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DONALD TRUMP ET L’INSURRECTION POPULAIRE (Les7duQuébec)

par Les7duQuébec 22 Février 2017, 02:01 Trump Insurrection USA

DONALD TRUMP ET LES CONDITIONS DE L’INSURRECTION POPULAIRE
 
1-Quelles est votre lecture de la loi anti immigration de Donald Trump et de son appui au Brexit ? Serait-ce une nouvelle page d’histoire qui s’écrit ? Où cette crise peut-elle déboucher ?

Il est vrai que le monde vit de grands bouleversements et cela est inquiétant pour le prolétariat. Mais pour comprendre ce tremblement de terre social, politique, diplomatique, militaire, financier, monétaire, commercial, il faut identifier le commencement de la chaine de causalité et en suivre l’enchainement, démultipliant ses effets percutants et effrayants pour qui se laisse impressionner sans analyser.

Avant de répondre à votre question, arrimons deux axiomes, premièrement : l’histoire de l’humanité n’est pas l’histoire des hommes célèbres, des chefs politiques, des thuriféraires médiatiques, ni des vedettes de toute espèce comme trop de gens le croient. L’histoire de l’humanité est l’histoire de la lutte des classes. Ce sont les classes sociales qui font l’histoire (pas les peuples ni les nations). Les politiciens, les oligarques financiers et les hommes d’affaires sont les instruments de leur classe sociale. Deuxièmement: tout commence toujours sur le front économique de la lutte des classes – jamais sur le front politique ni idéologique, qui sont des instances conditionnées par l’instance économique, évidence que les gauchistes ont oubliée.

Ceci dit, venons-en à votre question sur le récent décret présidentiel américain resserrant l’immigration dans ce pays. Je ne crois pas qu’une nouvelle page de l’histoire mondiale s’écrive à travers cette mesure somme toute banale et bancale. En effet, sans le dire ouvertement les États-Unis appliquent de telles mesures de contrôle de l’immigration depuis le onze septembre 2001. Barack Obama, le premier président noir aux É.-U., dont tant de bourgeois africains s’enorgueillissent, a fait déporter deux-millions de « chicanos » entrés illégalement aux États-Unis. En avez-vous entendu parler dans les médias « mainstream » et avez-vous vu des manifestations de la go-gauche contre cette discrimination ? Le Mur à la frontière du Mexique était complété à moitié lors de l’intronisation de Donald Trump, œuvre des présidents précédents dont la go-gauche et les médias ne parlaient pas.

Qu’y a-t-il de différent sous Donald Trump ? Deux éléments : A) la crise économique mondiale s’approfondit et fait des ravages importants aux États-Unis ou le chômage s’épand. B) Le grand capital américain après avoir essayé la méthode monétariste – dite « socialiste » (sic) – version Démocrate-Républicain-Obama-care, et ayant constaté le désastre laissé par l’administration Obama (3) a décidé d’organiser une OPA politique et de s’emparer du contrôle de la machine électorale républicaine afin d’imposer son homme – son populiste, Donald Trump, que vous devez voir comme le portevoix – la marionnette – de la clique capitaliste qui l’a imposé.

Le clan Trumpiste souhaite renverser le déclin inéluctable de l’impérialisme américain en faisant davantage de méfaits que ceux réalisés par les administrations précédentes. Plus de monnaie de crédit sortie de l’imprimerie ; plus de dette souveraine ; plus de guerres d’agression ; plus de subventions aux banques et aux entreprises ; moins de règlementation gouvernementale ; plus d’exploitation de la classe ouvrière ; plus de pressions sur les alliés pour qu’ils mettent la main à la pâte pour soutenir l’Amérique hégémonique ; plus de pressions sur les monopoles concurrents pour qu’ils maintiennent leur adhésion au dollar défaillant ; plus d’intimidation diplomatique, militaire, commerciale, financière, boursière, monétaire, législative, sur les alliés aussi bien que sur le camp adverse des impérialistes chinois-iranien-russe. Tout cela a déjà été essayé dit-on dans le camp clintonien de gauche rival, mais jamais de manière aussi prononcée réplique-t-on dans le camp Trumpiste. Davantage d’un mauvais remède ne permettra pas de sauver le patient. Le drame, c’est qu’il n’existe aucun remède pour ressusciter un moribond.

