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Stop aux attaques de l’université Humboldt contre la liberté d’expression et la vérité historique ! (WSWS)

par WSWS 8 Avril 2017, 16:10 Jörg Baberowski Université Humboldt Allemagne Extrême droite Liberté d'expression Internationalisme Etudiants

Stop aux attaques de l’université Humboldt contre la liberté d’expression et la vérité historique !
Par le comité de rédaction international du World Socialist Web Site, 8 avril 2017
WSWS

Deux semaines après que le tribunal de grande instance (Landgericht) de Cologne a statué le 15 mars que l’Asta (Comité général des étudiants) de l’Université de Brême était autorisé à qualifier Jörg Baberowski d’extrémiste de droite, la présidence de l’université Humboldt (HU) a mis tout son poids dans la balance pour soutenir le professeur. Elle a déclaré que le fait de critiquer ses points de vue était « inacceptable » en menaçant de conséquences juridiques sévères les critiques de Baberowski.

Dans une « déclaration relative à l’arrêt du tribunal de Cologne », la présidence de l’HU maintient que le professeur est « un excellent scientifique dont l’intégrité ne fait pas de doute. » Elle dit encore : « Les propos scientifiques tenus par Jörg Baberowski, pris notamment dans leur contexte, ne sont pas d’extrême-droite. […] Les attaques médiatiques et personnelles incessantes à l’encontre de membres de l’université Humboldt sont inacceptables. » Référence est faite ensuite à un autre cas, pour lequel aucun détail factuel n’est apporté, et qui aurait déjà été sanctionné pénalement suite à une demande de l’université Humboldt.

Cette déclaration est une atteinte à la liberté d’expression et fait partie intégrante d’une offensive politique de droite dans les médias allemands. Sa cible centrale est le Parti de l’égalité socialiste (Sozialistische Gleichheitspartei, SGP) et les Étudiants et Jeunes internationalistes pour l’égalité sociale (IYSSE) en Allemagne qui ont exposé au grand jour le lien existant, d’une part, entre le révisionnisme historique de droite de Baberowski (c’est-à-dire la relativisation de la politique génocidaire du régime nazi) et la démagogie anti-immigration et, d’autre part, la campagne accrue cautionnée par l’État en faveur d’un renouveau du militarisme allemand. La semaine dernière, le Frankfurter Allgemeine, un influent quotidien conservateur allemand, a publié deux attaques contre le SGP, dont l’une figurant à la Une du journal. Le journal y exprimait sa préoccupation quant à l’« influence considérable » (Wirkungsmacht) exercée par l’opposition du SGP à la « transformation des universités en centres au service des idéologiques d’extrême-droite et militaristes. »

Dans une tentative de tromper l’opinion publique, la présidence de l’HU a cherché à dépeindre Baberowski comme la victime d’une atteinte à la liberté d’expression et à la liberté académique. Cette argumentation est totalement fallacieuse. Baberowski n’est pas un universitaire harcelé, persécuté pour ses travaux scientifiques. Il est en réalité un militant politique d’extrême-droite disposant d’un programme politique réactionnaire largement diffusé. Baberowski est en mesure de faire appel pour sa protection à un réseau apparemment illimité d’amis en hauts lieux. En dépit de ses travaux universitaires médiocres, Baberowski a droit à des hommages publics sans fin comme historien allemand de renom. Il est présent dans les talk-shows, il accorde des entretiens et rédige des articles de presse légitimant la haine des réfugiés, prônant le recours impitoyable à la violence de l’État et relativisant les crimes nazis.

Le Daily Stormer fait la promotion de Baberowski

Le lien entre le nom de Baberowski et les milieux d’extrême droite allemands et américains est clairement affiché au vu et su de tous. Après le jugement du tribunal, le magazine radical de droite Compact, le quotidien d’extrême-droite Junge Freiheit (Jeune Liberté) et divers blogs d’extrême-droite ont pris sa défense, dont le blog Politically Incorrect. Les sites Web américains d’extrême droite Breitbart News et le Daily Stormer (une version moderne du torchon antisémite nazi Der Stürmer) ont félicité Baberowski pour sa campagne contre les réfugiés.

