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L’expansionnisme militaire arabe, une des conséquences des révoltes de 2011 (Middle East Eye)

par Akram Kharief 17 Mai 2017, 00:57 Arabie Saoudite Yemen Impérialisme Armement

Les conflits qui ont suivi le Printemps arabe ont incité les pays du Moyen-Orient à projeter des forces et du matériel à l’international.

 

L’Irak, l’Égypte, les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite ont acheté des drones militaires à la Chine, élargissant l’utilisation de ce type d’armement aux conflits de la région (AFP)

 

Une des conséquences des révoltes arabes et des guerres au Yémen, en Syrie et en Libye, a été le passage à l’offensive de certains pays arabes sur la scène internationale avec l’envoi de troupes à l’étranger et même depuis peu, l’établissement de bases militaires, temporaires ou permanentes, dans d’autres pays de la région.

Les premières interventions militaires directes d’armées arabes au sol en Libye, avec l’envoi de forces spéciales jordaniennes et qataries avec des équipements lourds remontent à 2011. À cette époque, certains pays arabes soutenaient militairement des factions rebelles dans la guerre civile.

La guerre au Yémen et son corolaire d’interventions américaines contre le groupe al-Qaïda dans la péninsule arabique (AQPA) a démontré l’importance géostratégique du détroit de Bab al-Mandeb d’autant que la France, les États-Unis et maintenant la Chine ont élu domicile à Djibouti.

De manière très offensive, ce sont les Émirats arabes unis (EAU) qui ont les premiers installé une base aérienne avancée en Libye. Révélée par la revue spécialisée britannique Jane’s en octobre 2016, l’existence de cette base remonterait, selon les témoignages de certains militaires libyens, à février 2016.

 

Regards tournés vers le Somaliland

L’apparition dans le ciel libyen d’appareils non identifiés de façon persistante s’est faite vers juin 2015, ce qui ferait remonter la création de la base à cette période-là. Elle se trouve au sud de la ville d’Al Marj dans l’Est libyen, à quelques encablures de la frontière égyptienne, et abrite une véritable petite armée de l’air.

L’aviation émiratie y déploie de drones armés chinois WingLoong, des chasseurs Mirage 2000, des petits avions pour la lutte anti insurrectionnelle AirTractors AT802 et des hélicoptères Blackhawk.

Les appareils stationnés ont été engagés très vite et de façon visible dans la reprise de Syrte par les forces de Khalifa Haftar. En janvier dernier, la lettre confidentielle Intelligence Online révélait que la majorité de avions d’attaque au sol étaient opérés non pas par des Émiratis mais par des entrepreneurs américains qui travaillaient secrètement pour Erik Prince, le fondateur de Blackwater et Academi, les plus célèbres sociétés militaires privées.

L’expansionnisme assumé de l’armée émiratie ne s’arrête pas à la Libye. Actuellement, les regards sont tournés vers le Somaliland, cette région autonome du nord de la Somalie, qui a cédé le port stratégique de Berbera à l’armée émiratie. En janvier 2017, le ministre des Affaires Étrangères de cette république séparatiste, Saad Ali Shire, l’avait lui-même affirmé : les Émirats arabes unis ont officiellement demandé la permission de construire une base militaire au Somaliland.

En Érythrée, l’armée émiratie a déjà, depuis deux ans, construit un énorme complexe que la mer Rouge, comprenant une base aérienne et une gigantesque base navale dans la région d’Assab. Le catamaran militaire HSV Swift, attaqué par les miliciens houthis au large du Yémen et pratiquement détruit, transférait justement des équipements pour cette installation.

 

 

Contrôler la mer Rouge

Les Émirats arabes unis ne sont pas les seuls à avoir adopté cette stratégie de projection de forces. L’Arabie saoudite serait en train de régler les derniers détails avec Djibouti, pour la construction d’une base militaire importante dans le petit État de la corne de l’Afrique.

Idem pour l’Égypte qui lorgnerait sur l’Érythrée pour y installer une base navale pouvant accueillir 20 à 30 000 hommes. Dans le cas de l’Égypte, le choix n’est pas particulièrement lié à la guerre au Yémen, mais au besoin de contrôler la mer Rouge (surtout depuis le renforcement de la marine de guerre) et surtout à cause de la guerre du Nil qui l’oppose à l’Éthiopie, où la construction d’un grand barrage sur un des affluents du fleuve provoquerait une catastrophe pour les pays en aval du Nil.

L’information, démentie pour le moment par les officiels égyptiens, a été révélée par un mystérieux parti politique érythréen d’opposition, l’organisation démocratique Afar de la mer Rouge.

A tout cela il convient d'ajouter les bases construites par la Turquie en Syrie et en Irak et la recherche, vaine pour le moment, de nouveaux sites de déploiement pour l’armée russe en Afrique du Nord. Ce qui est vu par certains comme une amorce du remodelage géographique du Moyen-Orient, et par d’autres comme un pari sur l’avenir et l’incrustation de ses forces sur les différentes routes énergétiques et commerciale eurasiatiques.

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