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Poutine va-t-il renoncer à son alliance avec l’Iran ? (Pars Today)

par Pars Today 1 Mars 2017, 03:28 Poutine Iran Russie Alliance

Sans l’Iran et ses alliés comme le Hezbollah, la Russie ne trouvera aucun moyen pour faire une démonstration de force au Moyen-Orient et gérer ses intérêts dans cette région. Demander à la Russie de « lâcher l’Iran » revient ni plus ni moins à lui demander de quitter pour de bon la région qu’elle convoite depuis des siècles.

Dans un récent article, The Weekly Standard se penche sur le dilemme auquel se trouve confronté Donald Trump : comment saper la puissance de l’Iran tout en s’approchant de la Russie alors que Téhéran et Moscou sont désormais liés par des liens d’alliance ? 

Depuis que Trump a pris les rênes du pouvoir aux États-Unis, les commentateurs se trouvent face à un dilemme : comment le nouveau président américain compte-t-il en effet se lier d’amitié avec Poutine et s’attirer sa grâce tout en faisant de l’Iran, allié le plus fiable de Moscou au Moyen-Orient, son ennemi numéro 1 ? D’aucuns répondent que Trump et son équipe comptent beaucoup sur leurs talents de marchands pour rouler Poutine dans la farine et l’éloigner de Téhéran. Mais le président russe sera-t-il dupe ?  

Anouar el-Sadate (G) et Jimmy Carter (D), lors de la signature des accords de Camp David, le 17 septembre 1978.

Cela fait des années en effet que Téhéran et Moscou coopèrent en Syrie via le large soutien qu’ils apportent aux Assad père et fils. La guerre qui s’est déclenchée en 2011 n’a fait que renforcer ces liens d’abord de coopération et aujourd’hui d’alliance. En 2015, alors que l’armée syrienne était sur le point de perdre sur tous les fronts, le puissant Corps des Gardiens de la Révolution islamique s’est engagé à ses côtés avant que la Russie, elle, n’envoie ses avions soutenir depuis le ciel l’armée syrienne et ses alliés. Depuis, la présence militaire russe ne cesse de s’élargir : base navale, aéroports militaires, pistes d’atterrissage, équipements militaires et centres de renseignement russes prolifèrent en Syrie. Dans le même temps, la Russie n’a pas hésité à appuyer les troupes au sol syriennes et les combattants du Hezbollah pour faire échec aux projets américains en Syrie et dans la région. Çà et là, on parle de divergences de vues irano-russes, mais qui pourrait croire à « ces racontars » quand on pense que ce que font Russes et Iraniens en Syrie va au-delà d’un simple « mariage blanc » et qu’il s’agit effectivement d’une alliance stratégique de long terme dans laquelle chaque partie a besoin de l’autre. L’ex-conseiller pour la sécurité nationale de Trump, le général Flynn, tout comme, sans doute, celui qui vient de lui succéder se souviennent d’un événement assez récent qui les laisse croire que la Russie se laissera piéger si les États-Unis lui font miroiter de belles promesses : le virage de l’ex-président égyptien Anouar el-Sadate.

Après la guerre d’octobre 1973, Sadate a décidé de renoncer à son alliance avec l’URSS et de se mettre sous l’ombrelle protectrice des USA. Cette décision constituait une si grande concession faite à Washington que ce dernier a été tenté dans la foulée de refaire le même exploit en Syrie. Dès lors, les Américains se sont mis à multiplier les opérations de charme en direction de la Syrie de Hafez al-Assad qui, au contraire de toutes les attentes, n’a pas fléchi et est resté dans le camp russe. Même après la fin de la Guerre froide, Washington a poursuivi ses efforts pour convaincre Bachar al-Assad de s’éloigner de la Russie et surtout de l’Iran, efforts qui ont sans cesse échoué parce que Bachar avait bien appris de son père de ne jamais se renfermer sur soi et d’être toujours prêt au dialogue avec les Américains sans jamais lâcher du lest. En ce sens, Assad est-il comparable à Sadate ?

Les stratèges américains semblent avoir oublié une chose qui fausse carrément leurs calculs : Sadate a voulu de son propre chef divorcer de Moscou pour basculer dans le camp américain. Or, cela n’est guère le cas de Bachar. Et d’ailleurs tant mieux pour la Russie.

Quand Vladimir Poutine regarde le Moyen-Orient, le rapport de forces lui rappelle les années 70. Le Moyen-Orient de 2017 reproduit celui de 1973, quand Sadate a quitté le camp russe pour celui des Américains. Cette région si stratégique et aux ressources inépuisables est peuplée d’alliés des Américains : d’Israël à l’Égypte en passant par la Turquie et les pays du bassin sud du golfe Persique, tous se comportent comme des vassaux du Pygargue à tête blanche.

Certes, le double mandat d’Obama a été une calamité pour eux, dans la mesure où le maître a quelque peu abandonné ses valets à leur sort, créant un vide que Moscou a tôt fait de remplir. N’empêche que huit ans de relative indifférence ne pèsent pas bien lourd par rapport à des décennies de relations stratégiques, d’accords en armements, de traités militaires et d’échanges économiques qui lient les USA aux pays arabes de la région et à Israël. Parmi cette foule d’alliés fidèles à l’Oncle Sam, il ne reste qu’un seul espace encore non conquis : l’Iran. Et Poutine, aussi alléchante que soit la perspective d’un dégel avec les États-Unis, ne peut se permettre d’ignorer cette réalité : sans l’Iran et les partenaires de ce pays comme le Hezbollah, la Russie n’a aucun moyen pour faire une démonstration de force sur la scène moyen-orientale et y gérer ses intérêts. Demander aux Russes d’abandonner l’Iran revient à les pousser à quitter définitivement le Moyen-Orient.

Et Trump dans tout cela ?

Certes, une alliance avec la Russie devrait figurer en tête des priorités de l’administration Trump si celle-ci souhaite empêcher Poutine de s’approcher des frontières de l’OTAN via la Turquie et envoyer par le corridor turc des missiles et autres armements en Syrie.

La prétendue suprématie aérienne d’Israël dans l’est de la Méditerranée est un autre sujet sur lequel Trump devra se concentrer en essayant de se rapprocher de Poutine. Cette suprématie n’est plus depuis que les S-300 et S-400 russes sont déployées en Syrie et que le Hezbollah opère librement dans le Golan occupé.

L’homme d’affaires qu’est Trump sait bien que tout cela a un prix : il lui faut tous les talents du monde pour convaincre Poutine que « la carte iranienne » qu’il joue à fond en ce moment est la mauvaise et qu’il faudrait y renoncer. Mais que Trump compte-t-il proposer en échange à Poutine ?

Les États-Unis ont-ils réellement en leur possession « quelque chose » qui vaille mieux qu’une plus grande profondeur stratégique pour la Russie, à savoir une réelle influence au Moyen-Orient ? Après tout, Poutine n’est pas homme à renoncer à un « rêve » que poursuivait déjà Pierre le Grand…

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