La présidence de l’HU soutient à tort que la décision de Cologne permet que Baberowski soit appelé un « extrémiste de droite » pour la simple raison que ses accusateurs sont protégés par « la liberté d’expression qui est garantie par la Constitution. » En réalité, le jugement a dit que les points de vue de Baberowski constituaient un « fait suffisant » pour le qualifier d’« extrémiste de droite ». Le tribunal a reconnu que la critique faite par les étudiants de Brême des déclarations de Baberowski n’était pas diffamatoire « vu que la référence requise aux faits objectifs pertinents était donnée. »

De plus, Baberowski n’a pas poursuivi en justice l’Asta de Brême parce que ses propos « scientifiques » auraient été sorites de leur contexte, mais parce que les étudiants avaient critiqué sa campagne de haine à l’encontre des réfugiés et sa promotion implacable de la violence militaire. Le raisonnement du tribunal, qui a affirmé que Baberowski avait été cité hors contexte – est un scandale judiciaire. Le tribunal de Cologne, connu pour être l’un des plus conservateurs d’Allemagne, s’est mis en quatre pour fournir une explication à décharge aux déclarations incendiaires de Baberowski. Les étudiants de Brême en choisissant une sélection légitime de passages des déclarations de Baberowski, n’ont nullement falsifié le contenu de ses propos. Les discours de Baberowski, surtout lorsqu’ils sont lus dans leur intégralité, ne laissent aucun doute sur sa politique d’extrême droite.

La carrière universitaire et les activités politiques de Baberowski sont inextricablement liées. Il ne fait pas de distinction entre ses prises de position politiques publiques et ses « déclarations scientifiques ». Il affiche sur son site web officiel de l’université Humboldt une liste de toutes ses déclarations polémiques sur des questions politiques. Baberowski énumère pas moins de 101 interventions radio, 39 apparitions à la télévision et 32 interviews parues dans les journaux.

Une question récurrente dans les déclarations publiques de Baberowski est la campagne qu’il mène contre les réfugiés et qui contenait de vives attaques contre l’Union chrétienne-démocrate (CDU) de la chancelière Angela Merkel. Il a écrit dans le Frankfurter Allgemeine Zeitung : « L’intégration de plusieurs millions de personnes en un laps de temps très court perturbe la tradition historique [Überlieferungszusammenhang] qui est la nôtre et qui assure la stabilité et la cohérence d’une société. »

Les attaques de Baberowski contre les immigrants ont fait de lui le favori de la presse de droite au-delà des frontières de l’Allemagne. Deux publications d’extrême-droite aux États-Unis – Breitbart News et le site web néo-nazi, le Stormer ont cité Baberowski. Les nazis américains n’ont aucun doute quant à la signification des déclarations du professeur.

Il rédige aussi une rubrique mensuelle pour le Basler Zeitung qui fait partie de l’empire médiatique du chauvin suisse anti-immigrés, Christoph Blocher. Les arguments de Baberowski reflètent ceux du parti d’extrême-droite allemand Afd (Alternative für Deutschland) qu’il défend contre l’« accusation infondée » que des fascistes figuraient parmi ses députés parlementaires. Au nom de la lutte contre le terrorisme, Baberowski glorifie l’application impitoyable de la violence de l’État contre les terroristes. Employant le langage brutal qui est caractéristique de l’extrême droite il a écrit : « L’indifférence n’est qu’un autre mot pour la lâcheté. Quiconque ne comprend d’autre langage que celui de la violence devrait la subir lui-même. »

Les diatribes politiques de droite de Baberowski ne peuvent être dissociées de son travail d’historien.

Son curriculum vitae universitaire contient un entretien qui fut publié en février 2014 dans le magazine allemand Der Spiegel où Baberowski déclarait : « Hitler n’était pas un psychopathe, il n’était pas cruel. Il ne voulait pas que les gens parlent de l’extermination des Juifs à sa table. » Cette déclaration est suffisamment claire, et tous les sophismes apologétiques ne pourront maquiller sa monstrueuse signification.

Lors de la même interview, Baberowski prit fait et cause pour feu Ernst Nolte, l’apologiste des crimes nazis le plus connu des professeurs allemands d’après-guerre. Se référant à la célèbre « querelle des historiens » (Historikerstreit) de la fin des années 1980, lors de laquelle les principaux historiens allemands avaient dénoncé la justification par Nolte des crimes nazis, Baberowski avait dit : « Historiquement parlant, il avait raison. »

Tel un fil rouge, la relativisation des crimes nazis court à travers le travail de Baberowski. Il nie que le régime nazi a mené une guerre d’extermination consciemment planifiée (Vernichtungskrieg) contre l’Union soviétique. Suivant l’argumentation de Nolte, Baberowski présente les actions menées par la Wehrmacht contre l’Union soviétique – y compris l’extermination génocidaire des Juifs et le massacre de masse de la population civile – comme une réaction à la résistance de l’Armée rouge et aux attaques de l’armée partisane.

La prise de position de l’université Humboldt en faveur de Baberowski est d’autant plus extraordinaire que ses écrits académiques ont été vertement critiqués par des historiens allemands bien connus pour avoir banalisé les crimes des nazis.

