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1947-1949. Massacres coloniaux français à Madagascar : 89.000 morts

par Bibliotheque farenheit 20 Mai 2017, 08:20 Madagascar Colonialisme France Massacres Crimes contre l'humanité Articles de Sam La Touch

Madagascar commémore ce 29 mars le 67e anniversaire de l’insurrection pour s’émanciper du joug de la France. La répression fut terrible, elle s’est faite dans le sang et dans la boue. Selon un bilan officiel de l’Etat français : 89 000 victimes chez les Malgaches; l’un des plus importants massacres coloniaux. Et c’est hallucinant de voir qu’une telle brutalité a ressurgi alors que le monde ne se remettait pas encore de l’horreur des crimes de la Seconde Guerre mondiale.

 

Monument "29 marsa 1947". Crédit photo: Wikimédia

Monument « 29 marsa 1947 ». Crédit photo : Wikimédia

Rappel de l’histoire

Après la Seconde Guerre mondiale, les pays colonisés commencent à demander leur indépendance, mais l’administration française s’y refuse. Le principal parti politique de l’époque, le MDRM (Mouvement démocratique pour la rénovation malgache) à travers ses fameux trois députés Raseta, Ravoahangy et Rabemananjara projette de négocier cette indépendance pacifiquement. Ce parti n’est pas l’instigateur de l’insurrection débutant la nuit du 28 mars 1947.

Le soulèvement commence dans le quart sud de l’île et sur la côte sud-est avant d’atteindre la région des hautes terres. Armés juste de sagaies,  de couteaux et de talismans face aux carabines des colonisateurs, les Malgaches se rebellent. Ils prennent aux plantations, aux casernes militaires, mais aussi à des Malgaches travaillant pour l’administration coloniale.

La répression française est des plus sanglantes. Le mot « génocide » peut même être évoqué pour cette sombre partie de l’histoire du pays. Les troupes coloniales renforcées par des « tirailleurs sénégalais » viennent facilement à bout des insurgés. Ces derniers ont été tués lors des affrontements, fusillés sans procès, ou sont morts de faim en prison.

Le nombre de victimes divise encore les historiens. La « pacification » va faire 89 000 victimes chez les Malgaches, selon les comptes officiels de l’État français. Mais l’on sait que les chiffres sont souvent en deçà de la réalité , comme les chiffres donnés par le gouvernement Bachar El-Assad sur le cas de Syrie aujourd’hui par exemple.

La famine frappant les paysans en 1947

La famine frappant les paysans en 1947 © Photo issue de l’exposition de Charles Ravoajanahary sur les “Résistances malgaches” (1981)

 

Zones d’ombre sur ces événements de 1947

Cette histoire, que l’on nous a appris à l’école est trop élémentaire. Les archives des enquêtes et des procès de l’époque n’étant pas encore « ouverts et accessibles », l’insurrection demeure encore floue pour nous, les jeunes d’aujourd’hui. Le délai de prescription pour l’ouverture des archives est dépassé depuis longtemps non? Tout le monde fait semblant d’ignorer la question.

 « Ny lasa tsy fanadino », cette expression malgache ancienne qui signifie le passé (c’est-à-dire l’histoire) ne doit pas être oublié devrait nous inspirer, mais force est de constater que c’est plutôt : « Ny gasy mora manadino », littéralement les Malgaches oublient facilement. Ainsi la commémoration de ce massacre est en passe de devenir un jour chômé et férié comme les autres.

François Hollande a reconnu devant le Parlement algérien en 2012 que la colonisation française en Algérie avait été  » profondément injuste et brutale » . Quid de Madagascar ?

Procès des 3 députés Ravoahangy, Raseta et Rabemananjara. Crédit photo: Wikimédia

Procès des 3 députés Ravoahangy, Raseta et Rabemananjara. Crédit photo : Wikimédia

MADAGASCAR, 1947
Bibliotheque farenheit

1947-1949. Massacres coloniaux français à Madagascar : 89.000 morts

Raharimanana n’était pas né en 1947. En mars, Madagascar s’était insurgée contre la colonisation française. La répression dura deux ans. Sa mémoire demande des comptes. Il cherche à reconstituer ces années-là qui échappent aux mémoires, histoire réécrite par les vainqueurs, tue par les vaincus, pour oublier.
 
Derrière le maquillage lexical, il scrute l’agression requalifiée en protectorat : « comment faire croire que ce qui arrive à l’indigène n’est que pour son bien d’enfant irresponsable. » Être « civilisé » et non pas « colonisé ». Être « pacifié » et non pas « massacré ». L’indépendance continuera à faire référence au colonisateur qui aura « gracieusement offert la possibilité de cheminer seul dans ce monde hostile. »
La mémoire reste vivace mais sa transmission est condamnée à la légende et à la rumeur. Pendant longtemps seule l’armée française a écrit, seul l’oppresseur a donné sa version des faits. 89 000 morts ?
Obsession du gouvernement malgache de ne pas se couper des mannes de l’État français en évoquant les massacres coloniaux ou même les préjudices de la colonisation : ne pas farfouiller dans le passé pour ne pas altérer les « bonnes relations » avec la France, au mépris de la vérité historique. Les dirigeants, en prenant la place des colons ont repris subtilement leurs mots : le pays doit se « développer », prendre la marche de la « modernité ».


Ce beau texte évoque des événements rarement mentionnés, y compris cette année, soixante-dix ans après. Plus qu’une enquête rigoureuse, il s’agit d’une volonté personnelle, intime, de chercher à comprendre, par devoir, par nécessité, aidé par quelques souvenirs, courriers ou conversations. Une démarche forte, nécessaire et percutante.


MADAGASCAR, 1947
Raharimanana
Photos du fonds Charles Ravoajanahary
62 pages – 7 euros.
Éditions Vents d’Ailleurs – La Roque-d’Anthéron – mars 2007

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