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L’Egypte avalise la rétrocession à l’Arabie saoudite de 2 îles, un méga-projet de pont en ligne de mire (Le Blog finance)

par Elisabeth Studer 15 Juin 2017, 03:45 Egypte Arabie Saoudite Tiran Sanafir Îles Ventes


Voilà pourquoi votre fille est muette  o...u plutôt pourquoi l’Egypte a tout intérêt à s’allier avec l’Arabie saoudite dans la lutte que mène Ryad contre le Qatar …

Alors que l’Arabie saoudite et ses alliées ont mis en place depuis quelques jours un blocus tant diplomatique qu’économique envers le Qatar, soupçonné notamment de financer le terrorisme, l’Egypte – via son Parlement – a approuvé mercredi un accord controversé prévoyant la rétrocession de deux îlots de la mer Rouge à l’Arabie saoudite. C’est en effet ce qu’ont indiqué la télévision d’Etat, confirmant ainsi des propos d’un parlementaire.

A noter toutefois que le vote du Parlement en séance plénière doit encore être validé par la signature du président Abdel Fattah al-Sissi. La justice a été saisie en vue de déterminer si l’accord signé en avril 2016 est légitime ou pas.

Le gouvernement égyptien avait annoncé en avril 2016 la rétrocession au gouvernement saoudien des îles de Tiran et Sanafir de la Mer rouge, certes inhabitées mais dotées d’un intérêt géopolitique majeur. L’annonce de l’accord avait alors soulevé une vive controverse, déclenchant des manifestations contre le régime du président al-Sissi, critiqué pour avoir accepté de remettre des îles de Tiran et Sanafir à Ryad.

 

- Un enjeu stratégique majeur -

Ces deux îlots sont dotés d’un enjeu stratégique majeur, car c’est par eux que doit passer passer le pont que l’Arabie saoudite projette de bâtir entre les deux pays. En avril 2016, l’Arabie saoudite et l’Egypte se sont en effet mis d’accord pour la construction d’un pont reliant les deux pays par-dessus le golfe d’Aqaba en mer Rouge. Le roi Salman, en visite en Egypte, avait annoncé la nouvelle après une rencontre avec le président égyptien Abdel Fatah al-Sissi. L’ouvrage doit relier la région de Tabouk, au nord de l’Arabie saoudite, à celle de Charm El-Cheikh au sud du Sinaï.

Elément notable : Sanafir et surtout Tiran contrôlent l’entrée du Golfe d’Aqaba et donc du port israélien d’Eilat et jordanien d’Aqaba. Pour évaluer son importance sur le plan géopolitique, rappelons que la fermeture du détroit de Tiran par Nasser avait provoqué la guerre de 1967 avec Israël. L’Etat hébreu avait par la suite occupé les deux îlots jusqu’au traité de paix avec Le Caire.

Une fois réalisé, le pont reliera à nouveau l’Est et l’Ouest du monde arabe, régions que la création d’Israël avaient contraint à l’éloignement géographique. Il devrait accroître le commerce et le tourisme religieux vers l’Arabie et balnéaire vers l’Egypte.

Cette cession avait provoqué un concert de protestations en Egypte tant sur les médias classiques que sur les réseaux sociaux. Des juristes, des anciens militaires, ou de simples citoyens contestaient alors la décision du pouvoir. La gauche révolutionnaire estimait alors que que le gouvernement égyptien vendu le territoire contre un pont et des pétrodollars. Certains juristes considéraient quant à eux l’accord caduc sans référendum.

 

 - Des débats toujours houleux -

Mardi, une commission parlementaire avait approuvé l’accord, à l’issue de trois jours de débats mouvementés, durant lesquels des députés de l’opposition ont interrompu les séances en scandant des slogans dénonçant la rétrocession des deux îlots.

Les autorités justifient la rétrocession en expliquant que les deux îles, situées près de la pointe sud de la péninsule du Sinaï appartenaient à l’Arabie mais que Ryad avait demandé en 1950 au Caire d’en assurer la protection.

Depuis, le dossier est la proie d’un véritable imbroglio juridique. Alors que les deux camps s’affrontent devant les tribunaux, plusieurs jugements contradictoires ont été prononcés par la justice. Le dossier est maintenant devant la cour constitutionnelle.

Dans la soirée de mardi, des dizaines de journalistes ont manifesté contre l’accord sur les marches de leur syndicat, dans le centre du Caire, avant que la police n’intervienne pour les disperser. Plusieurs journalistes ont été brièvement interpellés avant d’être relâchés.

Sources : AFP, RFI, Le Monde

Elisabeth Studer – 14 juin 2017 – www.leblogfinance.com

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