Le Dr Benno Ennker, qui enseigne aux universités de Tübingen et de St Gall, avait critiqué le livre de Baberowski Verbrannte Erde [Terre brûlée] pour avoir « implicitement exonéré la Wehrmacht (armée d’Hitler). » En ce qui concerne l’affirmation de Baberowski que les nazis tout simplement ne « contrôlaient plus » leur guerre d’anéantissement, Ennker a écrit : « une telle disculpation – ne reposant sur aucune preuve – de la politique idéologiquement planifiée d’extermination à l’est par la « situation et les circonstances » n’était jusque-là connue que de la part de Bodgan Musial, l’historien polonais [d’extrême-droite] à scandale. »

Christoph Dieckmann de l’Institut Fritz Bauer, qui se consacre à l’histoire et aux conséquences de l’Holocauste, accuse Baberowski d’ignorer « les travaux de recherches qui ont démontré le vaste consensus existant au sein de la direction allemande et des chefs de la Wehrmacht avant l’attaque menée contre l’Union soviétique pour provoquer la mort par la faim de millions de citoyens soviétiques en l’espace de quelques mois. » Au vu de ces recherches, l’affirmation de Baberowski apparaît, aux dires de Dieckmann, comme apologétique.

Pour être honnête, le terme « apologétique » est une façon académique polie de dire que Baberowski se réfugie dans une excuse mensongère pour les crimes des nazis. L’affirmation que le Troisième Reich n’avait pas planifié une guerre d’anéantissement contre l’Union soviétique va à l’encontre de tout ce que les chercheurs du monde entier ont confirmé. L’historien américain Stephen G. Fritz a résumé les résultats de dizaines d’années de recherche : « Dès le début, la guerre contre l’Union soviétique avait été planifiée comme une guerre d’anéantissement, avec la pleine connaissance et complicité du commandement suprême de la Wehrmacht. » Le titre de l’ouvrage de 640 pages du professeur Fritz, publié par The University Press of Kentucky, 2011, est La Guerre à l’est : (Ostkrieg) La guerre d’Extermination de Hitler à l’est (Hitler’s War of Extermination in the East).

Quant à l’affirmation que Hitler « n’était pas cruel », est-ce là une remarque qui voudrait qu’une personne saine d’esprit se rabaisse pour en débattre ? L’on ne peut que s’étonner des normes jugées acceptables de la conduite humaine de M. Baberowski.

Mais, la présidence de la plus importante université de la capitale allemande vient de déclarer qu’il est « inacceptable » que les points de vue d’extrême-droite et le révisionnisme historique de Baberowski soient critiqués et dénoncés. Quelle que soit la nature provocante et répugnante de ses déclarations, elles doivent être interprétées sous l’angle le plus favorable à Baberowski. Il doit rester placé au-dessus de tout reproche. Et donc, l’université Humboldt a déclaré que « les attaques personnelles et médiatiques envers les membres de l’université Humboldt » ne seront plus tolérées. Par conséquent, toute personne critiquant l’affirmation de Baberowski que « Hitler n’était pas cruel » devra prendre en compte de sévères sanctions juridiques. Si une telle déclaration ne peut être critiquée ni son auteur dénoncé publiquement alors nous vivons vraiment dans un monde dostoïevskien où « tout est permis ».

Pour la première fois depuis la chute de Hitler, la direction d’une université allemande a déclaré que la tentative de relativiser les crimes du pire meurtrier de masse de l’histoire du monde ne fasse l’objet d’aucune « controverse argumentative », pour reprendre la terminologie de la présidence.

En mettant la réalité sens dessus dessous, l’université Humboldt pointe un doigt accusateur vers les critiques de Baberowski en cherchant à discréditer leurs actions : « Il n’y a pas de place pour la violence et l’extrémisme à l’Université Humboldt de Berlin. » C’est là une déclaration cynique, hypocrite et malhonnête. Baberowski est libre d’inciter à la haine contre les immigrés, mais ceux qui écrivent des articles et qui organisent des conférences contre lui sont associés à « la violence et à l’extrémisme. »

L’administration de l’université Humboldt ne fournit pas le moindre exemple de menace de « violence », et encore moins de son emploi par les critiques de Baberowski. L’IYSSE a discuté de ses positions d’extrême-droite à de nombreuses réunions auxquelles ont assisté des centaines d’étudiants, sans qu’un seul incident n’ait jamais eu lieu. Baberowski, dont les propres écrits révèlent une obsession malsaine pour la violence, a utilisé un langage ignoble à l’égard des membres de l’IYSSE en demandant publiquement que ces « cinglés » soient expulsés de l’université.

