel Gaudin de «surveiller l’affaire de nos amis d’outre-Méditerranée». A chaque article sur le soupçon de financement libyen, M. Djouhri agite aussi ses réseaux dans les médias. Il commande à des journalistes «amis» des papiers favorables ou appelle directement les hiérarques – comme le communicant Ramzi Khiroun, conseiller spécial d’Arnaud Lagardère [dont le pole média regroupe entre autres Europe 1, JDD, Paris Match, ndlr] – pour se plaindre s’ils sont trop critiques."

Et avec certains journaux, ça marche plutôt bien : "Dans une conversation du 17 mars 2015, dix jours après la mise en examen de Claude Guéant, [Djouhri] appelle Rudi Roussillon, conseiller du Groupe Dassault et président du conseil de surveillance de la Société du Figaro. «Moi je pense quand même que tu devrais quand même faire faire un édito (…) que Thréard [Yves Thréard, directeur adjoint du Figaro] l’appelle, qu’il lui, qu’il prépare un papier.» «Je vais organiser un truc pareil», acquiesce le conseiller médias de Serge Dassault. Le quotidien se contentera d’une brève pour évoquer la mise en examen de M. Guéant mais invitera ce dernier au «Talk Le Figaro» où il aura tout loisir de dénoncer «une volonté de [l]’abattre».

 

 

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