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A propos d’un article du Monde (Russeurope)

par Jacques Sapir 14 Avril 2017, 14:56 Médias Le Monde Sapir

A propos d’un article du Monde
Par Jacques Sapir
Russeurope

Le Monde me consacre un article dans son numéro du 12 avril 2017, sous la plume de Raphaëlle Bacqué. Je ne discute pas ici le fond de cet article. Chacun a le droit d’avoir son opinion et de juger, en bien comme en mal, ma trajectoire.

Je reprends ici seulement les erreurs factuelles de cet article, et elles sont (trop) nombreuses. Il est regrettable que l’auteur ne m’ait pas consulté sur son texte, car je les lui aurais signalé. Certaines de ses erreurs sont mineures par rapport à l’économie de l’article, mais d’autres non et déforment de manière grave la réalité. Il y a aussi des approximations qui sont gênantes par ce qu’elles pourraient induire. Je laisse ici le lecteur se faire une opinion et, par ordre de lecture, nous avons donc :

  • Hayek est classé comme « postkeynésien ». A vos souhaits ! Nul doute qu’il se soit retourné, le pauvre, à plusieurs reprises dans sa tombe.
  • Je ne « côtoie » pas la nomenklatura russe (et ce terme est largement inexact) à la Moskovskaya Shkola Ekonomiki, mais des collègues, que je connais de longue date (Alexandre Nékipelov, Sergey Shakin). L’auteur aurait pu se donner la peine d’aller sur le site de la MSE-MGU, et elle aurait vu que j’y côtoie aussi des collègues américains comme Jamie Galbraith, Mike Intriligator, ou néerlandais comme Mike Ellman. Par ailleurs je n’y enseigne pas « plusieurs semaines par an » mais une semaine. L’auteur a confondu le travail de recherche que je conduis avec des chercheurs de l’Académie des Sciences et mon travail à la MSE-MGU. J’ai d’ailleurs enseigné de 1993 à 2001 au « Haut Collège d’Economie », devenu une université d’Etat.
  • Mon père n’était pas de Riga mais de Moscou. Sa mère était née à Moscou, mais ses grands parents maternels venaient de Riga.
  • Je ne suis pas un « habitué » du Club Valdaï mais j’y vais de temps en temps. Je signale que parmi les personnes qui assistent aux réunions il y a Mme Hélène Carrère d’Encausse, secrétaire perpétuelle de l’Académie Française et qui fut mon professeur à Sciences-Pô, MM Thomas Gomart de l’IFRI et Pascal Boniface de l’IRIS, le professeur Thimothy Colton de Harvard, etc…En fait, il y a plus d’une centaine de personnes qui sont invitées. Nous avons été une fois invité dans la résidence de V. Poutine en banlieue de Moscou (et c’est là où se passe la scène avec les chiens, que j’ai vue depuis un des bâtiments). Les autres sessions auxquelles j’ai assisté ont eu lieu à Valdaï, à Saint-Pétersbourg et Moscou, enfin à Krasnaya Polyana (Sotchi). Cela fait 4 sessions alors que le Club Valdaï existe depuis une dizaine d’années. J’avais par ailleurs donné une liste des personnes invitées, mais visiblement elle a été « oubliée » par l’auteur.
  • Mes idées étaient ce qu’elles étaient sur l’Euro bien avant que j’assiste au Club Valdaï (et il suffit de lire l’article écrit pour la revue Perspectives Républicaines en 2006 pour s’en convaincre[1]).
  • Je défends le principe du « droit du sol », et je l’ai dit de manière répétée (même si je suis aussi pour une modification par rapport à la manière dont il est aujourd’hui appliqué).
  • Je ne déjeune pas « tous les quinze jours » avec mon ami Philippe Murer, mais j’ai dit que l’on se parlait régulièrement (avant tout au téléphone).
  • Je n’ai jamais dit qu’il y avait « un tiers de mes étudiants » au FN pour la simple et bonne raison que je ne leur demande pas quelles sont leurs opinions politiques. C’est un principe bien établi dans l’université française (au même titre que l’on ne demande pas sa religion ou ses préférences sexuelles). Mais j’ai pu constater qu’un certain nombre d’entre eux pouvaient défendre des idées proches de celles du FN (et d’autres du PG ou du FdG). Par ailleurs, et l’auteur en a été témoin puisqu’elle a participé à l’un de mes séminaires (avec l’autorisation du Président de l’EHESS et après un vote de mes étudiants), mon séminaire est un séminaire scientifique et pas une tribune politique.
  • Le traité de Maastricht avait bien « capté mon attention » et j’avais voté non. Mais, mes engagements en Russie étaient tels à l’époque que je n’avais pas fait de campagne active.
  • Le déjeuner dont est supposé parler Paul-Marie Couteaux n’a jamais existé, si ce n’est dans l’imagination (fertile) de l’auteur de cet article. Je connais Paul-Marie Couteaux depuis la fin des années 1980, quand il était secrétaire de la défunte Fondation des Etudes de Défense Nationale, et c’est quelqu’un que j’estime. Il n’a jamais joué le rôle d’un intermédiaire. Il m’a même mis en garde, en 2009, contre le FN.
  • Je ne me rappelle pas avoir traité Jean-Luc Mélenchon d’ « européiste », mais j’ai écrit à partir de la fin 2015 qu’il avait clairement rompu avec certains des illusions qu’il avait pu entretenir sur l’UE. Je le pense, je l’ai dit à l’auteur de l’article et – bizarre, bizarre – cela ne figure pas dans son texte, que Jean-Luc Mélenchon avait tiré les leçons de la trahison de Tsipras. Mais il est parfaitement exact qu’avant 2015, je considérais qu’il faisait une grave erreur en laissant la question de l’Euro au seul FN.

