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Égypte : Sissi essaie de colmater les fissures du régime avec l'aide occidentale (Il manifesto)

par Chiara Cruciati 8 Janvier 2017, 10:43 Sissi Dictature Aide Collaboration Occident Banque mondiale FMI

Égypte : Sissi essaie de colmater les fissures du régime avec l'aide occidentale (Il manifesto)

Encore un milliard de la Banque mondiale tandis que l'Égypte retire son projet de résolution sur les colonies israéliennes sous les pressions de Tel-Aviv. Petite défaite pour la répression interne : le romancier Naji a été libéré.

Une autre signature et hier, le deuxième prêt d'un milliard de dollars de la Banque mondiale a atterri dans les coffres du Caire. Avec le troisième milliard, le paquet d'aide sera complet. Ce  paquet arrive accompagné de diktats qui ne concernent certainement pas les droits humains en Égypte, mais la politique économique du gouvernement : comme pour les 12 milliards de $ du Fonds monétaire international, la Banque mondiale a imposé des réformes austéritaires pour réduire les dépenses et attirer les investisseurs étrangers, qui se sont traduites par une coupe dans les subventions pour l'énergie (le coût de carburant ainsi augmenté de 78%), des augmentations d'impôts et la réduction du nombre de fonctionnaires.

http://tlaxcala-int.org/upload/gal_15002.jpg

Le silence règne en revanche sur le front de la négation des droits de la société civile, étouffée par la répression et la crise économique. Mais dans l'océan d'arrestations, de gels de comptes bancaires et de raids sur les bureaux des associations locales, parfois une petite victoire a lieu : hier, l'application de messagerie privée Signal, qui permet d'échanger des informations sans risque d'espionnage, a été en mesure de contourner le blocus imposé il y a quelques jours par le gouvernement égyptien. Un contrôle capillaire de la toile que le régime égyptien peut exercer grâce aux technologies modernes achetées en Occident (dont l'Italie, comme dans le cas de la société Hacking Team*).

Mais surtout, hier le romancier Ahmed Naji, en prison depuis deux ans sous l'accusation d'avoir porté atteinte à la pudeur publique avec son livre “The use of life”, a été finalement libéré. Après la décision de le remettre en liberté de la Cour suprême dimanche dernier, il est sorti de prison. Le premier janvier une nouvelle audience examinera l'appel que Naji avait présenté et l'écrivain pourrait être définitivement innocenté.

De minuscules fissures s'élargissent dans un régime apparemment granitique : des manifestations spontanées, encore limitées et avec peu de participants, ont marqué les derniers mois de la crise économique qui a appauvri le pays. Les les plus frappées sont les classes moyennes inférieures, avec un quart de la population aujourd'hui en dessous du seuil de pauvreté. Les prix augmentent, les ressources se font  rares et cela a également nui à la capacité de réaction de la société civile: les journaux et les médias indépendants dénoncent depuis des semaines l'augmentation des coûts d'impression et de distribution et la chute simultanée des ventes.

À cela s'ajoute la crise désormais profonde et durable du tourisme étranger, une des principales sources de subsistance d'une bonne partie de la population. Les attentats dans le Sinaï ne n'améliorent pas les choses, pas plus que la contagion djihadiste le long de la côte méditerranéenne et dans la capitale : le massacre de l'église copte au Caire, revendiqué il y a 10 jours par l'État islamique, suscite des craintes de nouvelles attaques par des groupes capables de déplacer leurs cellules à travers tout le territoire national.

Le président putschiste Sissi essaie tant qu'il peut d'utiliser les massacres pour resserrer son étau autour du mouvement persécuté des Frères musulmans: ils ont fourni un "soutien financier et logistique" pour les bombes dans l'église, a dit son ministre de l'Intérieur, feignant de ne pas voir les différences idéologiques profondes entre les deux groupes.

Mais d'autre part, Sissi est conscient de l'incapacité à assurer la sécurité, inexistante à la fois sur le plan militaire et socio-économique, une faiblesse qui ne fait qu'accroître l'attrait exercé par des groupes djihadistes sur de nouvelles recrues potentielles.

Dans un tel contexte d'instabilité structurelle fomentée par un gouvernement dysfonctionnel et répressif, Le Caire est forcé de regarder à l'extérieur. En plus de l'appui des institutions financières internationales, il sait qu'il doit miser sur les alliés régionaux. Et avec l'Arabie Saoudite qui a refroidi les relations, après de généreux financements pour combattre les Frères musulmans, l'Égypte se tourne vers Israël : hier 21 décembre, sous la pression de Tel-Aviv, Sissi a ordonné à son ambassadeur à l'ONU de retirer pour une durée indéterminée le projet de résolution égyptienne appelant au gel de l'expansion des colonies israéliennes dans les territoires palestiniens. La résolution devait être soumise au vote hier, mais elle a fini aux oubliettes.

 

NdT

Hacking Team : d'après des documents publiés par WikiLeaks, cette entreprise de surveillance électronique a vendu au régime égyptien, comme à l'Arabie saoudite et à l'Éthiopie, le logiciel Rcs (Remote Control System), qui permet d'intercepter les communications sur skype, les chats et les applications pour téléphones intelligents. L'entreprise est donc accusée de complicité dans l'enlèvement et l'assassinat du chercheur italien Giulio Regeni, le 25 janvier dernier au Caire.

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