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Le Parti travailliste du Royaume-Uni adopte un manifeste électoral militariste et propatronal (WSWS)

par Robert Stevens 15 Mai 2017, 20:10 Parti travailliste Grande-Bretagne Militarisme Armée britannique

Le Parti travailliste du Royaume-Uni adopte un manifeste électoral militariste et propatronal (WSWS)

Mercredi, un projet de manifeste du Parti travailliste pour les élections législatives du 8 juin a été divulgué à la presse et plusieurs journaux ont publié son contenu jeudi, accompagné de gros titres hystériques le dénonçant comme l’équivalent du communisme.

Plus tard le même jour, le comité restreint de la direction du Parti travailliste s’est penché sur le projet. Le comité comprend le chef travailliste officiellement de gauche Jeremy Corbyn, son adversaire féroce de droite et chef adjoint Tom Watson et d'autres responsables du parti et dirigeants syndicaux. Après la réunion, Corbyn a déclaré à la presse que le document avait été adopté à l'unanimité et serait officiellement publié la semaine prochaine.

Le manifeste a été adopté car il contient toutes les principales exigences de la droite blairiste du parti.

Il réaffirme l'engagement du Parti travailliste envers l'OTAN et le renouvellement du système d'armes nucléaires Trident. En ce qui concerne les conditions sur lesquelles la Grande-Bretagne va quitter l'Union européenne, il affirme que la préoccupation centrale du Parti travailliste est que les entreprises britanniques conservent l'accès aux «avantages du marché unique et de l'union douanière».

Le manifeste est si entièrement consacré aux intérêts de l'élite dirigeante britannique que le journal The Guardian en a fait l'éloge, ainsi qu'un certain nombre de ses éditorialistes qui réclament la tête de Corbyn depuis son élection comme chef du parti en septembre 2015.

La partisane principale de l'aile droite blairiste du parti, Polly Toynbee, a écrit que le manifeste était «une corne d’abondance». Contrairement au manifeste du parti en 1983, caractérisé par la droite travailliste comme «la plus longue lettre de suicide de l'histoire», elle a écrit: «Il n'y a pas de retour aux promesses assassines qui avaient provoqué la rupture dans le parti à cette époque, à savoir le retrait de l'Europe, le retrait de l'OTAN avec un désarmement unilatéral, des contrôles protectionnistes des changes et importations, ou la nationalisation des secteurs pharmaceutiques, de construction et bien d'autres industries.»

Le chroniqueur Jonathan Freedland a déclaré que les politiques dans le manifeste étaient «très populaires», remises en cause uniquement par «son chef et son apparente capacité à gérer l'économie».

Le mot «socialisme», mentionné neuf fois dans le document de 1983, n'apparaît pas dans le manifeste. Les mots «capitalisme» ou «classe ouvrière» n’y figurent pas non plus. À leur place, afin d’éviter tout appel aux intérêts de classe, le document s’intitule «For the many not the few» («Pour le plus grand nombre, et non la minorité»). C'est un slogan associé au projet de l’aile droite de Tony Blair pour un New Labour (Nouveau Parti travailliste).

Le manifeste débute sur la stratégie économique des travaillistes, qui conserve l’abandon de l'article IV de la constitution du parti mené par l'ancien chef Tony Blair il y a plus de 20 ans (l’article IV engageait un gouvernement travailliste à la nationalisation de l'industrie de base). Le manifeste déclare que: «Le Parti travailliste comprend que la création de la richesse est une entreprise collective – entre investisseurs, travailleurs, les services publics et le gouvernement. Chacun y contribue et chacun doit bénéficier équitablement des récompenses.»

Le Parti travailliste développera une «stratégie industrielle [qui] fera de la Grande-Bretagne un meilleur endroit pour faire des affaires et donnera aux entreprises la confiance nécessaire pour investir en Grande-Bretagne.

«L’impôt sur les sociétés au Royaume-Uni est le plus faible de toute économie développée, et nous demanderons alors aux grandes entreprises de payer un peu plus tout en conservant l'impôt sur les sociétés au Royaume-Uni parmi les plus faibles des principales économies.»

Les 1000 personnes qui constituent les super riches, qui possèdent un patrimoine total déclaré (à l'exclusion des soldes bancaires) de 686 milliards de livres sterling, n'ont rien à craindre des travaillistes. Toute augmentation d'impôt vise le revenu, et non le patrimoine, de ceux qui gagnent 80,000 £ et plus.