Le lecteur pourra donc constater les écarts avec la réalité. Cet article est plus proche de l’abrégé d’Histoire du PCUS (édition de 1953) que d’un article d’information. Que certains veuillent écrire un roman, pourquoi pas ? Il est des vérités qui se transmettent à travers le « mensonge romanesque », y compris quant à l’inconscient de leur auteur. Mais, faire passer un « mensonge romanesque » pour un fait, cela porte un nom…

[1] Sapir J. « La Crise de l’Euro : erreurs et impasses de l’Européisme » in Perspectives Républicaines, n°2, Juin 2006, pp. 69-84.

Source : Russeurope, Jacques Sapir, 11-04-2017

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Jacques Sapir, premier du « non »

Source : Le Monde, Raphaëlle Bacqué, 11-04-2017

La sortie de l’euro ? Cet économiste familier de la nomenklatura russe en a fait son combat. Longtemps référence de la gauche antieuropéenne, et notamment de Jean-Luc Mélenchon, il est aussi devenu celle de Marine Le Pen.

L’économiste Jacques Sapir s’exprime lors du congrès du parti fondé par Nicolas Dupont-Aignan, Debout la République, le 21 novembre 2010, à Paris. FRANCOIS GUILLOT/AFP

Les séminaires de Jacques Sapir à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) ont toujours fait le plein. Dans quelques mois, l’économiste prendra sa retraite. Il refuse désormais les thésards, mais dans les salles de l’école du boulevard Raspail, à Paris, des dizaines de jeunes gens continuent de se presser à ses cours, avec l’assurance qu’ils entendront là une pensée différente de celle des cercles du pouvoir. Sapir y enseigne l’économie selon sa vision « hétérodoxe et minoritaire, dit-il, à la frontière de Marx, Keynes, mais aussi de ceux qui s’opposèrent à ce dernier, les postkeynésiens Shackle et Hayek ».

Il y donne aussi un cours sur « la transition des systèmes économiques ex-soviétiques », dont l’une des curiosités est de l’entendre rapporter ses conversations avec cette nomenklatura russe qu’il côtoie à la Moskovskaïa Chkola Ekonomiki, l’école d’économie de Moscou, où il enseigne aussi plusieurs semaines par an. En 1988, le ministère de la défense français et le Quai d’Orsay avaient envoyé ce fils d’une famille de la bourgeoisie juive de Riga, immigrée dans les années 1920, examiner la perestroïka de Gorbatchev. Il n’a, depuis, cessé de retourner en Russie et d’y nouer des contacts « avec beaucoup de gens qui sont aujourd’hui au pouvoir ».

« Vladimir Poutine vient chaque fois clore nos travaux et nous dînons ensuite dans un grand hôtel ou dans sa résidence de la banlieue de Moscou »

A Paris, Sapir écrit régulièrement des chroniques pour les médias francophones prorusses RT et Sputnik. Dans la capitale russe, il est devenu un habitué du club Valdaï, un think tank pro-Kremlin où il est l’un des rares chercheurs français invités. « Vladimir Poutine vient chaque fois clore nos travaux et nous dînons ensuite dans un grand hôtel, raconte-t-il volontiers, ou dans sa résidence de la banlieue de Moscou, où je l’ai vu jouer un jour dans la neige avec ses chiens. » […]

Lire la suite ici : Le Monde, Raphaëlle Bacqué, 11-04-2017

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