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Trump, les nouveaux habits de l’empereur ? (Comaguer)

par Comaguer 29 Janvier 2017, 23:50 Trump Impérialisme USA

Trump, les nouveaux habits de l’empereur ? (Comaguer)

Que l’élection de Trump ait surpris une bonne partie des groupes dominants aux Etats-Unis qu’ils soient dans la sphère économique et ses relais médiatiques ou dans certains secteurs de l’appareil d’Etat est désormais bien établi et les tensions dureront encore longtemps. Les pronostics sur la future politique du nouvel élu sont divers et très contradictoires.

 

Aussi n’est-il pas inutile de se reporter huit ans an arrière et de se remettre en mémoire les pronostics faits sur le nouvel élu : Barack Obama. Ambiance bien différente : il importait de tourner la page Bush et de mettre en circulation un produit nouveau : un « intellectuel noir ». Double effet d’étiquetage commercial abusif : un diplômé de droit à Harvard n’est pas nécessairement un « intellectuel », Bush était lui-même diplômé de Yale et Obama était métis.

Méfiant face à cette opération de promotion commerciale du produit Obama, COMAGUER avait à l’époque traduit et diffusé le texte d’un intellectuel argentin dont la pertinence est maintenant établie. Le prix Nobel de la Paix attribué en début de mandat c’est-à-dire sans aucune justification concrète allait très vite confirmer la justesse de l’analyse de Frei Betto.

Au terme de ces huit années, le bilan est sombre. Loin d’avoir mis un terme aux guerres de Bush, en Afghanistan et en Irak, Obama les a prolongées. En Irak en particulier il a fait obstacle aux tentatives de reconstruction d’un Etat national, a favorisé l’émergence de l’Etat islamique, a soutenu la province kurde en appuyant sa dissidence Et il a ajouté quatre nouvelles guerres. Par ordre chronologique : Libye, Syrie, Ukraine, Yémen. Prenons-les dans cet ordre :

 

  • Libye : après des manœuvres douteuses d’apaisement menées avec l’appui de la France et de la Grande-Bretagne auxquelles Kadhafi cède, la guerre commence par la violation de la résolution du Conseil de Sécurité, énorme pied de nez à la Russie (Medvedev président) et à la Chine (Hu Jin Tao président) qui s’étaient abstenues. S’en suit la destruction du pays, le renversement du régime et l’assassinat programmé du chef de l’Etat, le tout accompagné du rire haineux et satisfait d’Hillary Clinton.

 

  • Syrie : le renversement du régime sur le mode du printemps arabe ayant échoué, le recours à la violence armée est très vite décidé. Des bandes de plus en plus internationales et de plus en plus nombreuses (on avance le chiffre de 200 000 hommes, « rebelles » dans le jargon propagandiste occidental, décapiteurs et empoisonneurs de réseaux d’eau potable sur le terrain) de terroristes sont financées, équipées et conseillées par l’Occident (USA, France, Grande-Bretagne, Israël, Allemagne et leurs alliés Arabie Saoudite, Qatar, Jordanie). L’armée arabe syrienne résiste mais la partie est difficile, ses adversaires sont dotés d’armements plus modernes que les siens et une partie du territoire échappe à son contrôle. Cette guerre qui a perdu très vite tout caractère civil est une guerre internationale organisée par le camp occidental et dont l’issue aujourd’hui proche est sa défaite face à une coalition militaire de la Russie de l’Iran et du Hezbollah autour du noyau dur de l’armée arabe Syrienne et de l’Etat syrien qui a continué à fonctionner sur la partie la plus peuplée du territoire.

 

  • Ukraine : susciter une guerre civile dans ce pays qui était la république la plus développée de l’ex URSS a paru la seule façon de couper des liens historiques, culturels, et économiques très forts avec la Fédération de Russie. Opération menée sans relâche pendant deux décennies, ratée une première fois avec l’’échec de la révolution orange et reprise en 2014 avec cette fois la participation active des organisations fascistes bien préparées et faisant usage de leurs pires méthodes (voir massacre de la bourse du Travail d’Odessa). Guerre civile financée par les Etats-Unis comme attesté par Madame Nuland (« nous avons dépensé 5 milliards de dollars »).Résultat : la Crimée retourne dans le giron russe qu’elle n’avait quitté que sur un coup de tête bureaucratique de Khrouchtchev et un pays divisé, appauvri qu’une partie de sa population a fui.

