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15 Mar

La Hongrie crée des camps d’internement pour les réfugiés (WSWS)

Publié par Ulrich Rippert  - Catégories :  #Hongrie, #Camps d'internement, #Réfugiés, #Migrants, #Xénophobie, #Racisme

La Hongrie crée des camps d’internement pour les réfugiés (WSWS)

La Hongrie crée des camps d’internement pour les réfugiés

Par Ulrich Rippert
15 mars 2017

La Hongrie projette d’interner dans des camps situés le long de ses frontières tous les réfugiés qui séjournent dans le pays. Les camps comporteront de grands conteneurs maritimes prévus pour 200 à 300 réfugiés et rappelant les baraques mises en place par les nazis dans leurs propres camps de concentration. Les camps seront sécurisés par de hautes clôtures de fil de fer barbelé et des tours de guet. Des policiers armés, accompagnés de chiens et soutenus par des bandes de nervis d’extrême-droite patrouilleront le périmètre du camp.

Dorénavant, il sera impossible pour les réfugiés et les demandeurs d’asile de se déplacer librement en Hongrie ou de quitter le pays tant que les procédures sont en cours. Le parlement de Budapest a voté mardi un projet de loi avec l’aide des votes du parti conservateur de droite au pouvoir Fidesz et du parti d’opposition d’extrême-droite Jobbik. Le vote parlementaire remet à l’ordre du jour une pratique que la Hongrie avait suspendue en 2013 suite aux pressions de l’UE, de l’ONU et de la Cour européenne des Droits de l’Homme.

Le gouvernement hongrois d’ultra-droite du premier ministre Viktor Orbán intensifie ainsi sa politique de verrouiller le pays aux réfugiés. Dès janvier, il avait introduit des mesures de fermeture du pays à tous les demandeurs d’asile au motif que la mesure était justifiée par les risques liés à la sécurité.

Bien que les frontières de la Hongrie soient d’ores et déjà hermétiquement scellées, Orbán a mis en garde contre une « vague de réfugiés » qui menacerait de submerger le pays. La Hongrie est « assiégée », a-t-il déclaré, avec des centaines de milliers de migrants menaçant de prendre le chemin de l’Europe. On ne peut ignorer ce danger, a poursuivi Orbán, et l’on est obligé de protéger les frontières de la manière la plus stricte et la plus efficace.

« La migration est le cheval de Troie du terrorisme », s’est-il exclamé mardi matin lors de son discours de haine xénophobe prononcé dans une salle d’exposition de Budapest devant plusieurs centaines de gardes-frontières nouvellement assermentés. Selon Orbán, les migrants arrivent en Europe pour vivre conformément à leur propre culture et habitudes, mais ce à un « niveau européen » et aux frais de l’Europe.

L’organisation en faveur des droits de l’homme Pro Asyl a protesté contre la décision du parlement hongrois d’interner les demandeurs d’asile dans des camps. Son porte-parole européen Karl Kopp a déclaré au journal Neue Osnabrücker Zeitung : « L’incarcération des demandeurs d’asile en Hongrie est une violation flagrante du droit de l’UE et du droit international. »

Kopp a appelé l’UE à ouvrir des procédures contre la Hongrie pour violation de traités. L’UE devait également se demander si « le droit de vote de la Hongrie au Conseil de l’UE devrait être suspendu, vu que l’internement des réfugiés constitue une violation manifeste des valeurs fondamentales européennes. »

Cet appel aux valeurs fondamentales européennes est nul et va à l’encontre de la réalité. La politique raciste du gouvernement Orbán est une conséquence directe de la politique pratiquée par l’UE en matière de réfugiés.

L’UE s’emploie depuis des années à sceller les frontières extérieures de l’Europe et à ériger les murs de la « Forteresse Europe » de manière à ce qu’ils soient infranchissables. L’objectif déclaré de la politique européenne des réfugiés est en premier lieu d’empêcher aux demandeurs d’asile d’entrer en Europe. S’ils parviennent à rentrer, l’objectif de l’UE est de les enfermer dans des camps frontaliers et de restreindre autant que possible leur liberté de circulation à l’intérieur de l’Europe.

Dans la logique de cette politique, l’UE préconise l’internement massif des réfugiés dans les pays hors d’Europe. Afin de s’assurer que les réfugiés ne quittent pas les camps inhumains et surpeuplés de Jordanie, du Liban et d’autres pays voisins de la Syrie, l’UE a versé 1 milliard d’euros au Programme alimentaire mondial et au Fonds du Haut-Commissariat pour les réfugiés des Nations Unies (HCR). Les pays africains ont également accordé un soutien financier pour retenir les réfugiés.