Tous les engagements de dépenses publiques dans le manifeste – y compris un supplément de 6 milliards £ annuellement pour le Service national de santé (NHS), l'abolition des droits d’inscription à l’université et la construction de «logements abordables» – devront être soumis à la règle de crédibilité fiscale du parti, qui stipule que: «le gouvernement ne doit pas emprunter pour les dépenses courantes». Le Parti travailliste déclare qu’il chargera l'«Office for Budget Responsability, OBR (La Cour des Comptes) de superviser notre règle de crédibilité fiscale». Toute dépense publique décrite dans le manifeste peut être assujettie au veto de l'OBR, ce dernier étant «responsable devant le Parlement avec le mandat clair “d’alerter” les autorités de toute violation de ces règles par le gouvernement».

Le manifeste articule les intérêts de la section dominante de la classe dirigeante britannique qui exige un accès au «Marché unique et à l'union douanière de l'Union européenne, qui sont essentiels au maintien des industries, des emplois et des entreprises en Grande-Bretagne». Il s'engage à abandonner la stratégie de négociation du gouvernement conservateur sur la sortie de l’UE.

Les «nationalisations» promises dans le document sont des leurres. En ce qui concerne son engagement pour «le reversement» des privatisations du NHS, il ne s’agit que de faire en sorte que «les profits privés excessifs ne soient pas réalisés sur le dos du NHS au détriment des soins aux patients».

La nationalisation de Royal Mail (La Poste) ne s’effectuera qu'à la «première occasion». Le système ferroviaire privatisé sera «ramené dans le giron de la propriété d’État», mais seulement à mesure que les «franchises privées arriveront à échéance».

L'engagement du Parti travailliste envers le militarisme et la marche vers la guerre de l’impérialisme britannique est accentué. Le manifeste déclare que «Nous vivons dans une période de tensions internationales croissantes. Une politique de défense et de sécurité forte, viable et durable doit être stratégique et fondée sur des données probantes.» Sur cette base, «Un gouvernement travailliste va assurer un examen complet de la défense stratégique dès le début de son mandat – pour évaluer les menaces auxquelles est confrontée la Grande-Bretagne et les exigences de défense nécessaires. Nous veillerons à ce que nos forces armées soient équipées et dotées de ressources suffisantes pour répondre aux défis nombreux de sécurité. Le Parti travailliste s'engagera dans le maintien de déploiements pour la paix des Nations Unies, y compris le soutien à un service de paix d'urgence de l'ONU.»

Le manifeste se plaint que les gouvernements conservateurs «ont mis en danger la sécurité de la Grande-Bretagne, réduisant l'armée à sa plus petite taille depuis les guerres napoléoniennes. L’abandon du Nimrod (avion de patrouille maritime), du porte-avions HMS Ark Royal et des avions à décollage vertical ont affaibli nos défenses ...»

En s’inclinant devant les blairistes, il affirme: «Le dernier gouvernement travailliste a toujours dépensé au-dessus de l'indice de référence de l'OTAN de 2% du PIB sur la défense.» Il s'engage à «dépenser au moins 2% du PIB sur la défense ...»

En surpassant toutes ses promesses de dépenses publiques, le manifeste s'engage à renouveler le système d'armes nucléaires des sous-marins Trident, à un coût de plus de 200 milliards £. L'utilisation d'armes nucléaires n'est pas exclue, le document ne précisant que «Tout premier ministre devrait être très prudent quant à l’ordre d’utiliser des armes de destruction massive qui entraînerait la tuerie aveugle de millions de civils innocents.»

Malgré tout cela, le Sun a présenté Corbyn aux côtés de drapeaux rouges et de marteaux et faucilles et a décrit le manifeste comme un «modèle socialiste extraordinaire pour le pouvoir». Le Daily Mail l’a décrit comme un «manifeste socialiste sauvage qui est imprégné de convoitise de classe».

Cette réaction révèle dans quelle mesure les couches dominantes du capital ne toléreront rien qui fera la moindre incursion dans leur vaste accumulation de richesses. Toute allusion à une redistribution de la richesse est considérée comme un blasphème.

Le manifeste confirme en effet que le Parti travailliste est dirigé par une cabale de droite, proaustérité, et proguerre.

Vendredi, Corbyn a parlé de sa politique étrangère à l'Institut royal des Affaires internationales à Londres devant un groupe d’experts. Tout en rassurant son auditoire qu'il n'était «pas pacifiste», il a déclaré: «Le Parti travailliste s'engage activement à poursuivre le désarmement dans le cadre du traité sur la non-prolifération nucléaire et nous nous sommes engagés à ne pas utiliser les armes nucléaires en première frappe.»

Cela n'est pas vrai. Interrogée le mois dernier si elle était d'accord avec la déclaration de Corbyn selon laquelle il n'autoriserait pas le lancement d'une bombe nucléaire, la ministre fantôme travailliste de la Défense, Nia Griffith, a déclaré que ce n'était pas la politique des travaillistes. «Nous sommes prêts à l'utiliser, et je suis certainement prête à l'utiliser.»

(Article paru en anglais le 13 mai 2017)

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