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Iran : La CIA a bien renversé le démocrate Mossadegh avec l’ayatollah Kashani (Foreign Policy)

par Foreignpolicy 28 Juin 2017, 07:18 Iran CIA Mossadegh Coup d'état Impérialisme USA

Iran : La CIA a bien renversé le démocrate Mossadegh avec l’ayatollah Kashani (Foreign Policy)

Au début des années cinquante du siècle dernier, les réserves de pétrole dans la région étaient contrôlées par l’Arabian-American Oil Company (Aramco) en Arabie saoudite et par l’Anglo-Iranian Oil Company en Iran. Alors que la compagnie américaine avait accepté, sous la pression,  de partager les revenus pétroliers avec Riyadh, la concession britannique en Iran refusait de faire de même avec Téhéran.

Début 1951, acclamé par le peuple iranien, le gouvernement élu de Mossadegh nationalisait l’industrie pétrolière. Les services britanniques et américains unirent alors leurs forces pour le renverser et remettre les pleins pouvoirs au Chah, leur marionnette. Le coup d’État du 15 août 1953 semblait avoir échoué, le gouvernement procédait à des arrestations massives, Mohammad Reza Chah Pahlavi s’enfuyait à l’étranger.

La direction de la CIA aux Etats-Unis avait, alors, pensé que le coup avait vraiment échoué. « Nous ne devrions plus participer à aucune opération contre Mossadegh dont on pourrait nous rendre responsables », écrivait la CIA à son chef de bureau en Iran dans un télégramme déclassifié aujourd’hui, envoyé le 18 août 1953. Cependant, le télégramme ne fut pas pris en compte par Kermit Roosevelt, le chef de de bureau. Le 19 août, le nouveau coup d’État perpétré avec l’aide de la CIA, se soldait par un succès. Mossadegh, héros national, était emprisonné, la monarchie restaurée, Mohammad Reza Chah Pahlavi mettait en place un régime autocratique et dictatorial avec l’aide de ses amis américains. L’Anglo-Iranian Oil, rebaptisée British Petroleum (BP), tentait de reprendre ses champs de pétrole, mais fut obligée par les nationalistes à partager les revenus avec Téhéran.

L’Opération Ajax a, par la suite animé les sentiments anti-Occidentaux des Iraniens, atteignant leur paroxysme en 1979 avec la crise des otages américains, le renversement du Chah et la création de la République islamique pour contrer le « Grand Satan ». Mossadegh est largement considéré, jusqu’à aujourd’hui, comme le symbole de la démocratie iranienne vers laquelle l’Iran se dirigeait sous son gouvernement.

Les États-Unis ont longtemps nié l’implication de la CIA dans le coup d’État. Le Département d’État a déclassifié des documents en 1989, mais sans aucune référence à la CIA. Les documents déclassifiés aujourd’hui sont d’autant plus importants, même si de nombreux télégrammes ont été détruits il y a longtemps.

La déclassification des documents révèle, également, le vrai visage de l’Ayatollah Abol-Ghassem Kashani, dirigeant religieux et personnalité politique de premier plan dans les années 1950. Kashani a, pendant longtemps, été considéré comme un héros du nationalisme pendant cette période. En janvier dernier, il était encore encensé par le président Hassan Rohani pour son rôle dans la nationalisation du pétrole.

En réalité, selon les documents, à l’époque du gouvernement Mossadegh, les dirigeants religieux comme Kashani craignaient la puissance du parti communiste iranien, le parti Tudeh, et pensaient que Mossadegh était trop faible pour sauver le pays de la menace communiste.  Les nouveaux documents montrent que Kashani n’était pas seulement opposé à Mossadegh. Il était, également, en étroite communication avec les Américains pendant toute la période précédant le coup d’État et avait demandé à Washington une aide financière, ce que l’on ne savait pas jusqu’ici.  La participation des forces de Kashani au coup de la CIA a été déterminante dans la défaite de Mossadegh.

Publié par Afrique-Asie le 

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