Ainsi, le décret restreignant l’immigration venant de sept pays vers les États-Unis ne vise pas tant les musulmans, les islamistes, les terroristes, les djihadistes, armés et subventionnés par la CIA et le Pentagone sous la promesse de se faire exploser sur les Champs Élysées, mais jamais à Central Park. Ce décret ne vise pas à renforcer la sécurité aux frontières, déjà hyper protégées, rien de tout cela. Ce décret vise deux objectifs : I) intimider l’Iran et aviser ses alliés (Syrie, Irak, Yémen, Hezbollah, Soudan) qu’ils seront frappés s’ils continuent de s’opposer à l’hégémonie des capitalistes américains. II) Envoyer un message fort à la classe prolétarienne américaine que Donald Trump et sa clique se préoccupent de leur sécurité et de leur emploi et qu’il ferme les frontières à l’entrée de travailleurs immigrants concurrents (ce qui est pur mensonge). Le rôle de la go-gauche dans cette mascarade est d’accréditer le mythe du multimilliardaire ayant un préjugé favorable aux travailleurs et préoccupé de sécurité intérieure. C’est pourquoi vous observez ces manifestations très médiatisées de petits-bourgeois excités, ce sont les « imbéciles utiles » du régime Trump. C’est pourquoi on ne voit que des petits-bourgeois (en voie de paupérisation) dans ces manifestations anti-Trump, indice que le subterfuge fonctionne. Ce mouvement superfétatoire va s’essouffler et ne va rien donner, les petits bourgeois servent d’exutoire, et de faire valoir, puis d’éteignoir.

L’appui du Président Trump au Brexit britannique est sa façon de miner les marchés de l’Allemagne, l’allié et le concurrent mortel de l’impérialisme américain en déclin. La faction du capital américain qui a porté Trump au pouvoir sait très bien que l’Allemagne a relevé la tête et qu’elle s’apprête – entouré de ses clients européens – à défier l’Amérique sur le terrain économique. Les câlins de Trump en direction de Vladimir Poutine ne s’expliquent pas autrement que de tenter de séparer le capital russe du capital chinois et de prévenir toute tentative du capital allemand de créer un axe Berlin-Moscou, l’un apportant la puissante machine de production allemande et l’autre apportant les plus grandes réserves de matières premières au monde.

Cette conjoncture économicopolitique n’est pas le fruit des décisions politiques des gouvernements américains, européens, russe ou chinois. Cette conjoncture est le résultat du développement des contradictions internes au mode de production capitaliste. Contradictions qui rendent de plus en plus difficiles la valorisation du capital mondial et l’accumulation du profit international. D’où vous voyez surgir des charlatans, des sorciers, des aventuriers, en casquettes militaires ou en cravates d’affaires, psalmodier leurs incantations afin de préparer une grande purge de guerre où les prolétaires de la terre (y compris ceux d’Afrique) seront invités à s’immoler sur les champs de bataille « Alliés » pour l’amour de la patrie et pour le profit des capitalistes nationaux, les mêmes qui planquent leur fric dans les paradis fiscaux.

2- Le monde semble être en crise depuis quelques années, avec la montée de l’extrémisme, des guerres et du terrorisme. Certains annoncent un bouleversement de « l’ordre mondial ».

Depuis quand y a-t-il « l’ordre mondial » ? Pour ma part je connais bien le désordre mondial, mais pas l’ordre mondial. Ces évènements que vous relatez sont réalité, mais vous devez comprendre qu’ils sont des résultantes, des conséquences de la guerre économique qui se mène entre conglomérats industriels et financiers internationaux. Pourquoi croyez-vous que les recruteurs de mercenaires (on dit aujourd’hui djihadistes) font de si bonnes affaires, particulièrement dans les pays les plus pauvres de la Terre ? Parce que la crise économique détruit les emplois, provoque la famine chez les agriculteurs et les éleveurs, en Afrique notamment. Les jeunes du tiers-monde – d’Afrique – en sont réduits à migrer pendant des mois et des années pour se retrouver dans un camp de misère en Italie ou en Normandie, s’ils ne se sont pas noyés en Méditerranée. Qui sont les extrémistes et les terroristes ? Ce sont ceux qui détruisent l’économie en tentant de réaliser la mission sociale qui leur est assignée dès leur naissance dans des draps dorés – valoriser le capital à tout prix pour engranger le profit, et s’ils n’y parviennent pas de tout détruire.

Les bobos qui prophétisent un bouleversement de « l’ordre mondial » ne savent pas de quoi ils parlent. C’est au milieu des années soixante-dix que ce cataclysme a eu lieu. Les médias à la solde dressent un piédestal à ces hâbleurs pour qu’ils récitent leur cantique qui vise à confondre la populace. Comprenez que le monde ne vibre plus aux « unipolaire versus bipolaire, versus multipolaire » ni à la théorie des « Trois mondes » (sic). La troisième guerre mondiale est à nos portes, et Donald Trump n’est que l’instrument de cette marche forcée vers la faillite – non pas la faillite de l’Amérique ou de telle ou telle puissance impérialiste, mais la faillite du mode de production capitaliste que les prolétaires devront un jour se résoudre à renverser pour le remplacer.

