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Les Émirats arabes unis accusés d’avoir financé la tentative de coup d’État en Turquie (Middle East Eye)

par Suraj Sharma 15 Juin 2017, 09:35 EAU Coup d'Etat Turquie Allégations

Selon un journaliste proche de l’État turc, les EAU auraient dépensé 3 milliards de dollars pour soutenir le projet de coup d’État de juillet dernier. Le président turc qualifie pour sa part le blocus saoudien-émirati-bahreïni contre le Qatar d’« inhumain »

Le journaliste Mehmet Acet a déclaré que toutes ses sources indiquaient que les Émirats arabes unis avaient soutenu la tentative de putsch en Turquie (AFP)
 
 

Les Émirats arabes unis (EAU) ont été accusés de financer la tentative de coup d’État de juillet 2016 en Turquie par un journaliste turc connu pour ses liens étroits avec le gouvernement turc.

Les Émirats arabes unis auraient fourni environ 3 milliards de dollars aux organisateurs du coup d’État manqué et souhaité le renversement de Recep Tayyip Erdoğan, a déclaré Mehmet Acet, responsable du bureau d’Ankara pour le radiodiffuseur pro-gouvernemental Kanal 7 et éditorialiste au journal pro-gouvernemental Yeni Safak.

Acet fonde ses allégations sur des remarques attribuées au ministre turc des Affaires étrangères, Mevlüt Çavuşoğlu, lors d’une table-ronde sur invitation organisée à Istanbul il y a environ six mois.

« [Les sources] que j’ai interrogées plus tard ont toutes déclaré que le pays en question était les Émirats arabes unis »

Mehmet Acet, journaliste turc

Selon le compte-rendu d’Acet, Mevlüt Çavuşoğlu aurait déclaré lors de cette table-ronde : « Nous savons qu’un pays a déboursé 3 milliards de dollars pour soutenir la tentative de coup d’État en Turquie visant à renverser illégalement le gouvernement. Et c’est un pays musulman qui l’a fait ».

« [Les sources] que j’ai interrogées plus tard ont toutes déclaré que le pays en question était les Émirats arabes unis », a déclaré Acet.

 

Brouille du Printemps arabe

Les Émirats arabes unis et la Turquie se sont brouillés après avoir adopté des positions opposées pendant le Printemps arabe, en particulier concernant l’Égypte.

Ankara a apporté un soutien total au président élu démocratiquement Mohamed Morsi, issu des Frères musulmans, tandis qu’Abou Dabi a tout fait pour le renverser et a soutenu Abdel Fattah al-Sissi, qui a remplacé Morsi grâce à un coup d’État.

Depuis quelques années, les bureaucrates turcs évoquent officieusement l’ingérence des EAU dans les affaires intérieures turques, soit directement, soit par l’intermédiaire de relais palestiniens basés aux Émirats arabes unis.

Ces derniers sont également accusés par des officiels turcs d’avoir tenté de porter atteinte à la Turquie sur la scène internationale chaque fois que cela a été possible.

Ankara a rétabli ses relations tendues avec l’Arabie saoudite après l’arrivée au pouvoir du roi Salmane, mais les relations avec les Émirats arabes unis et l’Égypte restent glaciales.

Le siège actuel contre le Qatar, lancé à l’initiative de l’Arabie saoudite et des Émirats arabes unis, est lui aussi lié aux différentes positions adoptées pendant le Printemps arabe.

L’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, Bahreïn et l’Égypte ont rompu leurs relations avec Doha la semaine dernière, l’accusant de soutenir des militants islamistes ainsi que l’Iran – des allégations que le Qatar considère comme injustifiées. Certains observateurs pensent que l’initiative saoudienne bénéficie du soutien des États-Unis.

 

« Une grave erreur »

La Turquie a été prompte à défendre son allié qatari et ce mardi, Erdoğan a exhorté le roi saoudien à résoudre la crise.

« Une erreur très grave est commise au Qatar, l’isolement d’une nation dans tous les domaines est inhumain et va à l’encontre des valeurs islamiques. C’est comme si la peine de mort avait été prononcée contre le Qatar », a déclaré Erdoğan devant les législateurs de son parti, l’AKP. « J’appelle le roi saoudien, en tant que l’un des aînés de la région, à résoudre cette crise. »

Erdoğan doit également discuter de la crise du Qatar avec le président américain Donald Trump par téléphone au cours des prochains jours, a déclaré le ministre des Affaires étrangères Çavuşoğlu.

Dans le cadre de son soutien à Doha, le gouvernement turc a fait passer en priorité la semaine dernière une loi ratifiant un accord visant à établir une base militaire commune au Qatar et à y former les troupes qataries.

L’armée turque a déclaré ce mardi qu’une équipe de trois personnes avait été envoyée dans une base qatari pour effectuer une mission de reconnaissance et procéder à la coordination des mesures nécessaires au déploiement des troupes.

La base commune au Qatar a été créée en 2016 et n’est pas entièrement équipée en personnel.

 

Crise entre la Turquie et les Émirats arabes unis ?

Au cours de sa visite en Turquie le week-end dernier, le ministre des Affaires étrangères de Bahreïn, Khalid ben Ahmed al-Khalifah, a demandé – et reçu – des garanties de la part des autorités turques selon lesquelles la base militaire et les troupes turques ne seraient pas utilisées dans le cadre de la crise actuelle entre le Qatar et ses voisins, selon les médias locaux.

Ankara s’est également mobilisée pour répondre aux besoins alimentaires du Qatar après que l’approvisionnement du pays a été perturbé par le blocus. Les rayons des supermarchés qataris proposent désormais de nombreux produits turcs et le gouvernement turc voit cela comme une opportunité de se saisir d’une part plus importante et permanente du marché alimentaire qatari, estimé à 5,5 milliards de dollars.

Erdoğan a demandé à ce que la crise du Qatar soit résolue avant la fin du mois sacré du Ramadan, le 24 juin prochain.

Toutefois, Erdoğan ayant lui-même déclaré vendredi dernier qu’il était conscient que « certains pays du Golfe s’étaient particulièrement réjouis au cours de la nuit de la tentative de coup d’État en Turquie », ajoutant : « Nous savons très bien le genre d’argent qui a été dépensé », il n’est pas exclu qu’une crise directe survienne entre les EAU et la Turquie même en cas de résolution du différend sur le Qatar.

 

Traduit de l’anglais (original).

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