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Les Frères musulmans sont un « pare-feu » contre l’extrémisme, selon le Royaume-Uni (Middle East Eye)

par David Hearst 7 Mars 2017, 01:59 Frères musulmans Grande-Bretagne Collaboration Extrémisme


Le ministère des Affaires étrangères britannique convient que la plupart des islamistes politiques ne sont pas impliqués dans la violence, mais sont eux-mêmes victimes de la violence
Des membres des Frères musulmans manifestent contre le gouvernement soutenu par les militaires au Caire (AFP/photo d’archives)

 

Le gouvernement britannique a fait marche arrière sur la principale conclusion d’un examen controversé sur les Frères musulmans de 2014 réalisé par John Jenkins, alors ambassadeur du Royaume-Uni en Arabie saoudite, qui suggérait que l’organisation avait servi de « rite de passage » pour les militants violents.

Il semble maintenant être d’accord avec une évaluation proposée par la commission parlementaire des Affaires étrangères à la suite de son enquête sur la politique du gouvernement à l’égard de l’« islam politique » l’année dernière, concluant que les islamistes politiques constituaient un « pare-feu » contre l’extrémisme violent et qu’il fallait engager le dialogue avec eux, qu’ils soient au pouvoir ou dans l’opposition.

Cet aveu préjudiciable intervient dans une série de réponses du Foreign office (ministère des Affaires étrangères) britannique à cette enquête très critique, lesquelles ont été publiées lundi.

À LIRE : Frères musulmans : la chasse est ouverte

Dans ses réponses, le Foreign Office a convenu que la grande majorité des islamistes politiques n’étaient pas impliqués dans la violence, mais plutôt eux-mêmes victimes de celle-ci.

Il a également confirmé que les islamistes politiques, qui s’identifient comme démocrates, devraient être autorisés à participer aux élections et que le gouvernement britannique devrait engager le dialogue avec eux, qu’ils soient au pouvoir ou dans l’opposition.

Le gouvernement a déclaré qu’il était d’accord avec la conclusion de la commission selon laquelle la religion et la politique se chevaucheraient dans un avenir prévisible et que « la grande majorité des islamistes politiques ne sont pas impliqués dans la violence. »

Le Foreign Office a déclaré que son engagement envers l’islam politique était « un élément important de notre engagement avec les pays de la région ».

La réponse indiquait : « Le gouvernement peut confirmer que l’engagement du FCO [Foreign Office] avec ces groupes… comprend le dialogue sur les droits de l’homme, en particulier la protection des droits des femmes et de la liberté religieuse ».

Le Foreign Office a également confirmé son opposition à « l’intervention militaire comme moyen de résoudre les différends dans le système démocratique ». Pourtant, dans ses relations avec le président égyptien Abdel Fatteh al-Sissi, le gouvernement anglais s’est toujours refusé à qualifier les événements qui l’ont amené au pouvoir le 3 juillet 2013 de putsch.

Crispin Blunt, le président de la commission des Affaires étrangères, a déclaré à MEE qu’il n’était pas « mécontent » de ces conclusions.

Cependant, il n’a pas été en mesure de commenter ce que Jenkins avait dit car son examen reste secret. Le gouvernement a publié ce qu’il a appelé les « Principales constatations » du rapport de Jenkins en décembre 2015, mais a refusé de publier l’intégralité du document.

Jenkins lui-même a refusé de témoigner face à la commission.

À LIRE : Pour Cameron, les Frères musulmans sont un « rite de passage » à la violence

Une source proche de Jenkins a confirmé à MEE que l’ancien ambassadeur avait effectivement considéré la confrérie comme un « rite de passage » pour les extrémistes d’al-Qaïda.

Dans son rapport, la commission a déclaré que le raisonnement qui sous-tend l’examen des Frères musulmans réalisé par Jenkins est resté « opaque » et les explications ministérielles expliquant pourquoi le Foreign Office ne permet pas à la commission de voir l’intégralité du rapport étaient « usées ».

Blunt a déclaré : « Les responsables du FCO n’ont pas rencontré officiellement les Frères musulmans depuis 2013. Nous continuons à croire qu’une totale compréhension du groupe exige une compréhension de leur histoire, y compris des événements depuis 2013. Cela exige également que le FCO rencontre le groupe. »

« La position du gouvernement sur les Frères musulmans est incohérente et celui-ci devrait y remédier en collaborant de nouveau avec eux à la fois ici au Royaume-Uni et à l’étranger » – Tayab Ali, ITN Solicitors

La commission a déclaré que l’examen de Jenkins était fondamentalement erroné en raison de son refus d’examiner les effets sur les Frères musulmans du putsch en Égypte en 2013, lequel a vu des milliers de partisans du groupe tués par les forces de sécurité égyptiennes et des centaines de dirigeants emprisonnés.