3- L’Afrique, notamment sa partie subsaharienne, est exclue des centres de décisions et subit les conséquences des contradictions et des effets des luttes d’intérêts des grandes puissances. On a comme l’impression que cette partie du continent est spectateur à la remorque des puissants du monde politiquement et économiquement.

De quels centres de décisions parle-t-on ici ? L’ONU, la CPI, L’OCDE, L’OTAN, l’OMC, la Banque mondiale, le Fonds monétaire international, l’Union européenne ? De quelle « Afrique » parle-t-on, qui serait exclue des centres de décisions ? Les ouvriers et les prolétaires des pays du Nord – de France, du Canada, des États-Unis ont-ils voix au chapitre dans les décisions du capital occidental ? Ainsi, en France il y a quelques années la bourgeoisie française à organiser un référendum sur l’adhésion au traité d’Union européenne. La majorité de la population a rejeté le traité et pourtant la France est toujours dans l’Union. Les prolétaires américains sont les spectateurs de la délocalisation des usines de la « ceinture de rouille » du Middle Ouest étatsuniens. Les ouvriers américains ne sont jamais consultés par les centres de décisions du Nord avant de fermer les usines au Nord. Les prolétaires canadiens ne sont pas consultés quand le gouvernement des riches du Canada accorde des subventions aux entreprises milliardaires à même les taxes et les impôts payés par les travailleurs salariés paupérisés.

Nous vivons, au Nord comme au Sud sous le mode de production capitaliste à son stade impérialiste. Ceci signifie que pour connaitre la réelle influence des riches d’Afrique sur l’économie et la politique mondiales, on doit connaitre le nombre de milliardaires et de multimillionnaires africains. En 2016, sur 1810 milliardaires recensés dans le monde 30 sont africains – 1.7% du total –, le poids décisionnel de l’Afrique des riches dans les affaires du monde capitaliste international est approximativement de 1.7%, davantage que le poids de la classe ouvrière américaine et africaine réunie. « L’Afrique » comme vous dites veut une part plus grande de pouvoir ? Engraisser plus de milliardaires.

4- Vous êtes connu pour être un pourfendeur de la Banque mondiale et du FMI. Que reprochez-vous concrètement aux institutions de Brettons Woods qui disent lutter contre la pauvreté dans les pays du Sud ?

Ces institutions financières internationales – mises sur pied comme officines du grand capital mondial – ont missions d’assurer sur le plan financier, boursier, bancaire, monétaire que les prolétaires et ce qui reste des paysanneries africaines seront maintenues sous le joug de leur bourgeoisie nationale (dans chaque pays, y compris dans les pays soi-disant socialistes d’Afrique), et extorquée de façon appropriée, et que la plus-value qui leur sera spoliée sera acheminée dans les proportions convenues avec les larbins nationaux africains vers le capital du Nord, tandis que les capitalistes nationalistes d’Afrique feront eux-mêmes le dépôt de leur butin spolié dans les paradis fiscaux de Bolloré et des autres. Les fonctionnaires du capital œuvrant à la Banque mondiale et au FMI s’assurent que tout ceci fonctionne rondement et n’ont pas le temps par la suite de lutter contre la pauvreté dans les pays du Sud, du Nord, ou du Centre (4).

5- L’ONG britannique OXFAM vient de publier un rapport sur les inégalités dans le monde. Lequel rapport montre que le nombre des très riches augmente et celui des très pauvres aussi. Les 1 % les plus riches possèdent désormais davantage que les 99 % restants. Il pointe du doigt le néolibéralisme. Quel est votre commentaire ?

Vous devez sérieusement vous interroger sur les motifs qui poussent OXFAM, ce fleuron de l’industrie de l’ONG subventionnée, à divulguer chaque année ce type de données au sommet des riches à Davos en Suisse. Quels effets ces révélations ont-elles provoqués par les années passées ? La courbe de concentration du capital s’est-elle inversée depuis vingt ans ? Espère-t-on que de telles mascarades médiatiques assureront un meilleur partage de la richesse capitaliste sous le capitalisme ? Enfin, comment expliquez que la richesse des riches augmente alors que la planète tout entière est en récession économique depuis 2008 ? D’où vient cette richesse ? Existe-t-elle réellement ? Pour le reste j’invite les lecteurs à consulter notre webmagazine où l’analyse de ce rapport d’OXFAM a fait l’objet d’un article récemment http://www.les7duquebec.com (5).

