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Le Brexit accentue la crise existentielle du Royaume-Uni et de l’Union européenne (WSWS)

par Chris Marsden 11 Janvier 2017, 07:40 Brexit Grande-Bretagne UE Crise

Le Brexit accentue la crise existentielle du Royaume-Uni et de l’Union européenne (WSWS)

Le Premier ministre Theresa May a utilisé sa première entrevue de la nouvelle année avec Sky News pour repousser les critiques de son gouvernement accusé de n’avoir aucun plan quant à la façon de quitter l’Union européenne (UE) ou pour une Grande-Bretagne post-Brexit (sortie de l’UE).

Elle a déclaré que son souci majeur serait d’insister pour mettre fin à la libre circulation des travailleurs de l’UE, même si cela entrave l’accès au marché unique. Cependant, elle a ensuite affirmé que ses demandes pour « le contrôle de nos frontières, le contrôle de nos lois » seraient satisfaites tout en assurant le meilleur accord commercial possible avec l’UE. Il n’y avait pas de « choix binaire ».

Ses déclarations n’ont pas convaincu les spéculateurs, qui craignent un « Brexit dur » [une sortie sans accord], et ont mené à une baisse de la livre à son niveau le plus bas depuis deux mois. Dans l’après-midi, la livre a chuté de 1,1 pour cent contre le dollar et de 1,23 pour cent contre l’euro.

Les propos de May ont été motivés par la démission le 3 janvier de l’ambassadeur du Royaume-Uni à l’UE, Sir Ivan Rogers, un proche partisan du prédécesseur de May, David Cameron, qui est favorable au maintien du Royaume-Uni dans l’UE.

Rogers a quitté son poste après avoir envoyé une lettre à d’autres hauts fonctionnaires les exhortant à contester « les arguments mal fondés et les réflexions confuses » et à « dire la vérité au gouvernement ». Il l’a fait à la veille du déclenchement prévu de l’article 50 du Traité de Lisbonne qui initie le Brexit par la Première ministre, et en prévision de la décision de la Cour suprême sur l’appel du gouvernement qui conteste le besoin d’un vote par le Parlement pour effectuer le Brexit.

May a indiqué qu’elle exposera sa « vision pour la Grande-Bretagne en dehors de l’UE » dans un discours important plus tard ce mois-ci en lien avec le verdict de la Cour suprême. Le Daily Telegraph a cité un ministre qui a déclaré : « Elle doit préciser que la Grande-Bretagne est prête à quitter le marché unique sinon ils [l’UE] vont essayer de nous rabaisser ».

Avant l’intervention de May, des articles abondaient dans les médias britanniques soulignant que les prévisions de catastrophe économique post-Brexit faites lors de la campagne de référendum du 23 juin ont été exagérées et ont été réfutées par la performance de l’économie dans les secteurs clés comme l’industrie, la construction et les services.

L’économiste en chef de la Banque d’Angleterre, Andy Haldane, est allé jusqu’à déclarer que « la profession d’économiste est dans une certaine mesure en crise […] En ce qui concerne beaucoup de choses réelles comme la rémunération et l’emploi, il ne s’est pas passé grand-chose l’année dernière, c’était plutôt le train-train. »

Ce débat semi-officiel entre les ailes rivales de la bourgeoisie montre en réalité une crise de perspective politique dans les milieux dirigeants qui, par une répétition constante, sert à désarmer les travailleurs quant à savoir avec quoi ils ont à faire.

En réalité, la nouvelle année a vu des informations soulignant que « la normalité » pour les travailleurs signifie des réductions de salaire. L’augmentation du revenu en 2017 ne devrait pas suivre le rythme de l’inflation, poursuivant ainsi une tendance depuis six ans. Le salaire moyen a baissé de 9 % entre 2008 et 2013. La hausse de la consommation des ménages est alimentée presque entièrement par l’accroissement de l’endettement personnel, chaque ménage devant en moyenne un montant record de 12 887 livres sterling, avant même que les prêts au logement soient pris en compte.

Plus fondamentalement, la situation politique et économique générale que connaît l’Europe au lendemain du Brexit et, encore plus importante, de l’élection de Donald Trump comme président des États-Unis est grave et dangereuse.

La dispute sur le genre de relation que le Royaume-Uni aura avec l’UE a lieu dans des conditions où la survie même de cette dernière est menacée. C’est la source de discussions constantes dans les publications spécialisées de l’UE et parmi les élites dirigeantes du continent.

Le vote du Brexit n’était pas la cause, mais une expression de l’accroissement des antagonismes nationaux entre les grandes puissances européennes sous l’impact de la crise économique croissante et de la concurrence acharnée entre les puissances rivales que ce dernier alimente. De la même manière, le Brexit et l’orientation par Trump vers une politique de « l’Amérique d’abord » ont stimulé la montée des mouvements nationalistes de droite qui exploitent l’hostilité populaire envers l’UE et ses politiques d’austérité – surtout en France avec le Front national d’extrême droite.

