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Les néoconservateurs à nouveau en selle ! Avec Paul Wolfowitz chuchotant à l’oreille de Trump – et affirmant qu’il n’y a pas eu d’échec en Irak – Quel nouvel enfer nous attend ? (Salon)

par Heather Digby Parton 17 Juin 2017, 09:23 Paul Wolfowitz Trump Néoconservateur Guerre Irak Syrie USA Impérialisme

Le « génie » de l’ère Bush Paul Wolfowitz affirme que Trump peut faire la paix en Syrie – et devrait envahir l’Irak à nouveau.

Dick Cheney, Donald Trump, Paul Wolfowitz (Credit : AP/Jim Bryant/Getty/Joe Raedle/Reuters/Yuri Gripas)

Il était entièrement prévisible que dès que le Président Donald Trump déciderait de lâcher quelques bombes sur un pays du Moyen-Orient, la claque [En français dans le texte, NdT] néoconservatrice qui l’avait rejeté pendant les élections le ferait revenir dans le cercle du GOP [Grand Old Party = Parti républicain, NdT]. Il est vrai que Trump lui-même s’était opposé à la nomination de Elliott Abrams, l’homme de l’establishment républicain choisi pour être le bras droit de Rex Tillerson. Ce rejet avait rendu l’espoir à certains que Steve Bannon (que Abrams avait blâmé) se rendrait au moins utile en gardant éloignés de la Maison Blanche les architectes des tragiques aventures du GOP en Amérique Centrale et au Moyen-Orient.

Bannon, bien sûr, est l’ennemi nationaliste des croisés néoconservateurs de la globalisation comme Abrams et l’ancien haut fonctionnaire de l’administration George W. Bush, Paul Wolfowitz. Mais je suis toujours frappé de voir à quel point ils ont, en fait, de nombreux points communs en terme de personnalité, sinon d’idéologie. Bannon est bien connu pour son activité de cinéaste de propagande et ses trafics de théories complotistes de la période Breitbart. Et Wolfowitz, pendant des années, a insisté sur le fait que le 9/11 fut le résultat de la collaboration de Saddam Hussein et Oussama Ben Laden, largement basé sur un livre discrédité titré « Study of Revenge : The First World Trade Center Attack and Saddam Hussein’s War Against America » (Étude de la Vengeance : L’attaque du World Trade Center et la guerre de Saddam Hussein contre l’Amérique) écrit par une excentrique nommée Laurie Mylroie. Tous deux sont des marchands de conspiration, bien éduqués et érudits, qui ont fait leur chemin à l’intérieur du bureau le plus puissant de la Planète.

Malgré le fait évident que Donald Trump soit un adepte de la torture, le genre de type qui dit : « mettez leur une bombe et piquez le pétrole », sa distanciation opportuniste de la guerre en Irak (bien qu’il soit évident qu’il la soutient en fait), a donné à beaucoup de gens l’impression qu’il ne soutiendrait pas une intervention militaire. Cela incluait des membres de l’establishment néoconservateur, qui se méfiaient de lui. Mais maintenant, ils sont de retour aux yeux du public, et un des principaux architectes de la guerre en Irak est à nouveau présent. Selon Susan Glasser du Politico, on peut créditer Wolfowitz de cette action. Dans un interview, elle lui dit :

« Paul, vous êtes retourné dans la mêlée avec ce qui apparaît, avec le recul, être une intervention dans le Wall Street Journal extrêmement bien chronométrée, disant que Donald Trump devrait aller de l’avant et faire quelque chose en Syrie, qu’il devrait intervenir militairement d’une manière ou d’une autre pour répondre à l’attaque aux armes chimiques. Assez miraculeusement, peut-être, il a surpris une grande partie du monde en agissant suivant vos conseils. »

Wolfowitz répondit modestement qu’il n’était pas sûr que Trump ait suivi son conseil mais qu’il était ravi qu’il ait bombardé la Syrie, car ainsi les USA sont de retour aux affaires :

« Je ne pense pas que quiconque puisse nier qu’il soit opportuniste, et je ne pense pas que quelqu’un puisse nier qu’il aimerait être « le plus grand président des temps modernes » ou « le plus phénoménal » ou ce que vous voudrez comme qualificatif. Et je pense que pour parvenir à un accord de paix « Dayton » en Syrie, ce ne serait pas seulement quelque chose de largement acclamé, ce serait d’un immense intérêt pour les États-Unis. »

Cela montre une certaine compréhension sur la manière d’en appeler à ce président. Mais il est étonnant de croire qu’il pourrait jamais être capable de négocier le genre d’accord compliqué que Wolfowitz continue à décrire, dans lequel chaque faction et secte religieuse au Moyen-Orient serait impliquée (à l’exception de l’Iran et de la Russie, ce qui n’a aucun sens.) Apparemment, Wolfowitz ne sait pas que Donald Trump ne peut même pas négocier un accord entre les députés républicains qui ont voté pour lui.