6- Parmi vos propositions contre les inégalités, vous proposer de détruire le mode de production capitaliste irrémédiablement parce qu’il est source de tous les maux. Vous n’épargnez pas non plus l’État. Éclairez-nous et dites comment parvenir à détruire ce mode de production.

En effet, le mode de production capitaliste (MPC) est basé sur le principe que pour accroitre la richesse sociale collective il faut que le capital (c’est-à-dire les moyens de production, d’échanges et de communication et non pas l’argent comme le pensent bien des gens) soit « valoriser », c’est-à-dire remplie de plus-value ouvrière, ce qui est logique, et si ce mode de production parvenait à remplir sa mission, comme il l’a fait dans les pays occidentaux entre 1945 et 1975 (les trente années glorieuses) il serait inutile de renverser le mode de production capitaliste. Incidemment, au cours de ces années de prospérité relative le mouvement ouvrier s’effondra en même temps que les organisations et partis politiques de la go-gauche petite-bourgeoise. Les opprimés du Nord étant rassasiés la révolution fut oubliée. Mais voilà, sous le mode de production capitaliste ces accalmies économiques (et forcément politiques) préparent toujours une nouvelle crise économique encore plus sérieuse que la précédente. Ce qui survint à compter du milieu des années 1970 jusqu’à aujourd’hui et se poursuit avec des hauts et surtout des baisses de rendement des actions. Je viens de vous donner un premier indice. Pour qu’il y ait insurrection populaire, une profonde crise économique doit frapper très durement les ouvriers du monde entier. Il n’y a rien à faire pour cela – suffit d’attendre avec patience – les militants gauchistes – ces mouches du coche – n’y peuvent rien, les capitalistes et les politiciens pas davantage – ça arrive indépendamment de la volonté humaine et pourtant cet ingrédient est indispensable à la révolution prolétarienne. Ventre plein, n’a pas d’oreille pour écouter les récriminations des gauchistes. Cependant un politicien comme Donald Trump peut jeter de l’essence sur le feu. Pour ma part je dis laissons-le faire. La crise frappant de plein fouet un deuxième ingrédient survient – soulèvements, troubles sociaux, grèves, anarchie sociale, dégénérescence morale, crise politique, la bourgeoisie en vient à s’entredéchirer et à ne plus savoir gouverner. Voilà que plusieurs ingrédients sont réunis pour amorcer l’insurrection populaire spontanée, désorganisée ; ne manque que l’étincelle qui mettra le feu à toute la plaine. Quand l’étincelle jaillit toutes les couches de population se soulèvent en un mélimélo indescriptible, le mouvement est violent, le peuple si longtemps opprimé veut tout casser, il sait ce qu’il ne veut plus – le vieux mode de production et sa vieille société – il n’a aucune idée de ce qui pourrait le remplacer. C’est une période insurrectionnelle populaire destructrice. Ces soulèvements seront mondiaux, car le mode de production capitaliste sévit partout maintenant que les mirages socialistes et « communistes » ont été dissipés. En ces temps de grande confusion, on recense dans cent pays une classe prolétarienne moderne, nombreuse, éduquée, branchée, expérimentée, rompue à la lutte de classe sur le front économique, on dispose ainsi d’une immense puissance qui pourrait faire la différence, encore faudra-t-il qu’elle se mette en branle dans la bonne direction. Le salut social mondial ne pourra venir que de la classe prolétarienne aguerrie au travail socialisé, à la coopération, à la production planifiée, aux technologies de pointe, etc. Si la classe prolétarienne se met en mouvement consciemment (en soi et pour soi) nous serons collectivement tirés d’affaire, c’est à ce moment et pas avant que s’amorcera la Révolution prolétarienne pour construire le nouveau mode de production communiste. Ces conditions n’ont jamais existé dans l’histoire de l’humanité, ni en 1917 ni en 1949.

7- Au nombre de vos recommandations, vous dites d’oublier la métaphore du Grand Soir qui ne vise qu’à galvaniser les esprits, et vous frapper en brèche les idées reçues jusque là. Pour vous le mouvement précède la conscience. « Le Parti de la classe prolétarienne ne peut préexister à l’insurrection populaire qui marquera le commencement du long processus révolutionnaire. » Alors qui va organiser l’insurrection ?