« Le FCO continue à ignorer et à ne pas expliquer cette omission et ne précise pas pourquoi et par qui les événements depuis 2013 ont été jugés non pertinents pour le mandat. Il devrait le faire maintenant », a déclaré la Commission.

Tayab Ali de ITN Solicitors, le cabinet britannique qui représente les Frères musulmans, a déclaré : « L’aveu du gouvernement que l’islam politique représente un pare-feu contre l’extrémisme violent va directement à l’encontre des politiques des Émiratis et des Saoudiens qui ont contraint David Cameron à mettre en place l’examen de Jenkins.

« La position du gouvernement sur les Frères musulmans est incohérente et celui-ci devrait y remédier en collaborant de nouveau avec eux à la fois ici au Royaume-Uni et à l’étranger. »

 

Le secrétaire britannique aux Affaires étrangères, Boris Johnson, a rencontré son homologue égyptien Sameh Shoukry au Caire le mois dernier (Reuters)

 

Les réponses du FCO à la commission constituent une volte-face brutale par rapport au résumé de douze pages de l’examen de Jenkins.

Jenkins aurait dit : « Sir John a conclu… que, pour la plupart, les Frères musulmans ont préféré le changement progressif et non violent par opportunisme, souvent sur la base du fait que l’opposition politique disparaîtrait une fois le processus d’islamisation complet. »

« Mais ils sont prêts à consentir à la violence – y compris, de temps en temps, au terrorisme – là où le réformisme progressif est inefficace. »

« Sir John a conclu qu’il n’était pas possible de concilier ces opinions avec l’affirmation faite par les Frères musulmans égyptiens dans leur témoignage à l’examen selon laquelle “les Frères musulmans ont constamment adhéré aux moyens pacifiques d’opposition, renonçant à toutes les formes de violence tout au long de leur existence“. »

Lundi, cependant, le Foreign Office a admis que les islamistes politiques jouent « un rôle crucial » en assurant que le changement politique se déroule de manière pacifique.

Il a indiqué : « Comme l’ont montré les événements au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, ceux qui sont soumis à la répression, se sentent privés de leur droit de regard ou sont exclus du processus politique peuvent se tourner vers la violence s’ils ne peuvent pas changer leur situation par des moyens pacifiques. »

« Les groupes politiques islamistes, y compris leurs principaux dirigeants, ont un rôle crucial à jouer pour que cela se produise dans la région MENA » – Foreign Office

« Le meilleur “pare-feu” consiste à soutenir le processus démocratique et à faire en sorte que les individus aient voix au chapitre. Les groupes politiques islamistes, y compris leurs principaux dirigeants, ont un rôle crucial à jouer pour que cela se produise dans la région MENA. »

En ce qui concerne la violence et le terrorisme, la commission a noté que le Foreign Office n’avait pas contredit l’évaluation des députés qui qualifiaient les Frères musulmans égyptiens de « groupe fondamentalement non violent », bien que, dans sa réponse, il ait maintenu que « certaines sections de l’organisation entretiennent une relation très ambiguë avec l’extrémisme violent. »

Il citait « des reportages dans les médias et des études universitaires crédibles » pour démontrer qu’une minorité de partisans des Frères musulmans égyptiens s’engageait aux côtés d’autres islamistes dans des actes violents.

Le ton très mesuré du Foreign Office est une preuve supplémentaire de sérieux doutes parmi les cercles dirigeants de l’organisation quant à la façon dont l’examen de Jenkins a été mis en place et la difficulté qu’a rencontré le Premier ministre de l’époque David Cameron pour publier ne serait-ce qu’une version abrégée de celui-ci.

Comme l’a signalé Middle East Eye à l’époque, le MI5 était contre l’examen et le M16 a rapidement écarté tout lien entre les Frères musulmans au Royaume-Uni et l’attentat à la bombe mortel dans un bus rempli de touristes à Louxor, en Égypte.

Après la conclusion du rapport, il a fallu au gouvernement un an et demi pour produire ses principales conclusions, soigneusement censurées, qui ont été publiées le 17 décembre, dernier jour où le Parlement siégeait avant les vacances de Noël.

 

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.

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