 

  • Yémen : Une guerre menée officiellement par l’Arabie Saoudite surarmée par les Etats-Unis et appuyée par les moyens d’observation (satellites, avions Awacs), par l’usage des drones US décollant depuis Djibouti, par la surveillance maritime des côtes yéménites assurée par la VII° flotte US et par le renseignement US contre son voisin pauvre.

 

Second aspect de la poursuite effrénée de la guerre impériale le plus préoccupant même s’il n’est pas pour l’heure le plus meurtrier : la mise en place de l’Axe réactionnaire pour la domination du capital anglo-saxon. Le terme utilisé par Bush junior pour dénoncer l’Axe du mal n’est plus utilisé aujourd’hui, car cet Axe part de Washington.

 

En effet, outre ces guerres la politique internationale telle qu’elle s’est clairement dessinée au cours du second mandat d’Obama a bien consisté à mettre sur pied une coalition réactionnaire mondiale destinée à contrebalancer les puissances émergentes (et même bien émergées comme la Chine). En font clairement partie :

 

    • Israël : car venant d’un pays si prompt à décider d’embargos ou de sanctions commerciales dès qu’un autre Etat poursuit une politique qui lui déplait. Et les critiques verbales d’Obama sur les colonies ne peuvent pas faire oublier les milliards de dollars d’aide qui se poursuivent et constituent le sommet mondial de la fourberie propagandiste.

 

    • Colombie : qui vient de signer un accord de coopération avec l’OTAN et où sont installées sept bases militaires US, futurs points d’appui d’une offensive militaire contre le Venezuela, qui n’a pas succombé aux actions civiles déjà lancées et parmi lesquelles a probablement figuré l’assassinat d’Hugo Chavez.

 

    • Pologne : en pleine réaction anti-russe et anti-communiste, où viennent d’arriver les éléments de la brigade blindée étasunienne et ses 4000 hommes qui s’installeront à portée de fusil de l’enclave russe de Kaliningrad. Les Pays baltes s’inscrivent dans le même mouvement.

 

    • Japon : qui supporte mal d’avoir dû céder la place de seconde économie mondiale à son voisin chinois, et qui sous la direction du nostalgique impérial Shinzo Abe devient le point d’appui asiatique des Etats-Unis. Comme preuve les visites successives d’Obama à Hiroshima et d’Abe à Pearl Harbour, destinées l’une et l’autre à effacer avec quelques paroles lénifiantes cette vilaine guerre du Pacifique entre impérialismes concurrents. Il est significatif – et le fait a été repris dans une pétition lancée en commun par des universitaires japonais et étasuniens- que les paroles de regret de Shinzo Abe pour la mort de 2400 soldats US à Pearl Harbour n’aient pas été suivies de paroles analogues pour les 300 000 massacrés de Nankin et les quelques 12 millions de morts chinois dans la guerre d’agression japonaise, pas plus que pour les souffrances infligées au peuple coréen pendant 35 ans d’occupation.

 

    • Australie et Nouvelle Zélande : ces isolats anglo-saxons à la périphérie de l’Asie n’ont aucune autonomie stratégique et sont condamnés au suivisme.

 

 

    • Reste le cas des principaux pays de l’Union Européenne : France, Grande-Bretagne, Allemagne, Italie. Si leur engagement dans la politique guerrière d’Obama n’a pas fait le moindre doute et même si certains ont pratiqué la surenchère, la France en particulier, ils sont tous aujourd’hui face à des situations politiques critiques où la question de leur vassalité vis-à-vis de Washington va inévitablement venir en débat. Leurs dirigeants, niant l’évidence, ne craindront même pas le ridicule d’imputer ces interrogations populaires profondes à de sournoises influences russes.

 

Le bon flic s’est ainsi mué en mauvais flic. Quel habit peut revêtir le nouveau président ? Celui de la brute à front bas qui écrase l’adversaire sous des tapis de bombes ou celui du fourbe cool qui tire dans le dos ?

Ni l’un ni l’autre !

Trump devra répondre à un défi d’une autre magnitude : il n’aura pas à choisir entre l’habit du bon flic et celui du mauvais flic.

Il sera confronté à la perte quasi totale de la légitimité du rôle de flic mondial.

THE END !

 

Source: Comaguer, Bulletin n°331.

 

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