Personne ne va organiser l’insurrection populaire. Ça ne s’organise pas, ça ne s’anticipe pas une insurrection populaire spontanée. Ce sera un mouvement violent sans précédent, face auquel la Révolution française vous paraitra bien anodine, et comme la Révolution française, et russe, l’insurrection se prolongera sur des années. Ne pas oublier que l’on parle ici d’une suite d’insurrections populaires qui embraseront la planète tout entière (7 milliards d’individus). Mais l’insurrection populaire (parce que menée par le peuple) ne débouchera sur rien, que sur la destruction de l’ancien, parce que dirigée par la petite bourgeoisie gauchiste, opportuniste, réformiste, regroupée en sectes dogmatiques où l’on fera la lecture des livres sacrés laissés par les classiques et où on adressera des suppliques à Marx (ce que Marx a dénoncé de son vivant – effrayé de ce que l’on faisait de lui – une icône). C’est au cours de ce processus de soulèvement insurrectionnel s’étendant sur des années, probablement suite à un conflit nucléaire génocidaire, qu’émergeront au sein du prolétariat mondial des hommes et des femmes conscients qui apprendront le métier de révolutionnaire en faisant la révolution. Lénine a œuvré dans la Russie Tsariste féodale, où jusqu’en octobre 1917 la police secrète sévissait, infiltrait les organisations, arrêtait les militants et les exterminaient ou les exilaient en Sibérie. Une petite organisation secrète, militarisée, était la formule appropriée pour agir dans de telles conditions et s’emparer du pouvoir d’État semi-féodal. Pas de prolétariat immense éduqué, branché, expérimenté, œuvrant dans des usines robotisées, répandu dans le monde entier (en 1917, la Chine et l’Inde étaient encore au temps médiéval). Bref, Lénine a dirigé de main de maitre une bande de mercenaires bolchéviques qui ont perpétré un coup d’État dans un seul pays. Ce sera très différent sous la révolution prolétarienne internationale à venir.
 

8- Vous n’êtes pas tendre avec la petite bourgeoisie « instable », et incapable de conduire une révolution. Finalement, qui est crédible ?

La petite bourgeoisie, tout comme la paysannerie, sont des classes sociales dont l’activité économique, donc sociale et politique, les prédispose au compromis, à l’opportunisme et au réformisme. Ainsi, le paysan désire ardemment posséder ses moyens de production (terre et instruments agraires) les outils dont il a besoin pour se reproduire et faire vivre sa famille. Le paysan est un petit capitaliste en latence. Lénine le savait et il a promis la terre à celui qui la travaille afin de gagner la paysannerie à la révolution bolchévique. La petite bourgeoisie est le segment salarié de la classe bourgeoise. Ce segment de classe éduquée est en surnombre sous le mode de production capitaliste. Les ouvriers appellent ces gens les « bureaucrates du red tape », ceux qui grugent les profits de la compagnie sans produire de plus-value. Vous voyez comme les ouvriers sont des gens perspicaces quand il s’agit d’analyser le processus de production. Le petit bourgeois ne veut surtout pas détruire le mode de production capitaliste, du moins pas tant que son revenu est assuré par la plus-value de l’ouvrier, et qu’il peut se payer un certain nombre de biens et de services qui lui donne l’illusion de vivre comme un riche, deux semaines de vacances dans le Sud et la croisière dans les Caraïbes, et le petit bourgeois renouvèle son serment d’allégeance à la propriété privée. Mais voici que la crise économique frappe à la porte de son bungalow et de son auto à crédit. Voilà que son pouvoir d’achat stagne ou périclite, que le chômage le guette. L’étalage de ses diplômes ne l’éloigne plus du comptoir alimentaire et de la misère. Et le voici qui rejoint petit à petit les conditions de la classe ouvrière. Un temps il conserve l’illusion qu’il pourra s’en sortir en devenant autoentrepreneur, petit indépendant à domicile, jusqu’à ce que ses clients deviennent plus pauvres que lui et l’abandonnent. Le petit bourgeois ne comprend pas ce qui se produit autour de lui et il dénonce, il gesticule contre le banquier, le policier, le patron, le juge et l’ouvrier qui refuse de partager sa pitance avec plus déshérités que lui. Le petit-bourgeois est foncièrement idéaliste et moniste et il voit l’action militante comme une œuvre de complaisance charismatique. Il y a longtemps le petit-bourgeois priait à l’église pour obtenir les bienfaits de son Dieu, aujourd’hui, athée, il manifeste, il occupe les parcs et il fait le pied de grue à « Nuit debout », espérant infléchir le bras séculier de son nouveau Dieu, l’État laïcisé. Mais peine perdue. Alors sa frustration est grande et sa colère est immense. Individualiste et narcissique – il est la première victime psychologique de ses maitres bourgeois dégénérés – le petit bourgeois devient militant de go-gauche (c’est ici qu’il devient dangereux et que nous devons combattre son influence) et son instruction supérieure le prédispose à devenir leader d’une secte qu’il rassemblera à sa gauche, des petits bourgeois aigris comme lui, qu’il s’empressera de « protéger » des influences de l’étranger, d’autres gourous comme lui pour préserver son précarré. Et au milieu de ses ouailles le « duce » petit-bourgeois ergotera à propos de l’injustice de la société démocratique qui la privé de ses propriétés et qui doit lui restituer en toute équité. Si vous voulez exciter le petit bourgeois, dites-lui que 8 milliardaires s’enrichissent alors que les petits bourgeois s’appauvrissent. Le petit bourgeois revendiquera – résistera à l’austérité – enragé, il jouera de la pancarte et de la matraque, s’agitera sur une ligne de piquetage symbolique, il pétitionnera et arme suprême, il manifestera par milliers (devant la Maison-Blanche notamment) avec ses congénères, et fera ainsi la démonstration à la grande bourgeoisie qu’il peut nuire et entravé le fonctionnement de la démocratie bourgeoise. Tout ceci lui a rapporté des dividendes dans les années de prospérités, mais ne donnera rien en ces années de calamité. Vous aurez compris que ces simagrées ne visent pas à renverser « l’ordre établi » ou à créer un « nouvel ordre mondial » (sic), ni à renverser le mode de production capitaliste, mais à réintégrer le Bobo parmi les privilégiés pour et par une plus « juste » distribution de la richesse. Le petit bourgeois idéaliste, fumiste, rarement matérialiste (une conséquence de sa position dans le procès de production) ne parvient pas à comprendre que la concentration du capital est un phénomène congénital au capitalisme et qu’aucun banquier ni aucun politicien laquais ne peut le modifier. Bref, plutôt que de militer futilement pour prendre aux riches et donner aux pauvres, il ferait mieux de combattre pour détruire le système capitaliste. Mais le petit bourgeois individualiste et narcissique a une peur panique de la socialisation du procès de production et il a peur des ouvriers qu’il juge ignares et mal embouchés. Ce n’est qu’après des dizaines d’années de paupérisation et de prolétarisation que le petit bourgeois parviendra à se défaire de sa mentalité et de sa vision bourgeoise et qu’il sera apte (peut-être) à militer aux côtés des ouvriers, mais surtout ne lui donnez jamais la pôle position, ce qui me fait dire : camarade, garde moi du petit bourgeois « d’avant-garde », mes ennemis je m’en charge.