Le fait que la présidence de l’HU déclare que Baberowski est au-dessus de toute critique est le résultat d’une intervention politique. Suite au jugement de Cologne, que de nombreux médias ont évalué comme étant un « succès partiel » pour l’Asta de Brême, les milieux politiques et médiatiques de droite ont lancé une campagne massive pour venir à la défense de Baberowski.

Le Frankfurter Allgemeine Zeitung, le plus influent quotidien conservateur allemand, qui avait soutenu Nolte dans les années 1980, a exercé une pression sur l’université Humboldt pour qu’elle défende publiquement Baberowski, sans tenir compte de l’opposition au professeur qui existe au sein même de l’administration de l’université. Le 27 mars, le journal s’était plaint de ce que la « déclaration de solidarité avec Baberowski » était trop discrète. En réponse à cette critique, la présidente de l’université Humboldt, Sabine Kunst, a promis qu’il y aurait « une déclaration portant sur la décision du tribunal de grande instance de Cologne. »

Kunst est un personnage de haut rang du parti social-démocrate allemand (SPD). Elle a été ministre de la Science dans le Land de Brandebourg de 2011 à 2016 et elle entretient d’étroites relations avec l’establishment de la politique étrangère et de l’armée allemande. Kunst défend le professeur d’extrême-droite non pas dans l’intérêt d'« échanges scientifiques libres et indépendants », mais plutôt pour des raisons politiques.

Le SPD joue au sein de la grande coalition qui est au pouvoir un rôle de premier plan dans la revendication d’une politique de grande puissance agressive et ce malgré la résistance de la population. Frank-Walter Steinmeier, ancien ministre des Affaires étrangères et actuel président, a demandé à ce que l’Allemagne joue un rôle militaire en Europe et internationalement qui corresponde vraiment à son pouvoir économique et à son influence.

Le rapprochement officiel entre la présidence de l’HU et Baberowski, qui vise à supprimer les critiques à l’égard de points de vue d’extrême-droite, ne peut s’expliquer que dans le contexte d’un virage brutal vers la droite au sein des milieux dirigeants. Dans le domaine de la politique intérieure, le SPD et certaines sections du parti La Gauche (Die Linke) sont également en train de s’adapter aux campagnes chauvines menées contre les réfugiés, en y participant même. Dans cette orientation réactionnaire, Baberowski est considéré comme un allié.

En outre, l’effort visant à rétablir l’Allemagne comme une puissance militaire majeure et active exige que la population allemande surmonte son hostilité à la guerre qui est ancrée dans les expériences tragiques et sanglantes du 20 siècle. Par conséquent, l’histoire doit être réécrite et les crimes de l’impérialisme allemand doivent être blanchis. Baberowski joue un rôle important dans ce projet infâme et hypocrite.

Le fait que l’université Humboldt présente son soutien à Baberowski comme étant une défense de la liberté académique est un mensonge méprisable. La déclaration de l’université est une capitulation intellectuellement fondée sur aucun principe, trompeuse et lâche devant le renouveau du militarisme allemand, du chauvinisme anti-immigrants et totalement apologétique des nazis.

Il convient de noter que le travail académique de Jörg Baberowski n’avait jusque-là pas suscité un énorme intérêt en dehors de l’Allemagne. Son dernier livre cependant Terre brûlée [Verbrannte Erde], a été publié en anglais (Scorched Earth) par Yale University Press en collaboration avec l’Institution Hoover qui est farouchement anti-communiste. Avant la publication de ce livre en anglais, Baberowski avait été invité à participer aux ateliers d’été à l’Institut Hoover en 2007, 2013 et en 2014.

Le comité de rédaction international du World Socialist Web Site appuie la protestation du SGP allemand et de l’IYSSE contre les mesures prises par la présidence de l’université Humboldt. Il est inacceptable que dans l’université même où la guerre d’anéantissement de Hitler contre l’Union soviétique avait été planifiée, la critique des apologistes des crimes nazis et de la démagogie anti-immigration soit déclarée illégale. Il est grand temps qu’en Allemagne et à l’étranger des historiens sérieux et principiels condamnent la déclaration de l’université Humboldt soutenant Jörg Baberowski.

Le World Socialist Web Site et les sections du comité international de la Quatrième Internationale n’ont aucunement l’intention de céder aux efforts réactionnaires de réécrire l’histoire et de blanchir les crimes des nazis. Nous encourageons et soutenons les efforts entrepris par les trotskystes allemands – qui sont les héritiers politiques d’une longue et héroïque histoire de lutte contre le nazisme – pour éduquer les étudiants et les sections les plus larges de la classe ouvrière dans les leçons de l’histoire. Dans ce combat, nos camarades allemands devraient pouvoir compter sur le soutien de principe de toutes les forces progressistes.

(Article original paru le 6 avril 2017)

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