La majeure partie de l’argent alloué pour dissuader les réfugiés va cependant à l’agence européenne de sécurité aux frontières, Frontex, qui est constamment élargie. À l’origine, l’agence européenne avait pour mission de coordonner la protection des frontières extérieures de l’UE entre les États membres, mais elle s’est progressivement transformée en une police européenne des frontières indépendante et dotée d’une infrastructure militaire et d’un dispositif de contrôle propre.

Actuellement, Frontex est responsable non seulement de la coordination des contrôles aux frontières, mais aussi de l’analyse des risques et des dangers aux frontières extérieures de l’UE, de la formation des gardes-frontières, du soutien aux États membres en matière de personnel et de technologie, de la déportation des réfugiés et de la coopération avec l’Office européen de police Europol et les services de sécurité de pays non membres de l’UE. L’agence joue également un rôle important dans la surveillance militaire et la dissuasion des réfugiés en Méditerranée.

La persécution des réfugiés n’est pas une particularité hongroise, elle s’appuie sur la propre politique brutale de l’UE à l’égard des réfugiés et est appuyée par les politiciens influents de l’UE en dépit de certaines critiques occasionnelles. Viktor Orbán est un ami proche du chef de l’Union chrétienne-sociale allemande (CSU), Horst Seehofer. Le Parti conservateur national d’Orban, le Fidesz (Union civique hongroise) est membre du Parti populaire européen (PPE), qui comprend également les partis dirigeants allemands, la CSU et l’Union chrétienne-démocrate (CDU).

Pour sa politique raciste, Orbán bénéficie aussi d’un soutien de la part des médias. Dans le quotidien Die Welt d’hier, Jacques Schuster a écrit : « Sur la question des réfugiés, la Hongrie est plus honnête que nous. » L’ancien rédacteur des discours de l’ex-maire de Berlin, Eberhard Diepgen (CDU), a écrit : « Il est du devoir de chaque État de protéger ses frontières. Quiconque souhaite intégrer des réfugiés doit dissuader des masses d’immigrants. » La Hongrie se borne simplement à faire ce que certains qualifient de « sale boulot » de l’UE.

Même si Angela Merkel ne l’avouera jamais, écrit Schuster, elle a depuis longtemps réalisé que sa politique et certaines de ses déclarations avaient été bien intentionnées mais pas mûrement réfléchies et, en conséquence, néfastes : « S’il en était autrement, la politique des réfugiés pratiquée aujourd’hui ne consisterait pas en “expulsion”, “dissuasion”, “refus”. Mais, la chancelière et son parti n’aiment pas trop en parler ».

La politique migratoire raciste menée par Orbán est une conséquence directe de la politique de refoulement des réfugiés pratiquée par l’UE et qui ne peut pas être combattue par des appels aux institutions européens. Au contraire, la construction de camps d’internement rappelant les camps de concentration des nazis, doit être considérée dans le contexte des changements fondamentaux qui ont lieu en Europe et le reste du monde.

Des milliers de demandeurs d’asile fuient les conséquences catastrophiques des guerres impérialistes qui sont faites depuis des décennies au Moyen-Orient, aux Balkans et dans d’autres régions par les États-Unis et les États membres de l’OTAN. La première guerre du Golfe et la guerre en Yougoslavie, l’invasion de l’Afghanistan et de l’Irak, le bombardement de la Libye et la dévastation de la Syrie et du Yémen ont tué des centaines de milliers de personnes. Des villes et des pays entiers ont été ravagés et des millions de gens ont dû fuir.

Les nombreux demandeurs d’asile désespérés et leurs familles, qui sont maintenant internés dans des camps et terrorisés, font partie de la classe ouvrière mondiale qui est victime de la politique belliciste et impérialiste.

La prise de pouvoir de Donald Trump aux États-Unis a extrêmement accru le risque d’une nouvelle guerre. Par son slogan « l’Amérique d’abord », le gouvernement de généraux et milliardaires de Trump menace le monde entier d’une confrontation économique et militaire.

Le gouvernement allemand a réagi à cette évolution par un programme déraisonnable de réarmement militaire. Lors de la Conférence sur la sécurité de Munich il y a trois semaines, des exigences avaient été formulées pour tripler le budget militaire du pays. Cela n’est possible qu’en imposant un plan d’économie drastique et qui prévoit des réductions massives dans tous les domaines de la protection sociale.

Comme c’était le cas à la veille de la Seconde Guerre mondiale, cette politique belliciste ne peut être mise en œuvre qu’avec la création d’un État policier et en recourant à des méthodes dictatoriales.

Aujourd’hui, ce sont les réfugiés fuyant la guerre qui sont entassés dans des camps d’internement. Demain, ce sera le tour des opposants à la guerre et des dissidents politiques. La réapparition des camps de concentration en Europe est un avertissement. Ceci montre à quel point il est urgent de faire de la défense des réfugiés le point de départ d’une lutte internationale contre la guerre et le capitalisme.

(Article original paru le 11 mars 2017)

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