9- Si on vous suit, le Burkina Faso devrait pouvoir avoir un parti révolutionnaire né de l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014 et même de janvier 1966. Mais le pays n’a pas encore réussi à réaliser une révolution. Comment vous l’expliquer ?

Je ne sais rien de l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre et de janvier 1966, mais je sais que le Burkina Faso pas plus qu’aucun autre pays dans le monde ne fut jamais en phase d’insurrection populaire et encore moins de révolution prolétarienne – qui sont deux processus – deux moments différents du changement social révolutionnaire. L’un est destructeur alors que l’autre est constructeur. Les deux doivent être franchis mondialement en deux temps pour que surgisse le nouveau mode de production communiste.

Je vais vous présenter une situation similaire qui s’est déroulée en Égypte en 2011 et que l’on a appelée abusivement la Révolution égyptienne. En 2011, en Égypte de nombreux facteurs insurrectionnels étaient rassemblés. La misère du peuple égyptien était immense et la répression du régime était intense. L’étincelle est venue de Tunisie un pays où la population est moins pauvre qu’en Égypte. En Égypte la situation était telle que les jeunes hommes, parfois diplômés de l’université, vivaient sous les ponts et ne pouvaient épouser leur fiancé ni fonder un foyer. C’est une ligne rouge qu’une société bourgeoise ne doit pas franchir au risque de connaitre des soulèvements sociaux importants. Ce qui survient. La population urbaine égyptienne se souleva de bon droit et exigea du travail, du pouvoir d’achat et des logements. Ces revendications avaient un potentiel insurrectionnel ce que la grande bourgeoisie a vite compris, aussi, rapidement une multitude d’organisations gauchistes-réformistes s’emparèrent de la direction du mouvement et introduisirent la revendication « démocratique bourgeoise », la revendication préférée de la petite bourgeoisie, le droit de voter pour choisir son tyran. La Secrétaire d’État américaine de l’époque, Madame Hilary Clinton de triste renom eut vent de ce slogan qu’elle reprit et diffusa dans le monde entier. Quand tout va mal pourquoi ne pas voter pour apaiser la société ? Mais que faire avec un bulletin de vote quand tu es trop affamé pour te rendre au bureau de scrutin ? Bref, l’insurrection avorta et s’empêtra dans des luttes de cliques opportunistes et réformistes. La classe prolétarienne égyptienne apporta son appui sans équivoque au soulèvement, mais le voyant s’étioler, hésiter, capituler pour obtenir le changement d’un tyran par un nouveau tyran « élu » (ce que la petite bourgeoisie mondiale a finalement appelé une Révolution) la classe prolétarienne égyptienne réintégra ses casernes urbaines.