À ces évolutions il faut ajouter la possibilité grandissante que l’Italie soit forcée de quitter l’UE en raison de sa crise bancaire. Le magazine d’affaires Forbes a averti que cela pourrait aboutir à l’éclatement de l’UE, ce qui serait « une catastrophe géopolitique. Tous les démons qui ont été contenus depuis [la Seconde Guerre mondiale] seraient relâchés. »

Cet avertissement a été renforcé par Horst Teltschik, conseiller à la sécurité nationale de l’ancien chancelier allemand Helmut Kohl. « L’intégration européenne a été la réaction de pacification des Européens à la catastrophe de deux guerres mondiales », a-t-il déclaré. « Nous assistons à une érosion de l’UE face à la crise de l’euro, avec le Brexit et l’émergence de mouvements populistes en France, aux Pays-Bas, en Allemagne, en Autriche ou en Italie et les régimes autoritaires des voisins à l’est, notamment en Pologne, en Hongrie et en Roumanie. »

Il a conclu en demandant : « L’Europe devrait-elle aller de l’avant autour d’un noyau dur ? » Soudain, une union basée sur la défense est à nouveau au centre des discussions, sans qu’une politique étrangère et de sécurité commune soit à portée […] ».

L’idée combinée d’un « noyau dur de l’Europe » et d’une militarisation accélérée domine maintenant la discussion en Allemagne. Très récemment, dans un article de Project Syndicate, Joschka Fischer des Verts allemand a insisté sur l’idée que l’UE est confrontée à une risque de désintégration « sous la vague néo-nationaliste balayant l’Occident ».

Trump, « un partisan du nouveau nationalisme, ne croit pas à l’intégration européenne », a-t-il poursuivi. Il a un « allié, celui du président russe Vladimir Poutine, qui a longtemps essayé de déstabiliser l’UE en soutenant les forces et mouvements nationalistes dans ses États membres » et « continue de remettre en question la garantie de sécurité de l’Amérique pour l’Europe ».

Maintenant que l’on ne peut plus faire confiance à l’OTAN pour réagir aux efforts de la Russie pour réaffirmer son « hégémonie » sur l’Europe de l’Est, « l’Europe ne peut renforcer sa sécurité de façon crédible que si la France et l’Allemagne travaillent ensemble vers le même objectif […] L’UE de jadis s’est développée comme une puissance économique parce qu’elle était protégée sous le parapluie de sécurité américain. Mais sans cette garantie, il ne peut aborder ses réalités géopolitiques actuelles qu’en développant sa propre capacité à projeter le pouvoir politique et militaire. »

Ce qui devient de plus en plus clair, c’est que tous les efforts visant à encourager les travailleurs à soutenir l’un ou l’autre camp capitaliste au Royaume-Uni, pour ou contre l’UE, ne font que faciliter les préparatifs pour la guerre commerciale et un conflit militaire.

C’est le résultat politique essentiel des activités des groupes pseudo-gauchistes britanniques, à la fois ceux du Socialist Party et du Socialist Workers Party qui ont aligné les travailleurs et les jeunes sur les appels à voter Left Leave (une sortie de gauche) lors du référendum de juin et ceux comme Left Unity et Socialist Resistance qui appelaient à voter Remain (rester dans l’UE) tout en répandant des illusions selon lesquelles l’UE pourrait être réformée.

Lors de son troisième Congrès national en octobre dernier, le Socialist Equality Party (le Parti de l’égalité socialiste) a adopté une résolution intitulée « Pour un nouveau mouvement socialiste contre le militarisme, l’austérité et la guerre » qui a mis en évidence l’importance de notre appel au boycott actif lors du référendum.

Nous avons expliqué que le Socialist Equality Party (SEP) « était seul à mettre en avant une perspective politique indépendante pour la classe ouvrière » et que notre « point de départ était de définir une politique qui défendait non seulement les intérêts des travailleurs britanniques, mais aussi européens et internationaux ».

Le SEP a averti que le référendum n’était que « l’expression la plus avancée de l’échec du projet d’unification européenne de l’après-Deuxième Guerre mondiale à travers lequel les élites dirigeantes avaient cherché à résoudre la contradiction fondamentale qui avait deux fois au XXᵉ siècle plongé le continent en guerre, entre le caractère intégré de la production européenne et mondiale et la division du continent en États-nations antagonistes. »

Nous avons souligné que, « L’UE se décompose et ne peut pas être relancée. Ce n’est qu’à travers la création des États socialistes unis d’Europe, établis comme partie intégrante d’une fédération mondiale d’États socialistes, que les vastes forces productives du continent peuvent être utilisées au bénéfice de tous ».

L’adoption de cette perspective fournit la réponse essentielle de la classe ouvrière à la descente toujours plus profonde dans la sauvagerie sociale et la guerre.

À lire également :

For a new socialist movement against militarism, austerity and war

[en anglais, 14 novembre 2016]

 

(Article paru en anglais le 10 janvier 2017)

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