Wolfowitz place une grande confiance dans les généraux de Trump, le secrétaire à la Défense Jim Mattis et le conseiller de sécurité nationale H. R. McMaster, pour diriger la politique étrangère et guider Trump vers les bonnes conclusions. Il est impressionné par le fait que Tillerson ait dit à Vladimir Poutine que de s’allier avec le président syrien, Bashar al-Assad, c’est « s’allier avec un loser ». Wolfowitz déclare : « Ce ne serait pas mieux de lui dire que ce qu’il fait est criminel et immoral, mais je pense qu’ au moins cela peut résonner un peu mieux avec les gens autour de lui ». Apparemment, Wolfowitz pense que Poutine est le Donald Trump de la Russie, ce qui est probablement une mauvaise hypothèse.

Cependant, la partie la plus effrayante de l’interview impliquait les vues de Wolfowitz sur l’Irak. Il semble avide de retourner dans le bourbier et d’y rester. Mentionnant en passant que la comparaison de l’Irak avec l’Allemagne et le Japon après la Seconde Guerre mondiale était une mauvaise comparaison, il a déclaré que cela aurait dû être comparé à la Corée – où nous avons encore 30 000 soldats stationnés 60 ans plus tard et où la guerre menace pendant que nous parlons ! Wolfowitz se rappelait la période après la « ruée » en Irak avec une grande nostalgie comme une sorte d’âge d’or :

« Nous avons un modèle là-bas. Je pense que c’est un modèle qui a fonctionné de façon spectaculaire. Lorsque l’ambassadeur [Ryan] Crocker était le dernier ambassadeur de Bush en Irak et que le général Petraeus commandait les forces américaines, tous les deux – ils avaient des bureaux, je pense, dans le même bâtiment, délibérément. Je pense chaque nuit qu’ils auraient du aller vers [Nouri al-] Maliki, je pense à la façon dont ils l’ont fait, trop fatigués pour riposter. »

Wolfowitz a déclaré que Petraeus et Crocker lui raconteraient des choses qu’il ne savait pas sur son propre pays et lui demanderaient de virer celui-ci ou celui-là, et « arrêter ces pratiques corrompues » qui se déroulaient dans certains endroits du pays et cela aurait parfaitement fonctionné. Si nous ne revenons pas là-bas et répétons cela, dit Wolfowitz : « L’alternative est de laisser une partie très importante, critique, du monde aller littéralement en enfer et perdre l’influence américaine ».

C’est l’homme qui dit dans le même interview que « si nous renonçons à l’idée occidentale de la liberté, nous abandonnons l’un des outils diplomatiques les plus importants de notre arsenal ». Cela ne semble pas être une bonne affaire pour la liberté et la démocratie qu’un gouvernement étranger installe ses généraux dans des bureaux à côté du président afin qu’ils puissent facilement lui murmurer des ordres à l’oreille quand il est fatigué.

En d’autres termes, Wolfowitz n’a rien appris de l’expérience désastreuse de l’Amérique au Moyen-Orient. Malgré toutes les preuves du contraire, les néoconservateurs semblent penser que la guerre en Irak est un « modèle qui a fonctionné ». Le naufrage cuisant laissé dans la région peut être réparé rapidement avec quelques milliers de soldats et un commandement militaire éclairé.

Il n’y a aucune raison de penser que Trump va y aller tout de suite. Mais avec Bannon perdant de son influence et Jared Kushner (qui est plus en phase avec la vision néoconservatrice du monde) à la hausse, cela pourrait changer. Ces vieux activistes néoconservateurs ont certainement le numéro de Trump de toute façon. Le lendemain des raids aériens syriens, Elliott Abrams a écrit dans le Weekly Standard que le président avait « finalement accepté le rôle de Leader du Monde Libre ».

Ils ont de bonnes raisons d’être confiants. Après tout, ils ont un président qui envahit un pays qui ne nous avait pas attaqué. Pourquoi ne pas croire qu’ils pourraient recommencer ?

Heather Digby Parton, aussi connue en tant que « Digby », est une auteure qui contribue à Salon. Elle a gagné le prix Hillman pour le journalisme d’opinion et d’analyse en 2014.

Source : Heather Digby Parton , Salon, 25-04-2017

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr.

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