L’insurrection populaire égyptienne avorta rapidement, ne détruisit pas l’État bourgeois ni aucune de ses institutions, n’enflamma aucune autre section du prolétariat mondial – quand votre revendication se résume à changer le nom d’un dictateur quel autre prolétariat voudrait emboiter le pas et se sacrifier sous les balles de la flicaille surarmer ? La bourgeoisie égyptienne poussa l’outrance jusqu’à exiger que le peuple égyptien écrasé et humilié entérine par scrutin « démocratique » son choix d’un nouveau tyran issu de l’armée assassine. Le prolétariat égyptien n’entama jamais la phase révolutionnaire pour la construction du nouveau mode de production communiste. Le matérialiste dialectique ne parle de Révolution sociale que s’il y a renversement d’un mode de production (exemples la Révolution bourgeoise française et la Révolution anti féodale Russe). Changer un despote par un autre ne constitue en rien une révolution sociale prolétarienne, à peine une séance de chaise musicale.

Je ne crois pas que l’insurrection populaire du 31 octobre 2014 au Burkina Faso ait entrainé une suite d’insurrection populaire dans le monde entier – j’en aurais entendu parler – ni que suite à cette insurrection populaire le prolétariat burkinabé ait amorcé la construction du mode de production communiste dans un seul pays. Dans ces conditions la création d’un parti politique prolétarien révolutionnaire est déconseillée. J’expliquerai pourquoi dans un pamphlet à paraitre en 2017.

10- Vous dites que « les prolétaires révolutionnaires ne doivent en aucun cas batailler pour prendre le contrôle d’une portion quelconque, d’une instance quelconque de la gouvernance bourgeoise ». C’est dire alors que vous appelez les gens à boycotter les élections organisées dans tous les pays ?

Je n’appelle pas les « gens », je ne m’adresse jamais aux « gens », à la populace en générale, je suis totalement dédié à ma classe sociale, la classe prolétarienne et elle seule. J’exhorte effectivement le prolétariat du monde entier et celui de chaque entité nationale bourgeoise à faire ce qu’instinctivement le prolétariat fait souvent – se moquer des mascarades électorales bourgeoises. J’ai noté que plus un prolétariat national est évolué, développé, plus il méprise les institutions démocratiques bourgeoises se rendant bien compte que tout cela n’est que parodie de démocratie. Aux États-Unis plus de 60% des ouvriers ne se déplacent jamais pour voter aux mascarades électorales bourgeoises. Les ouvriers américains souffrent beaucoup, mais pas davantage que les ouvriers ivoiriens qui eux votent nombreux aux élections « démocratiques » bourgeoises. Ainsi, la bourgeoisie proclame que tous sont égaux dans le processus électoral (un homme = un vote). Ridicule, un homme muni de son bulletin de vote, mais qui est propriétaire d’une chaine de télévision populaire qu’il peut mettre au service de son candidat, et qui possède des centaines de millions de dollars à injecter dans la campagne électorale de son candidat est-il vraiment l’égal du prolétaire au petit salaire qui ne possède en or que ses nuits blanches et son ridicule petit bulletin de vote à la main ? Il y a un siècle que les travailleurs des pays occidentaux ont le droit de vote et qu’il l’exerce, la crise économique et le chômage les épargnent-ils davantage que ceux des pays de l’Est qui ont été privés du droit de voter pour le polichinelle de leur choix ? Salvador Allende a fait la démonstration de cette dérision « démocratique » bourgeoise. Après avoir conquis le contrôle de l’État « démocratiquement » quand il voulut faire une politique qui ne plaisait pas aux riches chiliens, le général Pinochet l’a évincé et l’a assassiné (11 septembre 1973). Il est de la responsabilité d’un prolétaire révolutionnaire d’enseigner le mépris des institutions bourgeoises et de l’État bourgeois duquel notre classe sociale ne peut ni ne doit rien attendre et qu'elle doit se préparer non pas à investir, mais à détruire. Des dizaines de partis soi-disant communistes, socialistes, marxistes-léninistes, révolutionnaires, trotskistes participent assidument à toute et chacune des mascarades électorales bourgeoises nationales, communales, régionales, municipales et qu’ont-ils obtenu pour le prolétariat et en quoi ont-ils fait avancer la révolution prolétarienne de la sorte ? Des ministres communistes ont servi de caution à l’administration gaulliste après la guerre et le prolétariat français ne leur a jamais pardonné.

11- Le Burkina Faso et de nombreux pays connaissent une crise sociale et économique profonde. Une pauvreté endémique et les pays sont sous perfusion des ONG et des institutions de Brettons Woods. Ces pays sont à la traine comparés aux pays du Maghreb et de l’Asie, anciennes colonies occidentales aussi. Comment peut-on expliquer cette crise après plus d’un demi-siècle du départ du colonisateur ?

Comme tous les pays vivant sous le mode de production capitaliste le prolétariat burkinabé souffre durement, mais pas davantage que le prolétariat du Maghreb ou d’Afrique du Sud où 40 mineurs ont été assassinés au fusil mitrailleur par la flicaille noire aux ordres du gouvernement de l’ANC raciste – le parti de feu Nelson Mandela – lui-même aux ordres des compagnies minières internationales (6). Mais je sais que ce n’est pas l’objet de votre question. Vous vous préoccupez du sort de l’économie capitaliste au Burkina Faso que l’impérialisme mondial néglige d’exploiter aussi sévèrement que d’autres ex-colonies françaises. Pourquoi certaines bourgeoisies nationales africaines sont-elles privilégiées dans ce monde exploité ? L’ennemi de la classe prolétarienne est d’abord interne et ensuite externe, et les deux ennemis, capitalistes autochtones et capitalistes internationaux, forment une alliance contre les prolétaires de chaque pays et contre ceux du monde entier. Le colonisateur n’est jamais parti du Burkina Faso et il ne partira jamais tant que le prolétariat burkinabé, de concert avec le prolétariat de toute l’Afrique, n’aura pas renversé le pouvoir de classe des bourgeoisies nationalistes africaines et internationales. Il faut commencer à les combattre sur le front économique d’abord. C’est par la grève que l’ouvrier frappe la bourgeoisie sur le front économique. Ensuite, il faudra que le prolétariat international socialise (je n’ai pas dit nationalise, mais socialise) la propriété de tous les moyens de production, de commercialisation et de communication de toute l’Afrique et ensuite qu’il détruise les institutions et les États bourgeois afin de consolider sur le plan politique les conquêtes réalisées sur le plan économique.

Quand les colonisateurs sont soi-disant partis, ils ont laissé leurs structures juridiques, leurs institutions, leur État de pacotille qu’ils ont construit pour soumettre le prolétariat burkinabé, ainsi que leurs réseaux commerciaux, leur monnaie (le franc CFA cette ignominie), et tout un réseau de relations attachant votre bourgeoisie nationale à leurs intérêts internationaux. La pseudo « indépendance » formelle n’a servi à rien sans l’indépendance économique, car sous le mode de production capitaliste, en phase impérialiste, toutes les économies nationales sont interreliées via les marchés, les finances, les monnaies, les ententes commerciales, les transferts d’actions, et de multiples réseaux juridiques, économiques, et mêmes humains entre administrateurs d’entreprises et actionnaires de sociétés cooptés. Si votre région a été moins exploitée que d’autres en Afrique c’est soit que vous ne possédez pas de ressources rares en exclusivité, ou très demandées (pétrole gabonais, coltan du Kivu, cacao de Côte d’Ivoire, etc.) ; soit que ce « retard » est la conséquence de votre mauvais choix d’alliance quand votre bourgeoisie « socialiste » a choisi le camp impérialiste soviétique plutôt que le camp impérialiste occidental.

12- Vous connaissez l’Afrique francophone. Elle reste largement tributaire des grandes puissances. Elle répond toujours de Paris, incapable d’imprimer sa propre politique de développement économique et même social. Les bases militaires américaines et françaises, la faiblesse des armées, des institutions nationales. À votre avis, quel est le problème ?

Sous le mode de production capitaliste (MPC) en phase impérialiste mondiale il n’y a aucun moyen d’imprimer sa « propre » politique nationale de développement économique et social (l’instance sociale reposant directement sur l’instance économique, pas d’indépendance sociale sans indépendance économique). Une quinzaine d’entreprises multinationales ont un chiffre d’affaires combiné plus important que la somme des budgets de 180 pays dans le monde (7). C’est dans les bureaux d’administration de ces conglomérats transnationaux que se prennent les décisions importantes pour le développement national et international. Rassurez-vous cependant, j’ai ouï dire que l’impérialisme chinois commençait à délocaliser ses usines vers l’Afrique aux salaires faméliques. Sous peu, ne soyez pas étonné d’apprendre qu’une multinationale « communiste » chinoise débarque à Ouagadougou pour y construire des « sweats shops » de la mort.


L’ENTREVUE EST DISPONIBLE SUR LE WEBMAGAZINE http://www.les7duquebec.com/7-au-front/donald-trump-et-les-conditions-de-linsurrection-populaire/

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